Only 40% of Gender Based Violence are reported by Palermo, Bleck and Peterman

Globally, the rate of reporting to any sourcewas 39.86%(95% CI: 39.35, 40.37) and ranged from 31.99% (95% CI: 30.91, 33.07) in India and East Asia to 47.64% (95% CI: 45.80, 49.48) in Central Asia and Eastern Europe. Globally, the majority of reporting was to informal sources (mean = 36.75%, 95% CI: 36.26, 37.24), with regional means of 28.14% (95% CI: 27.34, 28.94) in LAC, 31.18% (95% CI: 30.12, 32.24) in India and East Asia, 40.35% (95% CI: 39.72, 40.98) in Africa, and 43.14% (95% CI: 41.30, 44.98) in Central Asia and Eastern Europe.

Au niveau mondial, le taux de déclaration à une source quelconque était de 39,86 % (IC 95 % : 39,35 – 40,37) et variait de 31,99 % (IC 95 % : 30,91 – 33,07) en Inde et en Asie de l’Est à 47,64 % (IC 95 % : 45,80 – 49,48) en Asie centrale et en Europe de l’Est. Globalement, la majorité des déclarations ont été faites à des sources informelles (moyenne = 36,75 %, IC 95 % : 36,26 – 37,24), avec des moyennes régionales de 28,14 % (IC 95 % : 27,34 – 28,94) en Amérique latine et dans les Caraïbes, 31,18 % (IC 95 % : 30,12 – 32,24) en Inde et en Asie de l’Est, 40,35 % (IC 95 % : 39,72 – 40,98) en Afrique et 43,14 % (IC 95 % : 41,30 – 44,98) en Asie centrale et en Europe de l’Est.

Tia Palermo, Jennifer Bleck, and Amber Peterman
“Tip of the Iceberg: Reporting and Gender-Based Violence in Developing Countries”
American Journal of Epidemiology, Vol. 179, No. 5
Published by Oxford University Press on behalf of the Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.
DOI: 10.1093/aje/kwt295
December 12, 2013


Shame and the mother’s eye by Jean Guillaumin

In guilt, “the child” is caught by the father in the act of wanting to fulfill a forbidden sexual desire with the mother and he seeks forgiveness by acknowledging his fault. In shame, the father’s eye that surprises is a bit that of the mother herself who sees and denounces in the desire that aims at her the anal drive, camouflaged under the effort of idealized phallic seduction.

Dans la culpabilité, « l’enfant » est pris en flagrant délit par le père de vouloir réaliser un désir sexuel interdit avec la mère et il cherche à se faire pardonner en reconnaissant sa faute. Dans la honte, l’œil du père qui surprend est un peu celui de la mère elle-même qui aperçoit et dénonce dans le désir qui la vise la pulsion anale, camouflée sous l’effort de séduction phallique idéalisé.

Jean Guillaumin, « Honte, culpabilité, dépression », in Revue Française de Psychanalyse (1973)t. XXXVII, no 5, p. 1003


Lacan’s shame at Fiat’s chain by Jacques Lacan

Take the chain at Fiat, or elsewhere. I’m talking about the Fiat one because I’ve already mentioned it, here or elsewhere, and I’ve been there. I’ve had this strong feeling, indeed, of seeing people busy at work without me knowing absolutely what they were doing. It made me feel ashamed. To you, it doesn’t, good for you. But in the end, I was very embarrassed. I was just with the boss, Johnny, as they call him, as I call him. Johnny, too, was obviously… well, he too was ashamed. This later appeared into questions he asked me, all of which had the apparent purpose, intended to hide his embarrassment, of making me say that, in all likelihood, they were happier there, at his place, than at Renault.

Prenez la chaîne chez Fiat, ou ailleurs. Je parle de celle de Fiat parce que je l’ai déjà évoquée, ici ou ailleurs, et j’y ai été. J’ai eu vivement ce sentiment, en effet, de voir des gens occupés à un travail sans que je sache absolument ce qu’ils faisaient. Moi, ça m’a fait honte. A vous, ça ne vous le fait pas, tant mieux. Mais enfin, j’ai été très gêné. J’étais justement avec le patron, Johnny, comme on l’appelle, comme je l’appelle. Johnny, lui aussi, était manifestement… enfin, lui aussi avait honte. Ça se traduit après par des questions qu’il m’a posées, qui avaient toutes la visée apparente, destinée à dissimuler son embarras, de me faire dire que, selon toute vraisemblance, ils étaient plus heureux là, chez lui, que chez Renault.

Jacques LacanLe séminaire ivre XVI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), Seuil, Paris, 2006, p. 238


I am (a) painting : i am looked by Jacques Lacan

To begin with, I must insist on this – in the scopic field, the gaze is outside, I am looked at, that is to say, I am (a)* painting.
This is the function that lies at the most intimate level of the institution of the subject in the visible. What fundamentally determines me in the visible is the gaze that is outside.It is through the gaze that I enter the light, and it is from the gaze that I receive the effect. From this it emerges that the gaze is the instrument through which light is incarnated, and where – if you allow me to use a word as I often do, by breaking it down – I am photo-graphed.

Il me faut, pour commencer, insister sur ceci – dans le champ scopique, le regard est au-dehors, je suis regardé, c’est-à-dire je suis tableau.
C’est là la fonction qui se trouve au plus intime de l’institution du sujet dans le visible. Ce qui me détermine foncièrement dans le visible, c’est le regard qui est au-dehors. C’est par le regard que j’entre dans la lumière, et c’est du regard que j’en reçois l’effet. D’où il ressort que le regard est l’instrument par où la lumière s’incarne, et où -s i vous me permettez de me servir d’un mot comme je le fais souvent, en le décomposant – je suis photo-graphié.

* “i am painting” is a correct translation, but it brings confusion between being something wich was painted, and being painting in a progressive form. Lacan, in his french words, didn’t refer to a progressive form.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86


A stain on the painting by Jacques Lacan

This story is true. It dates back to something like my twenties – and in that time, of course, as a young intellectual, I had no other concern than to go elsewhere, to bathe in some direct, rural, hunting, even marine practice. One day, I was on a small boat, with a few people, members of a fishing family in a small port. At that time, our Brittany was not yet at the stage of the big industry, nor of the trawler, the fisherman fished in his nut’s shell at his own risk. It was his risks and perils that I liked to share, but it was not all the time risks and perils, there were also days of good weather. One day, then, while we were waiting for the time to pull out the nets, the one named Petit-Jean, we would call him that – he, like all his family, disappeared very quickly because of tuberculosis, which was at that time the really ambient disease in which all that social stratum was moving – showed me something floating on the surface of the waves. It was a small can, and even, let’s specify, a sardine can. It was floating there in the sun, a testimony to the canning industry, which we were, by the way, in charge of feeding. It glimmered in the sun. And Petit-Jean said to me – You see, this can? Do you see it (/her)* ? Well, it (/she) doesn’t see you!
This little episode, he thought it was very funny, me, less so. I tried to find out why I found it less funny. It’s very instructive.
First of all, if it makes sense for Petit-Jean to tell me that the can doesn’t see me, it’s because, in a certain sense, it’s (/she’s) looking at me. It is looking at me at the light point, where everything that looks at me is, and that is not a metaphor.
The significance of this little story, as it had just come up in my partner’s invention, the fact that he found it so funny, and I found it less funny, is that, if I am told a story like that, it is all the same because I, at that moment as I portrayed myself, with these guys who were struggling to earn a living, in the embrace of what was for them the harsh nature – I was painting a picture in a rather inarguable way. To tell the truth, I was a little kind of a stain on the painting.

Cette histoire est vraie. Elle date de quelque chose comme mes vingt ans – et dans ce temps, bien sur, jeune intellectuel, je n’avais d’autre souci que d’aller ailleurs, de me baigner dans quelque pratique directe, rurale, chasseresse, voire marine. Un jour, j’étais sur un petit bateau, avec quelques personnes, membres d’une famille de pêcheurs dans un petit port. A ce moment-là, notre Bretagne n’était pas encore au stade de la grande industrie, ni du chalutier, le pêcheur péchait dans sa coquille de noix à ses risques et périls. C’était ses risques et périls que j’aimais partager, mais ce n’était pas tout le temps risques et périls, il y avait aussi des jours de beau temps. Un jour, donc, que nous attendions le moment de retirer les filets, le nommé Petit-Jean, nous l’appellerons ainsi – il est, comme toute sa famille, disparu très promptement du fait de la tuberculose, qui était à ce moment-là la maladie vraiment ambiante dans laquelle toute cette couche sociale se déplaçait – me montre un quelque chose qui flottait à la surface des vagues. C’était une petite boîte, et même, précisons, une boite à sardines. Elle flottait là dans le soleil, témoignage de l’industrie de la conserve, que nous étions, par ailleurs, chargés d’alimenter. Elle miroitait dans le soleil. Et Petit-Jean me dit – Tu vois, cette boite ? Tu la vois ? Eh bien, elle, elle te voit pas !
Ce petit épisode, il trouvait ça très drôle, moi, moins. J’ai cherché pourquoi moi, je le trouvais moins drôle. C’est fort instructif.
D’abord, si ça a un sens que Petit-Jean me dise que la boite ne me voit pas, c’est parce que, en un certain sens, tout de même, elle me regarde. Elle me regarde au niveau du point lumineux, où est tout ce qui me regarde, et ce n’est point là métaphore.
La portée de cette petite histoire, telle qu’elle venait de surgir dans l’invention de mon partenaire, le fait qu’il la trouvât si drôle, et moi, moins, tient à ce que, si on me raconte une histoire comme celle-là, c’est tout de même parce que moi, à ce moment-là – tel que je me suis dépeint, avec ces types qui gagnaient péniblement leur existence, dans l’étreinte avec ce qui était pour eux la rude nature – moi, je faisais tableau d’une façon assez inénarrable. Pour tout dire, je faisais tant soit peu tache dans le tableau.

*In French, a can and a woman may be represented by the pronoum “she”, which adds to this story an equivoqual linked to what Lacan teaches in this seminar.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86


Reasons why sexual assaults may be less likely to be re ported to the police than physical assaults by Felson and Paré

Sexual assaults may be less likely to be re ported to the police than physical assaults for a variety of reasons: (a) the embarrassment and stigma associated with the crime (Bachman & Taylor, 1994), (b) perceptions by victims that they will not be believed or that the criminal justice system is ineffective (Feldman-Summers & Ashworth, 1981; Fisher, Daigle, Cullen, & Turner, 2003; LaFree, 1980), (c) perceptions that some incidents are not serious enough (Fisher et al., 2003), (d) ambiguity about what constitutes illicit sexual conduct (DeKeseredy & Schwartz, 2001; Gavey, 1999; Russell, 1982), (e) less fear of future attack because sex- ual assaults are less likely to be repeated, (f) greater fear of reprisal if they do report (Amir, 1971; Fisher et al., Singer, 1988), and (g) less third-party reporting because sexual assaults are much more likely to occur in private. These inhibitory factors may be particularly important when the sexual assault victim knows the offender. On the other hand, perhaps these fac tors are just as likely to inhibit the reporting of physical assaults or inhibit the reporting of both physical and sexual assaults if the victim knows the offender.

Pour diverses raisons, les agressions sexuelles sont moins susceptibles d’être portées à la connaissance de la police que les agressions physiques : (a) la gêne et le stigmate associés au crime (Bachman & Taylor, 1994), (b) le sentiment des victimes qu’elles ne seront pas crues ou que le système de justice pénale est inefficace (Feldman-Summers & Ashworth, 1981 ; Fisher, Daigle, Cullen, & Turner, 2003 ; LaFree, 1980), (c) le sentiment que certains incidents ne sont pas assez graves (Fisher et al, 2003), (d) ambiguïté sur ce qui constitue un comportement sexuel illicite (DeKeseredy & Schwartz, 2001 ; Gavey, 1999 ; Russell, 1982), (e) crainte moindre d’une attaque future car les agressions sexuelles sont moins susceptibles d’être répétées, (f) crainte accrue de représailles si elles sont signalées (Amir, 1971 ; Fisher et al., Singer, 1988), et (g) moins de signalement par des tiers car les agressions sexuelles sont beaucoup plus susceptibles de se produire en privé. Ces facteurs inhibiteurs peuvent être particulièrement importants lorsque la victime d’une agression sexuelle connaît l’agresseur. D’un autre côté, ces facteurs sont peut-être tout aussi susceptibles d’empêcher le signalement des agressions physiques ou d’empêcher le signalement des agressions physiques et sexuelles si la victime connaît l’agresseur. 

“The Reporting of Domestic Violence and Sexual Assault by Nonstrangers to the Police”
Author(s): Richard B. Felson and Paul-Philippe Paré
Source: Journal of Marriage and Family, Vol. 67, No. 3 (Aug., 2005), pp. 597-610
Published by: National Council on Family Relations
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/3600191


Embarrasment : The most common reason victims give for not calling the police by Felson, Messner, Hoskin and Deane

As indicated above, the literature places much greater emphasis on the costs for reporting assaults to the police than on the incentives. It suggests at least five cost factors that are likely to inhibit assault victims from calling the police. First, victims may be concerned about embarrassment and status. Thus, the most common reason victims give for not calling the police, according to analyses of the NCVS, is that the assault was a ‘private matter.’ Victims are sometimes embarrassed about their involvement in violent incidents even when they are the victims. They may believe that their association with a violent partner or family member will stigmatize them. In some social circles, victims will appear cowardly if they report an assault to the police rather than handle the conflict themselves. Others may label them a “snitch” or “rat”-pejorative terms used to describe people who rely on legal authorities to address their grievances.

Comme indiqué plus haut, la littérature met beaucoup plus l’accent sur les coûts liés au signalement des agressions à la police que sur les incitations. Elle suggère au moins cinq facteurs de coût susceptibles d’empêcher les victimes d’agressions d’appeler la police. Premièrement, les victimes peuvent s’inquiéter de leur gêne et de leur statut. Ainsi, la raison la plus fréquente que les victimes donnent pour ne pas appeler la police, selon les analyses de l’ENVC, est que l’agression était une “affaire privée”. Les victimes sont parfois embarrassées par leur implication dans des incidents violents, même lorsqu’elles sont les victimes. Elles peuvent croire que leur association avec un partenaire violent ou un membre de leur famille les stigmatisera. Dans certains milieux sociaux, les victimes auront l’air lâche si elles signalent une agression à la police plutôt que de gérer elles-mêmes le conflit. D’autres peuvent les qualifier de “mouchard” ou de “rat” – des termes péjoratifs utilisés pour décrire les personnes qui comptent sur les autorités légales pour traiter leurs griefs.

FELSON R., MESSNER S., HOSKIN A., DEANE G., “Reasons for reporting and not reporting domestic violence to the police” in Criminology Volume 40 Number 3, 2002, p. 621


Embarrasment : the most common reason for not reporting GBV by Palermo, Bleck and Peterman

The most common reasons [for not reporting GBV] were embarrassment (25% in Bolivia and 41% in Cambodia) and a belief that there was no use in reporting (47% in Cameroon and 30% in Mali). Other reasons included a belief that violence was a normal part of life that women must bear and various concerns for the well-being of others.

Les raisons les plus courantes [pour ne pas signaler une GBV] sont l’embarras (25 % en Bolivie et 41 % au Cambodge) et la conviction qu’il est inutile de signaler la violence (47 % au Cameroun et 30 % au Mali). Parmi les autres raisons, citons la conviction que la violence est un élément normal de la vie que les femmes doivent supporter et diverses préoccupations pour le bien-être d’autrui.

Tia Palermo, Jennifer Bleck, and Amber Peterman
“Tip of the Iceberg: Reporting and Gender-Based Violence in Developing Countries”
American Journal of Epidemiology, Vol. 179, No. 5
Published by Oxford University Press on behalf of the Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.
DOI: 10.1093/aje/kwt295
December 12, 2013


Sexual assault committed by friends are likely to go unreported by Felson and Paré

Sexual assault committed by friends, dates, and acquaintances are particularly likely to go unreported. The results support the literature suggesting that there are special inhibitions about reporting sexual assault involving acquaintances. The analyses of reasons suggest that victims are particularly unlikely to report these assaults because of embarrassment and because they think the incidents were too minor or not a crime (in comparison to sexual assaults by strangers). The perception that some of these assaults were too minor to report is consistent with evidence that many victims of what researchers consider acquaintance rape do not consider themselves crime victims (Koss, Gidycz, & Wisniewski, 1987).

Les agressions sexuelles commises par des amis, des connaissances et des “rendez-vous” sont particulièrement susceptibles de ne pas être signalées. Les résultats confirment la littérature suggérant qu’il existe des inhibitions particulières concernant le signalement des agressions sexuelles commises par des connaissances. Les analyses des motifs suggèrent que les victimes sont particulièrement peu enclines à signaler ces agressions en raison de leur gêne et parce qu’elles pensent que les incidents étaient trop mineurs ou ne constituaient pas un crime (par rapport aux agressions sexuelles commises par des étrangers). La perception selon laquelle certaines de ces agressions étaient trop mineures pour être signalées est cohérente avec le fait que de nombreuses victimes de ce que les chercheurs considèrent comme un viol commis par une connaissance, ne se considèrent pas comme des victimes de crime (Koss, Gidycz, & Wisniewski, 1987).

“The Reporting of Domestic Violence and Sexual Assault by Nonstrangers to the Police”
Author(s): Richard B. Felson and Paul-Philippe Paré
Source: Journal of Marriage and Family, Vol. 67, No. 3 (Aug., 2005), pp. 597-610
Published by: National Council on Family Relations
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/3600191


Symbolic function of the “name” by Judith Butler

The imaginary relation, the one constituted through narcissistic identification, is always tenuous precisely because it is an external object that is determined to be oneself; this failure to close the distance between the ego who identifies elsewhere and the elsewhere which is the defining site of that ego haunts that identification as its constitutive discord and failure. The name, as part of a social pact and, indeed, a social system of signs, overrides the tenuousness of imaginary identification and confers on it a social durability and legitimacy. The instability of the ego is thus subsumed or stabilized by a symbolic function, designated through the name : the “permanent appearance over time” of the human subject is, Lacan claims, “strictly only recognizable through the intermediary of the name. The name is the time of the object”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 153

La relation imaginaire, celle qui se constitue à travers l’identification narcissique, est toujours fragile, précisément parce que c’est un objet extérieur qui est défini comme moi-même; l’incapacité à réduire la distance entre le moi qui s’identifie ailleurs et cet ailleurs qui est le site de définition du moi hante cette identification comme sa contra diction et son échec constitutifs. Le nom, en tant qu’il fait partie d’un pacte social et même d’un système social de signes, surmonte la fragilité de l’identification imaginaire et lui confère une stabilité et une légitimité sociales. L’instabilité du moi est ainsi dépassée par la fonction symbolique, désignée par le nom: « cette apparence qui perdure un certain temps » du sujet humain n’est, à en croire Lacan, « strictement connaissable que par l’intermédiaire du nom ».

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 225

Here Butler quotes :
Jacques Lacan, Le séminaire – Livre II – Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse1954-1955, Editions du Seuil, 2001, p. 202


Phallus function as a synecdoche by Judith Butler

The phallus functions as a synecdoche, for insofar as it is a figure of the penis*, it constitutes an idealization and isolation of a body part and, further, the investment of that part with the force of symbolic law.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 139

Le phallus fonctionne comme une synecdoque car, dans la mesure où il est une représentation du pénis*, il constitue l’idéalisation et l’isolement d’une partie du corps, cette partie étant en outre investie de la force de la loi symbolique.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 207

*Here, Butler explicitly makes a conjecture. She retains a slight reservation about this assertion.


Paris Is Burning : neither insurrection nor resubordination but coexistence by Judith Butler

In these senses, then, Paris Is Burning documents neither an efficacious insurrection nor a painful resubordination, but an unstable coexistence of both. The film attests to the painful pleasures of eroticizing and miming the very norms that wield their power by foreclosing the very reverseoccupations that the children nevertheless perform.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 131

C’est en ce sens que Paris Is Burning ne décrit ni une insurrection efficace ni une douloureuse resubordination, mais l’instable coexistence des deux. Le film témoigne des plaisirs douloureux de l’érotisation et de la reproduction parodique de normes qui tirent précisément leur pouvoir de ce qu’elles excluent les occupations inversées que les « enfants » réalisent néanmoins.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 205

Homosexuality is not a repudiated heterosexuality by Judith Butler

Whereas I accept the psychoanalytic formulation that both the object and aim of love are formed in part by those objects and aims that are repudiated, I consider it a cynical and homophobic use of that insight to claim that homosexuality is nothing other than repudiated heterosexuality. Given the culturally repudiated status of homosexuality as a form of love, the argument that seeks to reduce homosexuality to the inversion or deflection of heterosexual ity functions to reconsolidate heterosexual hegemony. This is also why the analysis of homosexual melancholy cannot be regarded as symmetrical to the analysis of heterosexual melancholy. The latter is culturally enforced in a way that the former clearly is not, except within separatist communities which cannot wield the same power of prohibition as communities of compulsory heterosexism.

Footnote #5 Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 128

Autant j’accepte l’analyse psychanalytique selon laquelle aussi bien l’objet que la visée de l’amour sont en partie constitués par les objets et les visées répudiés, autant j’estime cynique et homophobe d’utiliser cette analyse pour prétendre que l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une hétérosexualité répudiée. Étant donné que l’homosexualité est répudiée au sein de la culture en tant que forme d’amour, vouloir réduire l’homosexualité à l’inversion ou au détournement de l’hétérosexualité contribue à raffermir l’hégémonie hétérosexuelle. Pour cette même raison, l’analyse de la mélancolie homosexuelle ne peut être considérée comme symétrique à l’ana lyse de la mélancolie hétérosexuelle. Cette dernière est imposée par la culture d’une tout autre façon que la première, excepté au sein de communautés séparatistes qui ne peuvent détenir le même pouvoir d’interdiction que les communautés d’hétérosexualité obligatoire

NBP #7 Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 192

Heterosexual performativity is beset by an anxiety by Judith Butler

To claim that all gender is like drag, or is drag, is to suggest that “imitation” is at the heart of the heterosexual project and its gender binarisms, that drag is not a secondary imitation that presupposes a prior and original gender, but that hegemonic heterosexuality is itself a constant and repeated effort to imitate its own idealizations. That it must repeat this imitation, that it sets up pathologizing practices and normalizing sciences in order to produce and consecrate its own claim on originality and propriety, suggests that heterosexual performativity is beset by an anxiety that it can never fully overcome, that its effort to become its own idealizations can never be finally or fully achieved, and that it is consistently haunted by that domain of sexual possibility that must be excluded for heterosexualized gender to produce itself. In this sense, then, drag is subversive to the extent that it reflects on the imitative structure by which hegemonic gender is itself produced and disputes heterosexuality’s claim on naturalness and originality.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 125

Affirmer que tout genre est semblable au travestissement, ou est un travestissement, c’est suggérer que l'”imitation” est au cœur du projet hétérosexuel et de ses binarismes de genre, que le travestissement n’est pas une imitation secondaire qui présupposerait un genre antérieur et original, mais que l’hétérosexualité hégémonique est elle-même un effort constant et répété d’imitation de ses propres idéalisations. Le fait qu’elle doive répéter cette imitation, qu’elle mette en place des pratiques pathologisantes et des sciences normalisatrices afin de produire et de consacrer sa propre prétention à la légitimité et au statut d’origine, suggère que la performativité hétérosexuelle est en proie à une anxiété qu’elle ne peut jamais tout à fait surmonter, que son effort pour devenir ses propres idéalisations ne peut jamais définitivement ou entièrement aboutir, et qu’elle est sans cesse hantée par le domaine de possibilités sexuelles qui doit être exclu pour que se produise le genre hétérosexualisé. Le travestissement est ainsi subversif dans la mesure où il met en lumière la structure imitative par laquelle le genre hégémonique est lui-même produit et conteste par là la prétention de l’hétérosexualité à la naturalité et au statut d’origine.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 125

There is no necessary relation between drag and subversion by Judith Butler

Venus, and Paris Is Burning more generally, calls into question whether parodying the dominant norms is enough to displace them; indeed, whether the denaturalization of gender cannot be the very vehicle for a reconsolidation of hegemonic norms. Although many readers understood Gender Trouble to be arguing for the proliferation of drag performances as a way of subverting dominant gender norms, I want to underscore that there is no necessary relation between drag and subversion, and that drag may well be used in the service of both the denaturalization and reidealization of hyperbolic heterosexual gender norms. At best, it seems, drag is a site of a certain ambivalence, one which reflects the more general situation of being implicated in the regimes of power by which one is constituted and, hence, of being implicated in the very regimes of power that one opposes.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 125

Vénus et, plus généralement Paris Is Burning, soulève la question de savoir si la parodie des normes dominantes suffit à les déplacer, et même si la dénaturalisation du genre ne peut pas être le vecteur de la reconsolidation des normes hégémoniques. De nombreux lecteurs ont supposé que Trouble dans le genre défendait la prolifération de performances travesties comme moyen de subvertir les normes de genre dominantes, mais je tiens à souligner qu’il n’y a pas de relation nécessaire entre le travestissement et la subversion, et que le travestissement peut très bien être utilisé au service tant de la dénaturalisation que de la réidéalisation de normes de genre hétérosexuelles hyperboliques. Au mieux, il semble que le travestissement soit le site d’une certaine ambivalence, qui reflète la situation plus générale consistant à être impliqué dans des régimes de pouvoir par lesquels on est constitué et, par conséquent, à être impliqué dans les régimes de pouvoir que justement l’on affronte.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 188

Tacit cruelties sustain coherent identity by Judith Butler

The question here concerns the tacit cruelties that sustain coherent identity, cruelties that include self-cruelty as well, the abasement through which coherence is actively produced and sustained. Something on this order is at work most obviously in the production of coherent heterosexuality, but also in the production of coherent lesbian identity, coherent gay identity, and within those worlds, the coherent butch, the coherent femme. In each of these cases, if identity is constructed through opposition, it is also constructed through rejection. It may be that if a lesbian opposes heterosexuality absolutely, she may find herself more in its power than a straight or bisexual woman who knows or lives its constitutive instability. And if butchness requires a strict opposition to femmeness, is this a refusal of an identification or is this an identification with femmeness that has already been made, made and disavowed, a disavowed identification that sustains the butch, without which the butch qua butch cannot exist?

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 115

La question ici posée concerne les cruautés tacites qui sous-tendent la cohérence de l’identité, des cruautés qui incluent également la cruauté envers soi, l’humiliation par laquelle la cohérence est produite et préservée fictivement. Quelque chose de cet ordre est à l’œuvre de façon évidente dans la production d’une hétérosexualité cohérente, mais aussi dans la production d’une identité lesbienne ou gay cohérente et, au sein de ces mondes, d’une identité butch ou fem cohérente Dans chacun de ces cas, si l’identité est construite à travers l’opposition, elle est aussi construite à travers le rejet. Or, il se pourrait qu’une lesbienne qui s’oppose absolument à l’hétérosexualité soit davantage sous son emprise qu’une femme hétérosexuelle ou bisexuelle qui connait et vit son instabilité constitutive Et si l’identité de la butch a besoin de s’opposer strictement à celle de la fem, faut-il y voir le refus d’une identification, ou une identification déjà faite, faite et désavouée, une identification désavouée qui soutient la butch, sans laquelle la butch en tant que telle ne pourrait exister?

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 176

Multiplication of subject-positions would entail the multiplication of exclusions by Judith Butler

The multiplication of subject-positions along a pluralist axis would entail the multiplication of exclusionary and degrading moves that could only produce a greater factionalization, a proliferation of differences without any means of negotiating among them. The contemporary political demand on thinking is to map out the interrelationships that connect, without simplistically uniting, a variety of dynamic and relational positionalities within the political field. Further, it will be crucial to find a way both to occupy such sites and to subject them to a democratizing contestation in which the exclusionary conditions of their production are perpetually reworked (even though they can never be fully overcome) in the direction of a more complex coalitional frame.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 114-115

La multiplication des positions subjectives selon une orientation pluraliste entrainerait la multiplication des gestes d’exclusion et de dégradation, ce qui ne pourrait que produire de plus nombreuses divisions, la prolifération de différences sans aucun moyen de négocier entre elles. L’exigence politique qui s’impose aujourd’hui à la pensée est celle de cartographier les relations qui connectent, sans unifier de façon simpliste, toute une diversité de positions dynamiques et relationnelles au sein du champ politique. Il est par ailleurs crucial de trouver le moyen à la fois d’occuper ces sites et de les soumettre à une contestation démocratisante qui retravaillerait sans cesse les exclusions conditionnant leur production (bien qu’il ne soit pas possible de les dépasser entièrement) avec pour visée la constitution d’un cadre de coalition plus complexe.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 175

Heterosexuality does not have a monopoly on exclusionary logic by Judith Butler

Heterosexuality does not have a monopoly on exclusionary logics. Indeed, they can characterize and sustain gay and lesbian identity positions which constitute themselves through the production and repudiation of a heterosexual Other; this logic is reiterated in the failure to recognize bisexuality as well as in the normativizing interpretation of bisexuality as a kind of failure of loyalty or lack of commitment — two cruel strategies of erasure

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 112

L’hétérosexualité n’a pas le monopole des logiques d’exclusion. Celles-ci peuvent en effet caractériser et sous-tendre les positions identitaires gays et lesbiennes qui se constituent à travers la production et la répudiation d’un Autre hétérosexuel : cette logique est réitérée dans l’échec à reconnaitre également la bisexualité, ainsi que dans l’interprétation normalisante de la bisexualité comme une sorte de trahison ou de manque d’engagement – deux stratégies d’effacement cruelles.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 172

The infinite deferral of authority to an irrecoverable past by Judith Butler

And yet the already existing law that he cites, from where does that law draw its authority? Is there an original authority, a primary source, or is it, rather, in the very practice of citation, potentially infinite in its regression, that the ground of authority is constituted as perpetual deferral ? In other words, it is precisely through the infinite deferral of authority to an irrecoverable past that authority itself is constituted. That deferral is the repeated act by which legitimation occurs. The pointing to a ground which is never recovered becomes authority’s groundless ground.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 108

Mais la loi déjà existante qu’il cite, d’où tire-t-elle son autorité ? Existe-t-il une autorité originaire, une source première de l’autorité, ou est-ce plutôt dans la pratique même de la citation, potentiellement infinie dans sa régression, que se constitue le fondement de l’autorité comme perpétuel report? Pour le formuler autrement, c’est justement à travers le report infini de l’autorité à un passé irrémédiablement perdu que se constitue l’autorité. Ce report est l’acte répété par lequel intervient la légitimation. La référence à un fondement qui ne peut être retrouvé devient le fondement infondé de l’autorité

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 166

Sexuality cannot be summarily made or unmade by Judith Butler

For sexuality cannot be summarily made or unmade, and it would be a mistake to associate “constructivism” with “the freedom of a subject to form her/his sexuality as s/he pleases.” A construction is, after all, not the same as an artifice. On the contrary, constructivism needs to take account of the domain of constraints
without which a certain living and desiring being cannot make its way.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p.94

En effet, la sexualité ne peut être aisément faite et défaite, et ce serait une erreur que d’associer le “constructivisme” à la “liberté d’un sujet de former sa sexualité comme il/elle le désire”. Une construction n’est, après tout, pas la même chose qu’un artifice. Au contraire, le constructivisme doit prendre en compte le domaine de contraintes sans lesquelles un être vivant et désirant ne peut se développer.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 147


Law of Kinship Structure is not necessarily phallic by Kaja Silverman

Neither Lévi-Strauss, Freud, Lacan, nor Mitchell, however, adduces any structural imperative, analogous to the incest prohibition itself, which dictates that it be women rather than men-or both women and men that circulate in this way, nor can such an imperative be found. We must consequently pry loose the incest prohibition from the Name-of-the-Father so as to insist, despite the paucity of historical evidence for doing so, that the Law of Kinship Structure is not necessarily phallic. As Rubin points out, “the ‘exchange of women’ is neither a definition of culture nor a system in and of itself”

Kaja Silverman, Male Subjectivity at the margins, New York, Routledge, 1992, p. 37 –
quoted in the 10th footnote by Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 106

Ni Lévi-Strauss, ni Freud, ni Lacan, ni Mitchell […] n’invoquent d’impératif structurel, analogue à l’interdiction de l’inceste elle-même. qui dicterait que ce soient les femmes plutôt que les hommes – ou les femmes et les hommes – qui soient mis en circulation [en tant que dons échangés], et l’on ne saurait trouver nulle part un tel impératif. Nous devons par conséquent détacher la prohibition de l’inceste du Nom du Père, de façon à souligner que, en dépit de la rareté des éléments historiques à l’appui de cette idée, la Loi de la structure de parenté n’est pas nécessairement phallique.

Kaja Silverman, Male Subjectivity at the margins, New York, Routledge, 1992, p. 37,
cité en NBP 10 par Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 164

Without any explanation, the footnote in the french edition that we studied was cuted off from its last sentence, precisely the one where Gayle Rubin is quoted by Kaja Silverman. We hope you may understand why better than we did.


The ‘exchange of women’ is neither a definition of culture nor a system in and of itself by Gayle Rubin

The “exchange of women” is neither a definition of culture nor a system in and of itself. The concept is an acute, but condensed, apprehension of certain aspects of the social relations of sex and gender. A kinship system is an imposition of social ends upon a part of the natural world. It is therefore “production” in the most general sense of the term: a mold ing, a transformation of objects (in this case, people) to and by a subjective purpose.

Gayle Rubin, “Traffic in Women – Notes on the “Political economy “of sex” In Rayna R. Reiter (ed.), Toward an Anthropology of Women (1975), Monthly Review Press, p. 176

L'”échange de femmes” n’est ni une définition de la culture ni un système en soi. Le concept est une appréhension aiguë, mais condensée, de certains aspects des relations sociales de sexe et de genre. Un système de parenté est une imposition de fins sociales à une partie du monde naturel. Il s’agit donc d’une “production” au sens le plus général du terme : un moulage, une transformation d’objets (dans ce cas, de personnes) vers et par un but subjectif.

Cité par Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 164

Bodies that matter : materialize and mean by Judith Butler

To speak within these classical contexts of bodies that matter is not an idle pun, for to be material means to materialize, where the principle of that materialization is precisely what “matters” about that body, its very intelligibility. In this sense, to know the significance of something is to know how and why it matters, where “to matter” means at once “to materialize” and “to mean.”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Dans ces contextes classiques, parler de «corps substantiels [bodies that matter], de corps à la fois matériels et importants, n’est pas un jeu de mots oiseux, car être matériel [to be material] signifie se matérialiser, et le principe de cette matérialisation est précisément ce qui « importe » [matters] à propos du corps, ce qui constitue son intelligibilité. En ce sens, connaître la signification ou l’importance [significance] de quelque chose, c’est connaître comment et pourquoi il est « substantiel » [matters], « être substantiel » signifiant ici à la fois « se matérialiser » et « signifier quelque chose » [to mean].

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 58

Language as a material phenomenon by Judith Butler

Therefore, the problem is not that one could not get out of language in order to grasp materiality in itself, but rather that any effort to refer to materiality is part of a process of signification which, in its phenomenality, is always already material. In this sense, therefore, language and materiality are not opposed, for language is material at the same time as it refers to what is material, and what is material never entirely escapes the process by which it is invested with meaning. But if language is not opposed to materiality, materiality cannot be summarily equated with language either.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Par conséquent, le problème n’est pas que l’on ne pourrait pas sortir du langage pour saisir la matérialité en elle-même, mais bien plutôt que tout effort pour se référer à la matérialité s’inscrit dans un processus de signification qui, dans sa phénoménalité, est toujours déjà matériel. En ce sens, langage et matérialité ne sont donc pas opposés, car le langage est matériel en même temps qu’il se réfère à ce qui est matériel, et ce qui est matériel n’échappe jamais entièrement au processus par lequel il est investi de significations. Mais si le langage ne s’oppose pas à la matérialité, la matérialité ne peut pas non plus être sommairement assimilée au langage.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 110

The poetic Real of Kristeva by Judith Bulter

Here is a part of the function of the Real in its convergence with the maternal body that is not thematizable in Lacanian discourse. The Real is what resists and constrains symbolization. While in Lacanian doctrine the «Real» is defined as unrepresentable, and the spectrum of its unrepresentability is the psychosis’s one, Kristeva rewrites and reinterprets this exterior «of the symbolic» as semiotics, as a poetic mode of signification which, although depending on the symbolic, can neither be reduced to it, nor be represented as its non-thematizable Other.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

C’est là en partie la fonction du Réel dans sa convergence avec le corps maternel non thématisable dans le discours lacanien. Le Réel est ce qui résiste à la symbolisation et y contraint. Tandis que, dans la doctrine lacanienne, le « réel » est défini comme irreprésentable, et que le spectre de son irreprésentabilité est celui de la psychose, Kristeva redécrit et réinterprète cet extérieur » du symbolique comme le sémiotique, c’est-à-dire comme un mode de signification poétique qui, bien qu’il soit dépendant du symbolique, ne peut ni être réduit à lui, ni être représenté comme son Autre non thématisable.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 113

Lesbian phallus ? a desire produced through a ban by Judith Butler

On the one hand, the phallus signifies the persistence of the “straight mind”, of a masculine or heterosexist identification and, consequently, it symbolizes the defilement and betrayal of lesbian specificity; on the other hand, it signifies the insurmountability of heterosexuality and makes lesbianism a vain or pathetic effort to imitate the only reality that is [the real thing]. Thus, the phallus enters lesbian sexual discourse as a transgressive “confession” that clashes with feminist and misogynist forms of repudiation as much as it is conditioned by them: those who say “it’s not the real thing” about lesbianism and those who say “it’s not the real thing” about heterosexuality. Thus it is precisely the repudiated desire that is “unmasked”, this desire relegated to abjection by heterosexist logic and defensively closed by an effort to circumscribe a specifically feminine morphology for lesbianism. In a sense, what is unmasked or revealed is a desire produced through a ban.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

D’une part, le phallus signifie la persistance du «straight mind» , d’une identification masculine ou hétérosexiste et, par conséquent, il symbolise la souillure et la trahison de la spécificité lesbienne; d’autre part, il signifie l’insurmontabilité de l’hétérosexualité et fait du lesbianisme un effort vain ou pathétique d’imitation de la seule réalité qui soit [the real thing]. Ainsi, le phallus pénètre dans le discours sexuel lesbien sur le mode d’un « aveu » transgressif, qui se heurte aux formes de répudiation féministes et misogynes autant qu’il est conditionné par elles : ceux qui disent « ce n’est pas cela, le vrai » [« it’s not the real thing »] au sujet du lesbianisme et ceux qui disent «ce n’est pas cela le vrai» au sujet de l’hétérosexualité. C’est ainsi précisément le désir répudié qui est « démasqué », ce désir relégué dans l’abjection par la logique hétérosexiste et forclos de manière défensive par un effort de circonscription d’une morphologie spécifiquement féminine pour le lesbianisme. En un sens, ce qui est démasqué ou révélé est un désir produit à travers un interdit.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 136


Case histories and counter-transference by Octave Mannoni

I am convinced our non-inclusion of the counter-transference in its authenticity made the “case histories” have lost all interest.

Je suis persuadé que c’est parce qu’on n’a pas su y faire figurer le contre-transfert dans son authenticité, que les « histoires de cas » ont perdu tout intérêt.

Octave Mannoni, « La Férule » in Ça n’empêche pas d’exister, 1982, Editions du Seuil, p. 69


Phallus as other part of the body in Lacanian Scheme by Judith Butler

Suggesting phallus may symbolize other parts of the body than the penis is not incompatible with the Lacanian scheme.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Suggérer que la phallus puisse symboliser d’autres parties du corps que le pénis n’est pas incompatible avec le schème lacanien.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 133


Deconstruction as the critique of something we cannot do without by Judith Butler

Here, the question is not whether or not to refer to the matter, just as the question has never been whether or not to talk about women. Whatever happens, these discourses will be developed and, for feminist reasons, they must be developed. The category of women is not turned useless by deconstruction, but its uses can escape reification in a “referent” and have a chance to open up, and even come wear meanings that none of us could have predicted. It must still be possible to use the term, to use it tactically, even though we are, in a way, used and positioned by it; it must also be possible to subject it to a critique that questions the operations of exclusion and the differentiated power relations that construct and delimit the feminist invocations of women. This is, to use Spivak’s formula quoted above, the critique of something useful, the critique of something we cannot do without. I would even go so far as to say that, without this critique, feminism loses its potential for democratization, since it refuses to face – to take into account being transformed by – the exclusions that animate it.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Ici, la question n’est pas de savoir s’il faut ou non faire référence à la matière, de même que la question n’a jamais été de savoir si l’on devait ou non parler des femmes. Quoi qu’il arrive, ces discours se développeront et, pour des raisons féministes, il faut qu’ils se développent. La catégorie de femmes n’est pas rendue inutile par la déconstruction, mais ses usages peuvent échapper à la réification dans un “référent” et ont une chance de s’ouvrir, et même d’en venir à prendre des significations qu’aucun d’entre nous n’aurait pu prédire. Il doit tout de même être possible d’utiliser ce terme, de l’utiliser tactiquement, alors même que l’on est, pour ainsi dire, utilisé et positionné par lui; il doit être possible aussi de le soumettre à une critique qui interroge les opérations d’exclusion et les relations de pouvoir différenciées qui construisent et délimitent les invocations féministes des femmes. Il s’agit là, pour reprendre la formule de Spivak citée ci-dessus de la critique de quelque chose d’utile, de la critique de quelque chose dont nous ne pouvons pas nous passer. J’irai même jusqu’à dire que, sans cette critique, le féminisme perd son potentiel de démocratisation, étant donné qu’il refuse d’affronter – de prendre en compte d’être transformé par – les exclusions qui l’animent.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 53

There is no statement which is not performative by Judith Butler

To affirm that discourse is formative is not to claim that it is the origin of what it recognizes, that it is the cause of it, or that it composes it entirely; rather, it means there can be no reference to a pure body that does not participate in the formation of that body. In this sense, it is not a question of denying the linguistic capacity to refer to gendered bodies, but of modifying the very meaning of “referentiality”. In philosophical terms, it could be said that there is no statement which is not performative in some way.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Affirmer que le discours est formateur, ce n’est pas prétendre qu’il est à l’origine de ce qu’il reconnaît, qu’il en est la cause ou qu’il le compose entièrement ; c’est plutôt dire qu’il ne peut y avoir de référence à un corps pur qui ne participe pas à la formation de ce corps. En ce sens, il ne s’agit pas de nier la capacité linguistique de se référer aux corps sexués, mais de modifier la signification même de la « référentialité ». En termes philosophiques, on pourrait dire qu’il n’est pas de constat qui ne soit dans une certaine mesure performatif.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du « sexe »Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 30


An act is always a temporary failure of memory by Judith Butler

Not only does the construction take place over time, but it is itself a temporal process that operates through the reiteration of norms: sex is thus both produced and destabilized in the course of this reiteration.
Footnote :
It is not simply a matter of interpreting performativity as a repetition of acts, as if the “acts” remain intact and identical to themselves when repeated over time, as if this “time” were external to the “acts” themselves. On the contrary, an act is itself a repetition, a sedimentation, a solidification of the past that is precisely forclosed by the status that assimilates it to an act. In this sense, an act is always a temporary failure of memory. In the remainder of this text, I use the Lacanian idea that every act must be interpreted as a repetition, as the repetition of what cannot be recalled, of what cannot be found, and is thus the obsessive spectre of the deconstitution of the subject. The derivative concept of iterability, formulated in response to John Searle and John L.’s theorization of acts of discourse. Austin, also implies that every act is itself a re-citation, the citation of a chain of prior acts that are involved in the present act and that perpetually empty any “present” act of its presentness. See below note 11 for the difference between a repetition at the service of a fantasy of mastery (i.e. a repetition of acts that construct the subject, that are said to construct or constitute a subject) and the concept of the repetition drive (pulsion), taken from Freud, which breaks this fantasy of mastery and sets its limits.

Judith Butler, Bodies That Matter – On the Discursive Limits of Sex, Routledge, 1993

Non seulement la construction se déroule dans le temps, mais elle est elle-même un processus temporel qui opère par la réitération de normes: le sexe est ainsi à la fois produit et déstabilisé au cours de cette réitération”,
Note de bas de page :
Il ne s’agit pas simplement d’interpréter la performativité comme une répétition d’actes, comme si les « actes » restaient intacts et identiques à eux-mêmes lorsqu’ils sont répétés dans le temps, comme si ce « temps » était extérieur aux « actes » eux-mêmes. Au contraire, un acte est lui-même une répétition, une sédimentation, une solidification du passé qui précisément forclos par le statut qui l’assimile à un acte. En ce sens, un acte est toujours une défaillance provisoire de la mémoire. Dans la suite de ce texte, j’utilise l’idée lacanienne selon laquelle tout acte doit être interprété comme une répétition, comme la comme la répétition de ce qui ne peut être rappelé, de ce qui ne peut être retrouvé, et est ainsi le spectre obsédant de la déconstitution du sujet. Le concept déridiéen d’itérabilité, formulé en réponse à la théorisation des actes de discours par John Searle et John L. Austin, implique aussi que tout acte est lui-même une re-citation, la citation d’une chaine d’actes antérieurs qui sont impliqués dans l’acte présent et qui vident perpétuellement tout acte « présent» de sa présentéité. Voir ci-dessous la note 11 pour la différence entre une répétition au service d’un fantasme de maitrise (c’est-à-d à dire une répétition d’actes qui construisent le sujet, qui sont dits construire ou constituer un sujet) et le concept de pulsion de répétition, pris chez Freud, qui brise ce fantasme de maitrise et en fixe les limites.

Judith Butler, Ces corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du « sexe », Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 27


Subaltern has no access to cultural imperialism by Gayatri Chakravorty Spivak

[…] is subaltern everything that has no access or only limited access to cultural imperialism, which opens up a space for difference. So, who will say that it is nothing but the oppressed ? The working class is oppressed. It is not subaltern. It’s in the logic of capital, you know what I mean? So, to that extent, you can only… So I’m speaking in Gramsci terms. Let’s understand. Do we really have metaphorical use of words that are like minimally metaphorical ? When we say can’t speak, it means that, if speaking implies speaking and listening, that possibility of a response, responsibility, does not exist in the sphere of the subaltern. You bring the subalterns out of nowhere; the only way to produce this speech is to insert the subaltern as a subaltern into the circuit of hegemony, which is what has to happen. Who on earth would want to protect or museify the subordinate? Extremely reactionary museifiers, with dubious anthropological aims! An activist cannot want to keep the subaltern in the space of difference. To do something, to work for the subaltern, means to bring her into the discourse.
The third thing is the worst of all; you don’t give voice to the subaltern: you work for the damn subaltern, you work against the subaltern. The first thing (I’d like to say a word about the work of subaltern historians) is that many people claim subalternity. They are the least interesting and the most dangerous. Just because one belongs to a discriminated minority on university campuses doesn’t mean that one needs the word subaltern or Spivak as a whipping boy, all because she said, from that position, that subalterns cannot speak. They should be interested in the mechanisms of discrimination, and since they can speak, as I am told – yes, they can speak, I agree, they are in the hegemonic discourse. they want a piece of the pie and they are not being given it: let them speak and use the hegemonic discourse. They should not usurp the name of subaltern, and their main goal should not be to smear Spivak.

[…] est subalterne tout ce qui n’a pas accès ou n’a qu’un accès limité à l’impérialisme culturel ce qui ouvre un espace de différence. Alors, qui dira que ce n’est rien d’autre que l’opprimé ? La classe ouvrière est opprimée. Elle n’est pas subalteme. C’est dans a logique du capital, vous voyez ce que je veux dire ? Alors, dans cette mesure, vous pouvez seulement… Donc je parle dans les termes de Gramsci*. Comprenons. nous vraiment l’usage métaphorique de mots qui sont comme minimalement métaphoriques? Quand on dit ne peuvent pas parler, cela signifie que, si parler implique la parole et l’écoute, cette possibilité d’une réponse, la responsabilité, n’existe pas dans la sphère de la subalterne. Vous faites sortir les dites subalternes de nulle part; la seule manière de produire ce discours est d’insérer la subalterne en tant que subalterne dans le circuit de l’hégémonie, ce qui doit arriver. Qui diable peut donc vouloir protéger ou muséifier la subalternité? Des muséificateurs extrêmement réactionnaires, aux visées anthropologiques douteuses ! Un activiste ne peut pas vouloir maintenir la subalterne dans l’espace de la différence. Faire quelque chose, travailler pour la subalterne, cela signifie l’amener dans le discours.
La troisième chose est la pire de toutes; on ne donne pas de la voix à la subalterne : on travaille pour cette foutue subalterne, on travaille contre la subalternité. L’avant dernière chose (j’aimerais dire un mot du travail des historiens subalternistes), c’est que beaucoup de gens revendiquent la subalternité. Ce sont les moins intéressants et les plus dangereux. Ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une minorité discriminée sur les campus universitaires qu’on a besoin du mot subalterne ou de Spivak comme souffre-douleur, tout ça parce qu’elle a dit, à partir de cette position, que les subalternes ne pouvaient pas parler. Ils devraient s’intéresser aux mécanismes de discrimination et, puisqu’ils peuvent parler, comme ils me le disent – oui, ils peuvent parler, je suis tout à fait accord, ils se situent dans le discours hégémonique. Ils veulent une part du gâteau et on ne la leur accorde pas : qu’ils parlent et utilisent le discours hégémonique. Ils ne devraient pas usurper le nom de subalterne, et leur but principal ne devrait pas être de salir Spivak.

* in Can the Subaltern Speak ? , Spivak refers to Gramsci to source the Subaltern word, here : Antonio Gramsci, « Alcuni temi della quistione meridionale », in Quaderni del carcere, 1926

Gayatri Chakravorty Spivak, “Annexe – “Les subalternes peuvent-elles parler ?” et ses critiques” in Les Subalternes peuvent-elles parler ?Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.130 – 131


Subaltern : in the aporia between Subject and Object by Gayatri Chakravorty Spivak

Between patriarchy and imperialism, subject-constitution and object-formation, the figure of the woman disappears, not into a pristine nothingness, but into a violent shuttling which is tl displaced figuration of the ‘third-world woman’ caught between tradition and modernization. These considerations would revise every detail of judgments that seem valid for a history of sexuality in the West: Such would be the property of repression, that which distinguishes it from the prohibitions maintained by simple penal law: repression functions well as a sentence to disappear, but also as an injunction to silence, affirmation of non-existence; and consequently states that of all this there is nothing to say, to see, to know. The case of suttee as exemplum of the woman-in-imperialism would challenge and reconstruct this opposition between subject (law) and object-of knowledge (repression) and mark the place of ‘disappearance’ with something other than silence and nonexistence, a violent aporia between subject and object status.

Gayatri Chakravorty SpivakCan the Subaltern Speak ?, p.101

Entre le patriarcat et l’impérialisme, la constitu tion du sujet et la formation de l’objet, la figure de la femme disparaît, non dans un néant virginal, mais dans un violent va-et-vient qui correspond à la figura tion déplacée de la « femme du Tiers-Monde », prise entre tradition et modernisation. Ces considérations conduiraient à réviser intégralement les jugements qui semblent valides pour une histoire de la sexualité en Occident: Tel serait le propre de la répression, et ce qui la distingue des interdits que maintient la simple loi pénale : elle fonctionne bien comme condamna tion à disparaître, mais aussi comme une injonction de silence, affirmation d’inexistence; et constat, par consé quent, que de tout cela, il n’y a rien à dire, ni à voir, ni à savoir, » Le cas de la suttee comme modèle [exemplum de la femme-dans-l’impérialisme met en doute et déconstruit cette opposition entre le sujet (la loi) et l’objet de connaissance (la répression) : il marque le point de « disparition par autre chose que du silence et de la non-existence, constituant une aporie violente entre le statut de sujet et celui d’objet.

Gayatri Chakravorty SpivakLes Subalternes peuvent-elles parler ?Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.120 – 121

The subject is a text by Gayatri Chakravorty Spivak

Further, I am attempting to borrow the general methodological aura of Freud’s strategy toward the sentence* he construed as a sentence out of the many similar substantive accounts his patients gave him. This does not mean I will offer a case of transference-in-analysis as an isomorphic model for the transaction between reader and text (my sentence**). The analogy between transference and literary criticism or historiography is no more than a productive catachresis. To say that the subject is a text does not authorize the converse pronouncement: the verbal text is a subject.

De plus, je tente d’emprunter l’aura méthodologique générale de la stratégie de Freud à l’égard de la phrase* qu’il a construite en tant que phrase, tirée des nombreux récits substantiels similaires que ses patients lui ont faits. Ceci ne veut pas dire que je proposerai un cas de transfert en analyse comme modèle isomorphique de la transaction entre le lecteur et le texte (ma phrase**). L’analogie entre transfert et critique littéraire ou historiographie n’est rien d’autre qu’une catachrèse productive. Dire que le sujet est un texte n’autorise pas l’affirmation contraire: le texte verbal est un sujet.

* Spivak refers here to the well known sentence “A child is being beaten”, which Freud used as title for one of his major artile in 1919

** Spivak’s sentence is : “White men are saving brown women from brown men”

Gayatri Chakravorty SpivakLes Subalternes peuvent-elles parler ?Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.92


Subalterns as women in the shadows by Gayatri Chakravorty Spivak

If, in the context of colonial production, subalterns have no history and cannot speak, subalterns as women are even more deeply in the shadows.

Si, dans le contexte de la production coloniale, les subalternes n’ont pas d’histoire et ne peuvent pas parler, les subalternes en tant que femmes sont encore plus profondément dans l’ombre.

Gayatri Chakravorty SpivakLes Subalternes peuvent-elles parler ?Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.65


Suposition of a subject and epistemic violence by Gayatri Chakravorty Spivak

We should also welcome the search for information carried out in anthropology, political science, history and sociology in these silenced spaces. But, for so much, the supposition and construction of a consciousness, or of a subject, underlie such work and will, in the long run, converge with the imperialist constitution of the subject, mixing epistemic violence with the advancement of knowledge and civilization. And the subalterne woman will always be as mute as ever.

Nous devons également nous réjouir de la recherche d’informations effectuée en anthropologie, en science politique, en histoire et en sociologie dans ces espaces réduits au silence. Et pour tant, la supposition et la construction d’une conscience, ou d’un sujet, sous-tendent un tel travail et vont, à la longue, converger avec la constitution impérialiste du sujet, mêlant la violence épistémique à l’avancement du savoir et de la civilisation. Et la femme subalterne sera toujours aussi muette.

Gayatri Chakravorty Spivak, Les Subalternes peuvent-elles parler ?, Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.85


Teapot, Mars, Proof and Inquisition by Bertrand Russel

If I were to suggest that between the Earth and Mars there is a china teapot revolving about the sun in an elliptical orbit, nobody would be able to disprove my assertion provided I were careful to add that the teapot is too small to be revealed even by our most powerful telescopes. But if I were to go on to say that, since my assertion cannot be disproved, it is intolerable presumption on the part of human reason to doubt it, I should rightly be thought to be talking nonsense. If, however, the existence of such a teapot were affirmed in ancient books, taught as the sacred truth every Sunday, and instilled into the minds of children at school, hesitation to believe in its existence would become a mark of eccentricity and entitle the doubter to the attentions of the psychiatrist in an enlightened age or of the Inquisitor in an earlier time.

Bertrand Russel, “Is There a God?” (commissioned but never published) in Illustrated Magazine, 1952
Russel's Teapot  - "i want to believe"

Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars il se trouve une théière en porcelaine tournant autour du soleil sur une orbite elliptique, personne ne pourrait réfuter mon affirmation à condition que je prenne soin d’ajouter que la théière est trop petite pour être révélée même par nos télescopes les plus puissants. Mais si je devais poursuivre en disant que, puisque mon affirmation ne peut être réfutée, il est intolérable que la raison humaine en doute, on devrait à juste titre penser que je dis n’importe quoi. Mais si l’existence d’une telle théière était affirmée dans les livres anciens, enseignée comme la vérité sacrée chaque dimanche et inculquée aux enfants à l’école, l’hésitation à croire en son existence deviendrait une marque d’excentricité et donnerait au douteux le droit aux attentions du psychiatre à une époque éclairée ou de l’inquisiteur à une époque antérieure.

Bertrand Russel, “Is There a God?” (commissioned but never published) in Illustrated Magazine, 1952

Masculine and feminine are vanishing into activity and passivity by Sigmund Freud

But psycho-analysis cannot elucidate the intrinsic nature of what in conventional or in biological phraseology is termed “masculine” and “feminine”: it simply takes over the two concepts and makes them the foundation of its work. When we attempt to reduce them further, we find masculinity vanishing into activity and femininity into passivity, and that does not tell us enough.

Quant à l’essence de ce que, au sens conventionnel ou au sens biologique, on nomme “masculin” et le “féminin”, la psychanalyse ne peut l’élucider; elle reprend à son compte les deux concepts et les met a la base de ses travaux. Si l’on tente de les ramener à des principes plus originaires, la masculinité se volatilise en activité, et la féminité en passivité, ce qui est trop peu.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 270

English Pdf : “The psychogenesis of a case of female Homosexuality”


Suicide : to kill an object with whom one has identified himself by Sigmund Freud

For analysis has explained the enigma of suicide in the following way: probably no one finds the mental energy required to kill himself unless, in the first place, in doing so he is at the same time killing an object with whom he has identified himself, and, in the second place, is turning against himself a death-wish which had been directed against someone else.  Nor need the regular discovery of these unconscious death-wishes in those who have attempted suicide surprise us (any more than it ought to make us think that it confirms our deductions), since the unconscious of all human beings is full enough of such death-wishes, even against those they love. 

En effet l’analyse nous a fourni pour l’énigme du suicide cette explication, que peut-être personne ne trouve l’énergie psychique pour se tuer si premièrement il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne par là contre lui-même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne. La découverte régulière de ces désirs de mort inconscients chez le suicidaire n’est d’ailleurs pas pour nous étonner, ni non plus pour nous en imposer à titre de confirmation de nos déductions, car l’inconscient de tous les vivants est rempli de ces désirs de mort, même contre des personnes au demeurant aimées.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 261


Delirium as a piece to glue the flaw by Sigmund Freud

With regard to deliriums, some analyses have taught us that madness is used there as a piece that is initially glued where there had occurred a flaw in the relationship of the self to the outside world. If the solution of the conflict with the outside world does not yet appear to us more clearly than it does now, it is because in the clinical picture of psychosis, manifestations of the pathogenic process are often covered by those of an attempt at healing or reconstruction.

En ce qui concerne les délires quelques analyses nous ont appris que la folie y est employée comme une pièce qu’on colle là initialement s’était produite une faille dans la relation du moi au monde extérieur. Si la solution du conflit avec le monde extérieur ne nous apparaît pas encore avec plus de netteté qu’elle ne le fait maintenant, c’est que dans le tableau clinique de la psychose les manifestations du processus pathogène sont souvent recouvertes par celles d’une tentative de guérison ou de reconstruction.

Sigmund Freud, “Névrose et Psychose” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 285


Transfer, love and castration by Jacques Lacan

This love is present in various ways, but at least they [psychoanalysts] remember it when it is there, visible. It is in function of this love, let us say, real, that the central question of transference is instituted, the one that the subject asks himself concerning the agalma, namely what he lacks, because it is with this lack that he loves.
It is not for nothing that I have always believed that love is to give what one does not have. It is even the principle of the castration complex. In order to have the phallus, in order to be able to use it, one must not be.

Cet amour est présent de diverses façons, mais au moins qu’ils [les psychanalystes] s’en souviennent quand il est là, visible. C’est en fonction de cet amour, disons, réel, que s’institue ce qui est la question centrale du transfert, celle que se pose le sujet concernant l’agalma, à savoir ce qui lui manque, car c’est avec ce manque qu’il aime.
Ce n’est pas pour rien que, depuis toujours, je vous serine que l’amour, c’est de donner ce qu’on n’a pas. C’est même le principe da complexe de castration. Pour avoir le phallus, pour pouvoir s’en servir. il faut justement ne pas l’être.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 128


To be recognized as an object of desire by Jacques Lacan

This allows me to introduce a few formulas, the first of which is that to be recognized as an object of desire, in the meaning in which I articulate it, is always masochistic.

Cela me permet d’introduire quelques formules, dont la première est que se reconnaitre comme objet de désir, au sens où je l’articule, est toujours masochiste.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 125


Anxiety as a libido’s support interruption by Jacques Lacan

And I would indicate here, by the way, this term, little used I believe in German and that the vague translations that we have in French, allow to escape completely ; it is, when anxiety is involved, the relationship that Freud indicates with Libidoaushalt. We are dealing here with a term which is between Aushaltung which would indicate something of the order of interruption, of breaking and Inhalt which is the content. It is neither one thing nor the other : it is the support of the libido. In a word, this relationship to the object that I am speaking about to you today, is here directed, indicated in a way which allows a synthesis to be made between the signal function of anxiety and its relationship, all the same, to something that we can call an interruption in the support of the libido.

J’indiquerai en passant ce terme que je crois peu usité en allemand et que les traductions vagues que nous avons en français laissent tout à fait échapper. C’est, quand il s’agit de l’angoisse, le rapport que Freud indique par le mot Libidohaushalt. Nous avons là affaire à un terme o est entre Einhaltung, qui indiquerait quelque chose de l’ordre de l’interruption ou de la levée, et Inhalt. qui serait le contenu. Ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est le soutien de la libido. Pour tout dire, ce rapport à l’objet dont je vous entretiens aujourd’hui permet de faire la synthèse entre la fonction de signal de l’angoisse et sa relation, tout de même. avec quelque chose que nous pouvons appeler, dans le soutien de la libido, une interruption.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 122


The a object is behind the desire by Jacques Lacan

I would say then, to fix our aims, the object, the a object, this object which is not to be situated in anything whatsoever which is analogous to the intentionality of an noeme, which is not in the intentionality of desire, this object ought to be conceived by us as the cause of the desire, and, to take up my metaphor of a little while ago, the object is behind the desire.

Pour fixer notre visée, je dirai que l’objet a n’est pas à situer dans quoi que ce soit d’analogue à l’intentionnalité d’une noese. Dans l’intentionnalité du désir, qui doit en être distinguée, cet objet est à concevoir comme la cause du désir. Pour reprendre ma métaphore de tout à l’heure, l’objet est derrière le désir.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 119


Anxiety : the only subjective translation of the a object by Jacques Lacan

This is why the object a comes this year into the centre of our remarks. And if effectively it is inscribed in the frame of this anxiety that I took as a title, it is precisely for the reason that it is essentially from this angle that it is possible to speak about it, which means again that anxiety is its only subjective expression. If the a which we are dealing with here was all the same introduced a long time ago and along the path which brings it to you, was therefore announced elsewhere, it was announced in the formula of the phantasy($ ◇ a), desire of a.

L’objet a vient cette année au centre de notre propos. S’il s’inscrit dans le cadre d’un Séminaire que j’ai intitulé de l’angoisse, c’est parce que c’est essentiellement par ce biais qu’il est possible d’en parler, ce qui veut dire encore que l’angoisse est sa seule traduction subjective. Le a qui vient ici a pourtant été introduit dès longtemps. Il s’est annoncé dans la formule du fantasme en tant que support du désir, ($ ◇ a), $ désir de a.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 119


Anxiety, I and the a object by Jacques Lacan

Anxiety, I announced to you first in the Seminar of two years ago, anxiety manifests itself tangibly in a first approach as referring – and in a complex fashion – to the desire of the Other. From this first approach, I indicated that the anxietyprovoking function of the desire of the Other was linked to the fact that I do not know what object a I am for this desire.

Comme je vous l’ai annoncé dès le Séminaire d’il y a deux ans, l’angoisse se manifeste sensiblement comme se rapportant de façon complexe au désir de l’Autre. Dès ce premier abord, j’ai indiqué que la fonction angoissante du désir de l’Autre était liée à ceci, que je ne sais pas quel objet a je suis pour ce désir.

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 376


Father’s nostalgia and the great man by Sigmund Freud

We know there is in the human mass a strong need for an authority we can admire, before which one bows, by which one we’re dominated, and even possibly mistreated. The psychology of the individual has taught us where this need of the mass comes from. It is the nostalgia of the father, who has lived in everyone since childhood, of the same father that the hero of the legend prides himself on having surpassed. And so we can glimpse that all the traits we speak of the great man are paternal traits, that it is in this concordance that the essence of the great man that we were searching for in vain consists. The resolution of thought, the strength of will, the energy of actions belong to the paternal image, but above all the autonomy and independence of the great man, his divine recklessness, which can rise to the level of unscrupulousness.

Nous savons qu’il existe dans la masse humaine le fort besoin d’une autorité que l’on puisse admirer, devant laquelle on s’incline, par laquelle on est dominé, et même éventuellement maltraité. La psychologie de l’individu nous a appris d’où vient ce besoin de la masse. C’est la nostalgie du père, qui habite en chacun depuis son enfance, de ce même père que le héros de la légende s’enorgueillit d’avoir dépassé. Et dès lors nous pouvons entrevoir que tous les traits dont nous parons le grand homme sont des traits paternels, que c’est dans cette concordance que consiste l’essence du grand homme que nous cherchions en vain. La résolution de la pensée, la force de la volonté, l’énergie des actions appartiennent à l’image paternelle, mais avant tout l’autonomie et l’indépendance du grand homme, sa divine insouciance, qui peut se hausser jusqu’à l’absence de scrupule.

Sigmund FreudL’homme Moïse et la religion monothéiste, “Moïse, son peuple et la religion monothéiste” (1938), Folio Essais, Paris, 1993, p. 207


F has no self and no soul by Otto Weininger

We thus come to the end of a long demonstration, which has proved to the fullest extent possible that F is devoid of any soul, that it/she has no more self than individuality, no more personality than freedom, and no more character than will.

Nous arrivons ainsi au terme d’une longue démonstration, qui a prouvé on ne peut plus largement que F est dépourvu de toute âme, qu’il n’a pas plus de moi que d’individualité, pas plus de personnalité que de liberté, et pas plus de caractère que de volonté.

Here, F refers to the femal part of the human beings. Weininger pictured each human owning a part of F added to a part of H, the male part. In his quite insane demonstration, Weininger presented the woman owing a bigger part of F.

Weininger, OSexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 174

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Shame to be love by Otto Weininger

The woman’s lack of modesty/decency as well as her lack of heart is expressed in the way she talks about her conquests and the way she talks about them. Man feels ashamed to be loved, because he is then gratified with something, passive and chained, instead of being a giver, active and free, and he knows that he is never worthy of this love as a person. The woman boasts about it, she brags about it to other women, seeking to arouse their jealousy. She does not feel that the inclination one has for her is a recognition of her real value, and as a testimony of a deep understanding one would have of her being, but as a grant made to herself of a value she would not otherwise have, a brand new gift of an existence and an essence justifying her in the eyes of others.

Le manque de pudeur de la femme ainsi que son manque de cœur s’expriment dans le fait qu’elle parle de ses conquêtes et la manière dont elle en parle. L’homme ressent de la honte à être aimé, parce qu’il est alors gratifié de quelque chose, passif et enchainé, au lieu d’être donateur, actif et libre, et qu’il sait qu’il n’est jamais digne de cet amour en tant que personne. La femme s’en glorifie, elle s’en vante auprès des autres femmes, cherchant à exciter leur jalousie. Elle ne ressent par l’inclination qu’on a pour elle comme une reconnaissance de sa valeur réelle, et comme le témoignage d’une compréhension profonde qu’on aurait de son être, mais comme un octroi fait à elle-même d’une valeur qu’elle n’aurait pas sans cela, un don tout neuf d’une existence et d’une essence la justifiant aux yeux d’autrui.

Weininger, OSexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 169

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Misogyny and antisemitism common root by Sigmund Freud

I cannot make in the coherence of my speech a sufficient interruption to show what is typical in these unconscious thought paths that I lend to little Hans. The castration complex is the deepest unconscious root of anti-Semitism, because from his early age the boy hears that something is cut off from the Jew – a piece of the penis, he thinks – and this gives him the right to lead the Jew. Likewise, the morgue towards the woman has no stronger unconscious root. Weininger, the highly gifted and sexually disturbed young philosopher who, after his remarkable book “Sex and Character”, ended his life by suicide, in a remarkable chapter, gratified the Jew and the woman with the same hostility and overwhelmed them with the same outrage. Weininger was completely under the sway of his infantile complexes; and from that standpoint what is common to Jews and women is their relation to the castration complex.

Je ne puis faire dans la cohérence de mon propos une interruption suffisante pour montrer ce qu’il y a de typique dans ces cheminements de pensée inconscients que je prête au petit Hans. Le complexe de castration est la plus profonde racine inconsciente de l’antisémitisme, car des son plus jeune âge le garçon entend dire que l’on coupe au juif quelque chose au pénis – un morceau du pénis, pense-t-il – et cela lui donne le droit de mener le juif. De même, la morgue envers la femme n’a pas de racine inconsciente plus forte. Weininger, ce jeune philosophe hautement doué et sexuellement perturbé qui, après son remarquable livre « Sexe et caractère» , mit fin a vie par suicide, dans un chapitre fort remarque, gratifie le juif et la femme de la même hostilité et les a accables des mêmes outrage. Weininger se trouvait, en tant que névrose, entièrement sous la domination de complexes infantiles ; la relation au complexe de castration est là ce qui est commun au juif et la femme.

FOOTNOTE – Sigmund FreudLe Petit Hans (1909), PUF, Paris, 2006, p.31

Freud added his footnote on this sentence :

[…] would there indeed be living beings who do not pose a widdler ? Then it would indeed no longer be so unbelievable that the widdler could be taken away from him, to make him a woman in some way!

[…] y aurait-il donc effectivement des êtres vivants qui ne possèdent pas de fait-wiwi ? Alors ce ne serait en effet plus si incroyable qu’on puisse lui ôter le fait-wiwi, faire en quelque sorte de lui une femme!


Shame as the reverse side of psychoanalysis by Jacques Lacan

You’re going to tell me, the shame, what benefice? If this is the reverse side of psychoanalysis, not for us. I answer you – You’ve got a lot of it. If you don’t know it yet, make a slice, as they say. You’ll see that stale air of yours stumbling at every step with a shameful shame of living on the top.

Vous allez me dire La honte, quel avantage ? Si c’est ça, l’envers de la psychanalyse, très peu pour nous. Je vous réponds – Vous en avez à revendre. Si vous ne le savez pas encore, faites une tranche, comme on dit. Cet air éventé qui est le vôtre, vous le verrez buter à chaque pas sur une honte de vivre gratinée.

Jacques Lacan, Le séminaire livre XVII, l’envers de la psychanalyse (1969-1970), Seuil, Paris, 1991, p. 211


The extimate by Jacques Lacan

This distribution, its intimate limit, this is what conditions what in its time, and with more words of course, more illustrations than I can do here, I have designated as the vacuole, this forbiddness in the center, which constitutes, in short, what is closest to us, while being external to us. It would be necessary to use the word extime to designate what it is about.

Cette distribution, sa limite intime, voilà ce qui conditionne ce qu’en son temps, et avec plus de mots, bien sûr, plus d’illustrations que je ne peux le faire ici,j’ai désigné comme la vacuole, cet interdit au centre, qui constitue, en somme, ce qui nous est le plus prochain, tout en nous étant extérieur. Il faudrait faire le mot extime pour désigner ce dont il s’agit.

Jacques Lacan, Le séminaire ivre XVI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), Seuil, Paris, 2006, p. 224


Little Hans in love and ashamed by Sigmund Freud

In the hostel where we have lunch, a pretty little girl, about 8 years old, has been coming for a few days. Naturally, Hans falls in love with her immediately. He turns over continuously on his seat to ogle towards her and, after having eaten, takes place in his neighborhood to shell with her, but becomes crimson if then one observes him. The little girl responds to his glance, all ashamed, he immediately carries his eyes towards the opposite side.

Dans l’auberge où nous déjeunons vient depuis quelques jours une jolie fillette, d’environ 8 ans, dont naturellement Hans tombe aussitôt amoureux. Il se retourne continuellement sur son siège pour lorgner vers elle et, après avoir mangé, prend place dans son voisinage pour coqueter avec elle, mais devient cramoisi si alors on l’observe. La petite fille répond-elle à son regard, tout honteux, il porte aussitôt ses yeux vers le cóté opposé.

Sigmund Freud, Le Petit Hans (1909), PUF, Paris, 2006, p.15

This quotation is a part of a letter adressed to Freud by the Little Hans’s Father, Max Graff.


Being unable to see herself being seen by Jacques Lacan

But let’s stop for a moment at this blind girl. What does she mean? And to consider first of all what she is projecting in front of us, doesn’t she seems protected by a kind of sublime figure of modesty/decency ? – Which is based on the fact that, being unable to see herself being seen, she seems sheltered from the only glance able to unveil..

Mais arrêtons-nous un instant à cette fille aveugle. Que veut-elle dire ? Et pour considérer d’abord ce qu’elle projette devant nous, ne semble-t-il pas qu’elle est protégée par une sorte de figure sublime de la pudeur ? – qui s’appuie sur ceci que, de ne pouvoir se voir être vue, elle semble à l’abri du seul regard qui dévoile.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre VIII, Le transfert, Le Seuil, coll. « Le Champ freudien », 1991, p. 359

Here, Lacan to refers to the Paul Claudel’s masterpiece La Trilogie des Coûfontaine where Pensée is a blind character.


Frustration implies a default to a promise by Jacques Lacan

If you remember what I taught you in those days on several occasions, here and elsewhere, at the seminary and at the Société, I have asked you to review the use of the term frustration today. This was to encourage a return to what the original Versagung word means in Freud’s text, where the term is never used, because its emphasis can be put far beyond, and far deeper than, any conceivable frustration. Versagung implies a default to the promise, and a default to a promise for which everything has already been given up, and this is the exemplary value of the per sonnage and drama of Sygne.

Si vous vous souvenez de ce que je vous ai appris en son temps à plusieurs reprises, ici et ailleurs, au séminaire et à la Société, je vous ai priés de réviser l’usage qui est fait aujourd’hui en analyse du terme de frustration. C’était pour inciter à revenir à ce que veut dire, dans le texte de Freud où jamais ce terme est employé, le mot original de la Versagung, pour autant que son accent peut être mis bien au-delà, et bien plus profondément, que toute frustration concevable. Versagung implique le défaut à la promesse, et le défaut à une promesse pour quoi déjà tout a été renoncé, c’est là la valeur exemplaire du per sonnage et du drame de Sygne.

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VIII, Le transfert, Le Seuil, coll. « Le Champ freudien », 1991, p. 353

Here, Lacan to refers to the Paul Claudel’s masterpiece La Trilogie des Coûfontaine where Sygne is one of the main characters.


What shame makes him acts? by Octave Mannoni

Now, I may not have had an answer, but I at least had a question: what ancient shame could make the analysing act in a compulsive way much more spectacularly than Swann’s gestures, Sartre’s grimaces, or my reading aloud? But this question was not so new to me: had I not written, a long time ago, that King Lear became mad so as not to be fool ? And the same can be said of Ophelia, and of Beatrice in il Berretto a sonagli, of Pirandello (but she, to escape shame, simulates madness). The princeps case is Ajax: extravagances come before, but he does not escape shame when he “heals”…

Maintenant, je n’avais peut-être pas une réponse, mais j’avais du moins une question : quelle honte ancienne pouvait faire agir l’analysante d’une façon compulsionnelle beaucoup plus spectaculaire que les gestes de Swann, les grimaces de Sartre, ou ma lecture à haute voix ? Mais cette question n’était pas si nouvelle pour moi : n’avais-je pas écrit, il y a longtemps, que le Roi Lear devient mad pour ne pas être fool ? Et on peut en dire autant d’Ophélie, et de Béatrice dans il Berretto a sonagli, de Pirandello (mais elle, pour échapper à la honte, elle simule la folie). Le cas princeps, c’est Ajax: les extravagances viennent avant, mais il n’échappe quand même pas à la honte, quand il « guérit »…

MANNONI O.Ça n’empêche pas d’exister, Paris, Seuil, 1982, p. 76


Shame as an identification’s rupture by Octave Mannoni

We thus have a Freudian theory of shame, although Freud never stated it: it is the rupture of an identification at the level of the ego. We could “analyze the analysis” of Uncle Joseph’s dream with this idea, to see ambition, identification, fear of ridicule at work …

Nous avons ainsi une théorie freudienne de la honte, bien que Freud ne l’ait jamais énoncée : c’est la rupture d’une identification au niveau du moi. On pourrait “analyser l’analyse” du rêve de l’oncle Joseph avec cette idée, pour y voir l’ambition, l’identification, la peur du ridicule fonctionner…

MANNONI O.Ça n’empêche pas d’exister, Paris, Seuil, 1982, p. 82


Freud’s shame by Octave Mannoni

“If we use the indexes for one of these words, we are sure to find it, in the text, accompanied by the two others and in the passage from Massenpsychologie where Freud finally gives us the theory of shame, the word shame is not pronounced. Of course, it appears in the Traumdeutung, in the analysis of Uncle Josef’s dream, because it deals with ambition. Through the analysis of this dream, we understand why Freud does not stop at this question: for him the problem of shame was settled from early childhood: he opposed it to a reactionary formation, the kind which brings a definitive change in the unconscious in the superego, that is to say, exactly in character, and one can suspect that this indelible stigma implies a traumatic element that is overcome (as in fetishism, and with the same force).

We know the anecdote: when his parents wanted to shame him for having dirtied their bed, he responded by promising to buy them a brand new and more beautiful bed later. Faced with such an early and ambitious reaction, we feel like, in taking up one of his words addressed to little Hans, exclaiming: “Bravo, little Freud! » He settled the question of shame in a really precocious way, and at the same time taught us that ambition is the remedy. He later made a short-cut when he wrote, to everyone’s astonishment, that ambition was of urethral origin.

So, what made him simplify the question in this way is quite understandable.”

“Si l’on se sert des index pour un de ces mots, on est certain de le trouver, dans le texte, accompagné des deux autres et dans le passage de la Massenpsychologie où Freud nous donne enfin la théorie de la honte, le mot honte n’est pas prononcé Bien entendu, il figure dans la Traumdeutung, dans l’analyse du rêve de l’oncle Josef, parce qu’il y est question d’ambition. Par l’analyse de ce rêve, nous comprenons pourquoi Freud ne s’arrête pas à cette question : pour lui le problème de la honte s’est trouvé réglé dès la petite enfance : il lui a opposé une formation réactionnelle du genre de celles qui apportent une modification définitive dans l’inconscient dans le sur-moi, c’est-à-dire exactement dans le caractère, et l’on peut soupçonner que ce stigma indélébile implique un élément traumatique surmonté (comme dans le cas du fétichisme, et avec la même force).

On connaît l’anecdote : quand ses parents voulaient lui faire honte d’avoir sali leur lit, il a répondu par la promesse de leur acheter plus tard un lit tout neuf et plus beau. Devant une réaction si précocement ambitieuse, on a envie, en reprenant une de ses paroles adressée au petit Hans, de s’écrier : « Bravo, petit Freud ! » Il a réglé la question de la honte d’une façon vraiment précoce, et nous a appris du même coup que l’ambition en est le remède. Il a fait plus tard un court-circuit quand il a écrit, en étonnant tout le monde, que l’ambition était d’origine urétrale.

Mais on comprend très bien ce qui lui a fait simplifier ainsi la question.”

MANNONI O.Ça n’empêche pas d’exister, Paris, Seuil, 1982, p. 79


Forcing people to believe by Machiavelli

The nature of the people is variable, and whilst it is easy to persuade them, it is difficult to fix them in that persuasion. And thus it is necessary to take such measures that, when they believe no longer, it may be possible to make them believe by force

La nature des peuples est changeante ; et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. Aussi faut-il être organisé de façon que, lorsqu’ils ne croiront plus, on puisse les faire croire de force.

MACHIAVEL, Le Prince (1532), Paris, Flammarion, 1992, p.88


Why are you persecuting me? by Alain Didier Weill

One day, Paul has the foundational subjective experience of an event by which it is not by the putting into act of the law that it is possible to be torn from the persecution of original sin, but by an interior psychic act which consists to self identify to the one who said to him, “Why are you persecuting me? “
In this flashing conversion Paul’s values ​​are reversed: from persecutor he becomes persecuted, and henceforth will have an extraordinary life as a man exposed to the trials of persecution like Christ.

Colossains 1:24
Now I rejoice in what I am suffering for you, and I fill up in my flesh what is still lacking in regard to Christ’s afflictions, for the sake of his body, which is the church.

2 Corinthians 4
persecuted, but not abandoned; struck down, but not destroyed.
10 We always carry around in our body the death of Jesus, so that the life of Jesus may also be revealed in our body.

Galatians 2:20
I have been crucified with Christ and I no longer live, but Christ lives in me.

I arrived to the supposition threw this flashing identification to the Risen, Paul experienced the flashing disappearance of inner persecution. One fundamental point: there is a connection between the disappearance of internal persecution and the appearance of a persecution in reality coming from outside, whether from the side of the pagans or the Jews. This is what he later theorized as original sin.

Paul fait un jour l’expérience subjective fondatrice d’un événement par lequel ce n’est pas par la mise en acte de la loi qu’il est possible d’être arraché à la persécution du péché originel mais par un acte psychique intérieur consistant à s’identifier à celui qui lui a dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? »
Dans cette conversion foudroyante les valeurs de Paul s’inversent : de persécuteur il devient persécuté, celui qui va dorénavant avoir une vie extraordinaire d’homme exposé aux épreuves de la persécution comme le Christ.

Colossiens 1, 24 : « Je me réjouis dans les souffrances, à cause de vous et je complète ce qui manque aux épreuves du Christ, dans ma chair »
2 Corinthiens 4 : « Persécuté mais non abandonné, abattu mais non anéanti, toujours nous portons la mort de Jésus dans notre corps afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps ».
Galates 2, 20 : « J’ai été co-crucifié avec le Christ, ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi… »

Je suis arrivé à supposer que dans cette identification foudroyante au ressuscité Paul fit l’expérience d’une foudroyante disparition de la persécution intérieure. Point fondamental : il y a rapport entre la disparition de la persécution intérieure et l’apparition d’une persécution réelle qui vient du dehors que ce soit du côté des païens ou des juifs. C’est ce qu’il théorisa, ultérieurement, comme péché originel.

Didier-Weill Alain, « Pourquoi me persécutes-tu ? », Pardès, 2002/1 (N° 32-33), p. 299-305
DOI : 10.3917/parde.032.0299
URL : https://www.cairn-int.info/revue-pardes-2002-1-page-299.htm


Contempt and rejection fall on the subject by Jean Guillaumin

But we must note there is a considerable difference between “being disgusted” by something, and “becoming” oneself a disgust’s object to others: indeed disgust protects against narcissistic devaluation rather than participates to that. In the first case, the rejection concerns the loathsome object that the subject cannot ingest, and it comes from the subject. In the second case, contempt and rejection fall on the subject, himself marked in some ways by a stigma vile and repugnant to the others (and his own) eyes.

Mais il faut bien voir qu’il y a une considérable différence entre « être dégoûté » par quelque chose, et « devenir » soi-même un objet de dégoût pour les autres : car le dégoût protège de la dévalorisation narcissique plutôt qu’il n’y participe. Dans le premier cas, le rejet concerne l’objet répugnant que le sujet ne peut ingérer, et il provient du sujet. Dans le second cas, le mépris et le rejet tombent sur le sujet, lui-même marqué à quelque égard d’un stigmate vil et répugnant aux yeux des autres (et des siens).

Jean Guillaumin, « Honte, culpabilité et dépression », in Revue française de psychanalyse n° 5-6, Paris, puf, 1973, P. 989


Opposed logics of Shame and Psychoanalysis by Claude Barazer

without any suprise, psychoanalysis has always been “wary” of shame because their logics are diametrically opposed: when psychoanalysis “believes” in speech, in the therapeutic effects of bringing to light a truth unheard until now, the absolute priority of the ashamed one regarding the speech is “to face” not to be lost nor to be saved, maintaining the posture at all costs, concealing the secret.

il ne faut pas s’étonner que la psychanalyse se soit toujours « méfiée » de la honte car leurs logiques sont diamétralement opposées : si la psychanalyse « croit » en la parole, aux effets thérapeutiques de la mise au jour d’une vérité jusque-là inouïe, la priorité absolue du honteux quant à la parole est la « face » à ne pas perdre ou à sauver, la posture à conserver coûte que coûte, le secret à dissimuler.

Barazer Claude, « “ Ulysse nu et couvert de boue ” », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1789-1794.
DOI : 10.3917/rfp.675.1789.
URL : https://www.cairn-int.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1789.htm


“woman is always naked, even under the crinoline” by Otto Weininger

To be ashamed of something, one must be aware of it, and like consciousness, differentiation is necessary to feel the shame. The woman, who is only sexual, may appear on the contrary asexual, because she is the sexuality itself, in her, the sexuality does not stand out from the rest as it is the case with men, neither physically, nor psychically, nor in space, nor in time : the woman, who is constantly indecent, can give the impression of deccency, because she has no decency to be hurt. And so , the woman is never naked or always is : never, because she never really reaches the real feeling of nudity; always, because it lacks precisely the element other, the difference itself, the only one which could make her aware of her objective nudity, and thus encourage her to cover and hide it. That one can be naked even covered with a garment is certainly something that escapes the untrained gaze, but a psychologist would make a bad advertisement for himself concluding from the clothing to the non-nudity. A woman is always naked, even under the crinoline and the corset.

Pour avoir honte de quelque chose, il faut en être conscient, et comme pour la conscience, la différenciation nécessaire au sentiment de la honte. La femme, qui n’est que sexuelle, peut apparaître comme étant au contraire asexuelle, parce elle est la sexualité elle-même, qu’en elle la sexualité ne se détache pas du reste comme c’est le cas chez l’homme, ni physiquement, ni psychiquement, ni dans l’espace, ni dans le temps : la femme, qui est constamment impudique, peut donner l’impression de la pudicité, parce il n’y a pas en elle de pudeur à blesser. Et ainsi, la femme n’est jamais nue ou l’est toujours : jamais, parce qu’elle n’accède jamais vraiment au sentiment réel de la nudité; toujours, parce qu’il lui manque précisément l’élément autre, la différence en elle qui seule pourrait lui faire prendre conscience de sa nudité objective, et ainsi l’inciter à couvrir et cacher celle-ci. Qu’on puisse être nu même recouvert d’un vêtement est certes quelque chose qui échappe au regard non-exercé, mais un psychologue se ferait une mauvaise réclame en concluant de l’habillement à la non-nudité. Une femme est toujours nue, même sous la crinoline et le corset.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 169

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Ego as a grammarians invention

Lichtenberg, who, after Hume, also battled with the ego, was still bolder. As a philosopher of impersonality, he corrects our verbal “I think”, into an objective “it thinks”, thereby showing ego is a grammarians invention (Hume also ended his presentation explaining any dissension about identity as a quarrel of words).

Lichtenberg, qui, venu après Hume, est également parti en guerre contre le moi, a été plus hardi encore. Philosophe de l’impersonnalité, il corrige notre « je pense » verbal, en un objectif « cela pense » voulant montrer par là que le moi est une invention de grammairiens (Hume aussi finissait son exposé en expliquant toute dissension au sujet de l’identité de la personne comme une querelle de mots).

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 134-135

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Progress alliance with barbarism by Sigmund Freud

We live in very remarkable times. We find with astonishment that progress has concluded an alliance with barbarism.

Nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie.

Sigmund Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste, “Remarques préliminaires” (1938), Folio Essais, Paris, 1993, p. 132


David Hume seen by Otto Weininger

David Hume analysed the concept of the ego through a criticism which ended discovering the ego contains only a bundle of different perceptions taken in a flux and a perpetual movement. We should, Hume explains in substance, turn away from some metaphysicians, who believe to find in themself another ego than this one. I’m sure I don’t have one, and everyone is as sure as I am. So expresses the world’s gentleman. Next chapters will show how much his irony ultimately falls toward himself only. If, however, this ironic criticism had such an impact, the cause is the overestimation from which its author benefited, and for which the responsibility rests to Kant. Hume was a remarkable empirical psychologist, but was not a genius. There is certainly no great glory in being the greatest English philosopher, but even as a such one, Hume cannot pretend. When we know Kant (despite the “paralogisms”) immediately rejected Spinozism for the only reason he sees in human beings not substances, but only accidents, and considered that the only “nonsense “of this idea was enough to condemn him – I am not sure he would not have moderated the praises which he addresses to the English philosopher if he had known the “Treatise on human nature”, and not only the “Investigation of the morality principles”, later work in which, as we know, Hume doesn’t resume his criticism.

David Hume a soumis le concept du moi à une critique au terme de laquelle il ne crut découvrir en celui-ci qu’une faisceau de différentes perceptions prises dans un flux et un mouvement perpétuel. Il faut, explique-t-il en substance, se détourner de certains métaphysiciens, qui croient trouver en eux un autre moi que celui-ci. Je suis certain pour moi de n’en pas avoir, et chacun en est aussi certain que moi. Ainsi s’exprime l’homme du monde. On verra au chapitre suivant combien son ironie ne retombe finalement que sur lui-même. Si cependant cette critique ironique a eu un tel retentissement, la cause en est la surestimation dont son auteur a bénéficié, et dont la responsabilité revient a Kant. Hume était un remarquable psychologue empirique, mais n’était pas un génie. Il n’y a certes pas grande gloire à être le plus grand philosophe anglais, mais même à ce titre, Hume ne peut prétendre. Lorsqu’on sait que Kant (en dépit des “paralogismes”) a repoussé d’emblée le spinozisme pour la seule raison qu’il voit dans les êtres humains non des substances, mais uniquement des accidents, et a considéré que la seule “ineptie” de cette idée suffisait à le condamner – je ne suis pas sûr qu’il n’aurait pas modéré les louanges qu’il adresse au philosophe anglais s’il avait connu le « Traité de la nature humaine », et non seulement l’« Enquête sur les principes de la morale », ouvrage postérieur dans lequel, comme on sait, Hume n’a pas repris sa critique.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 134

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Sexual ambitions only by Otto Weininger

Many people who are quick to be dazzled and especially women also believe that being genius means having wit. Whatever they seem, women are insensitive to genius; having only sexual ambitions, it does not matter to them by what a man will be distinguished externally from the common men[…]

Beaucoup de gens prompts à s’éblouir et en particulier les femmes croient aussi qu’être génial signifie avoir de l’esprit. Les femmes sont, quoi qu’il y paraisse, insensibles au génie; n’ayant d’ambitions que sexuelles, peu leur importe par quoi un homme se distinguera extérieurement du commun des hommes […]

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 99

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Shame : the shadow of the abject has fallen on the ego by Patrick Merot

To be ashamed is, in a paradigmatic way, to be ashamed to discover oneself very small even though one has believed oneself to be great, to be reduced to being a miserable earthworm, a scum, an excretion while thought one was a man. We have sufficiently indicated the anal dimension of identity to which the subject is then reduced: the shame, it is the shadow of the abject which has fallen on the ego. A formulation in which this beyond shame we encounter in melancholy, and the melancholic dimension the experience of shame can include, is hearable.

Avoir honte c’est, de façon paradigmatique, avoir honte de se découvrir tout petit alors même que l’on s’est cru grand, d’être réduit à être un misérable vers de terre, un rebut, une déjection alors qu’on se croyait un homme. On a suffisamment indiqué la dimension anale de l’identité à quoi se trouve réduit alors le sujet : la honte, c’est l’ombre de l’abject tombée sur le Moi. Formulation dans laquelle s’entend cet au-delà de la honte que l’on rencontre dans la mélancolie et la dimension mélancolique que peut comporter l’expérience de la honte.

Merot Patrick, « La honte : “ si un autre venait à l’apprendre ” Introduction à la discussion sur le rapport de Claude Janin », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1743-1756
DOI : 10.3917/rfp.675.1743
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1743.htm


Shame recalls what we want to foreclose by David Bernard

There is a specific shame affect to our modernity by which it recalls, in the contemporary social bond, the experience of the speaking body that we wanted to foreclose.

Il y a un affect de honte propre à notre modernité par lequel se rappelle dans le lien social contemporain l’expérience du corps parlant que l’on voulait forclore.

Bernard David, Lévy Alexandre, « Le capitalisme et la honte », Cliniques méditerranéennes, 2014/2 (n° 90), p. 245-254.
DOI : 10.3917/cm.090.0245
URL : https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2014-2-page-245.htm


Woman and sexual being by Otto Weininger

The woman is only sexual, the man is also sexual: this distinction is of considerable importance, as well in space as in time.

La femme est sexuelle seulement, l’homme est aussi sexuel : cette distinction est d’une portée considérable, aussi bien dans l’espace que dans le temps.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 89

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Sexual life absorbs entirely F by Otto Weininger

The state of sexual arousal represents for the woman the highest point to which she can reach. The woman’s being is entirely sexual. Sexual life, the sphere of copulation and reproduction, which includes the relation to man and child, absorbs F entirely, fills its existence, while H, while being sexual, is still something else. This is, trully speaking, that difference we wanted to see in the intensity of instinct.

L’état d’excitation sexuelle représente pour la femme le point le plus haut auquel elle puisse atteindre. L’être de la femme est tout entier sexuel. La vie sexuelle, la sphère de la copulation et de la reproduction, qui comprend le rapport à l’homme et à l’enfant, absorbe F entièrement, remplit son existence, tandis que H, tout en étant sexuel, est autre chose encore. C’est là qu’est en vérité cette différence qu’on a voulu voir dans l’intensité de l’instinct.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 87

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Bisexuality as a universal rule by Otto Weininger

There is between man and woman (with some nuances, it’s true to all living beings with sexual reproduction), an infinity of gradations, an infinity of “intermediate sexual forms”. Just as physics reasons on ideal gases, in other words gases rigorously obeying Boyle-Gay-Lussac’s law (while none actually obey to it), and starts from this law to see how reality differs from it, in the same way, we must posit here H as an ideal man and F as an ideal woman, without attributing to them either a real existence which they do not have, but as sexual types. Such types not only can but must be built. The type, the Platonic idea, is the object of science as it is that of art. Fully conscious that reality offers no example of this, physics studies perfectly elastic or perfectly rigid bodies, using real bodies only as starting points in its search for type and defining them in return as mixed cases. Likewise, there are really only combinations of masculine and feminine, approximations of these two types, unobservable as such. Let me be understood correctly: I am speaking here not of a bisexuality as an exception, or as an embryonic disposition, but of the bisexuality as a universal rule.

Il y a entre l’ homme et la e femme (mais cela vaut à quelques nuances près pour tous les êtres vivants à reproduction sexuelle), une infinité de gradations, une infinité de “formes sexuelles intermédiaires”. De même que la physique raisonne sur des gaz idéaux, autrement dit des gaz obéissant rigoureusement à la loi de Boyle-Gay-Lussac (alors qu’aucun ne lui obéit en réalité), et part de cette loi pour voir dans quelle mesure la réalité s’en écarte, de même il faut poser ici un homme idéal H et une femme idéale F sans leur attribuer ni à l’un ni à l’autre une existence réelle qu’ils n’ont pas, mais comme types sexuels. De tels types non seulement peuvent mais doivent être construits. Le type, l’idée platonicienne, est l’objet de la science comme il est celui de l’art. C’est pleinement consciente de ce que la réalité n’en offre aucun exemple que la physique étudie des corps parfaitement élastiques ou parfaitement rigides, ne se servant des corps réels que comme points de départ dans sa recherche du type et les définissant en retour comme des cas mixtes. De même, il n’existe réellement que des combinaisons de masculin et de féminin, des approximations de ces deux types, eux-mêmes inobservables comme tels. Qu’on me comprenne bien : je veux parler ici non d’une bisexualité comme exception, ou comme disposition embryonnaire, mais d’une bisexualité comme règle.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 26

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Coit defines their psychic life by Otto Weininger

Passing in front of a lovers couple taking refuge on a bench, or passing down the street, the woman is curious and gaze. But one does’nt look at what one does’nt like or want, one turns away from it. If women so much enjoy seeing a couple it’s because thie ideal of the coitus, their one, is GENERAL, and does’nt apply only to them. It was shown above that attention is paid only to what is assigned a positive value. The woman who observes a lovers couple is always waiting for what will happen between them, she anticipates their actions, hopes, desires. The idea of the sexual act in all its forms (even in animals) always arouses in her the keenest interest, never the slightest repugnance; far from denying it, from experiencing what it has as ignoble, the idea seizes her entirely, possesses it, occupies it incessantly. This trait is enough to define much of her psychic life which seems so mysterious to so many people.

Passant devant un couple d’amoureux venus se réfugier sur un banc, ou le croisant dans la rue, la femme est curieuse et regarde. Or on ne regarde pas ce qu’on n’aime pas ou ne désire pas, on s’en détourne. Les femmes n’ont tant de plaisir à voir un couple que parce que cet idéal du coït qui est le leur est GÉNÉRAL, et ne vaut pas seulement pour elles. II été montré plus haut qu’on n’accorde d’attention qu’à ce à quoi on attribue une valeur positive. La femme qui observe un couple d’amoureux est toujours dans l’attente de ce qui va se passer entre eux, elle anticipe leurs gestes, espère, désire pour eux. L’idée de l’acte sexuel sous toutes ses formes (même chez les animaux) réveille toujours chez elle le plus vif intérêt, jamais la moindre répugnance; loin de le nier, d’éprouver comme ignoble ce qu’il a d’ignoble, l’idée l’en saisit tout entière, la possède, l’occupe de manière incessante. Ce trait suffit à définir une grande partie de sa vie psychique qui semble si mystérieuse tant de monde.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 212

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Subtle findings into unworthy hands by Lou Andréas-Salomé

My last reading was Madame Garborg’s little book, now it’s Weininger’s turn. I open it every now and then. Just a few moments, each of which gives me the feeling of seeing subtle findings fallen into unworthy and angry hands, in a life ill-prepared to welcome it.

Ma dernière lecture a été le petit livre de Madame Garborg, maintenant, c’est le tour de Weininger que j’ouvre de loin en loin. Juste quelques instants, dont chacun me donne le sentiment de voir une trouvaille subtile tombée entre des mains indignes et rageuses, dans une vie mal préparée pour l’accueillir.

R.M. Rilke, Lou, Andreas-Salome, Correspondance, Gallimard, Paris 1985, p. 180


Puberty is a moment of crisis to the man by Otto Weininger

The time of puberty is always a moment of crisis to the man, a time when he feels something foreign penetrating into his own being, something which is added to what was until then his way of thinking and feeling, without having ever wanted to. It is the physiological erection, over which the will has no power; and this is why the first erection in every man is experienced as something incomprehensible and disturbing, and the reason also so many men remember its circumstances throughout their lives with the greatest precision. Woman, on the contrary, not only easily resigns herself to puberty, but feels, so to speak, her being raised by her to a higher power, her importance as a person infinitely increased.

Chez l’homme, le temps de la puberté est toujours un moment de crise, où il sent pénétrer dans son être quelque chose d’étranger, quelque chose qui vient s’ajouter à ce qui était jusque-là sa manière de penser et de sentir, sans qu’il l’ait aucunement voulu. C’est l’érection physiologique, sur laquelle la volonté n’a pas de pouvoir; et c’est là la raison pour laquelle la première érection est chez tout homme ressentie comme quelque chose d’incompréhensible et de troublant, et pour laquelle aussi tant d’hommes se souviennent de ses circonstances leur vie durant avec la plus grande précision. La femme au contraire non seulement se résigne facilement à la puberté, mais sent pour ainsi dire son être élevé par elle à une plus haute puissance, son importance en tant que personne infiniment accrue.

Weininger, O. Sexe et Caractère (1903) (Editions l’age d’homme). Trad. D. Renaud. Editions l’age d’homme. Lausanne, 1975, p. 88

Disclaimer : The works of Weininger are to read knowing the terrible destcruction power they supported, after his own death, against Jewish People, and against Women in general. His texts are sources to understand the common roots between antismetism and antifeminism.


Shame also includes the subject’s melancholization power by David Bernard

Indeed, shame, via its destitution power, also includes the subject’s melancholization power. On the shame moment, the subject may not only be reduced to blushing at his fantasy, where the object has retained its phallic brilliance and power of desire. But he also can be led to the wild crossing of this fantasy, to the forced and imposed experience of this object as waste, this time dispossessed of its phallic brilliance. The comic fact of shame already give us one clue: the shameful subject can feel himself like shit.

En effet, la honte, via son pouvoir de destitution, comporte aussi un pouvoir de mélancolisation du sujet. À l’instant de honte, le sujet pourra ne pas seulement être réduit à rougir de son fantasme, là où l’objet a conserve sa brillance phallique et sa puissance de désir. Mais il pourra être conduit à la traversée sauvage de ce fantasme, à l’expérience forcée et imposée de cet objet comme déchet, dépossédé cette fois de sa brillance phallique. Le fait comique de la honte nous en donnait déjà l’indice : le sujet honteux pourra s’éprouver comme une merde.

Bernard David, « De la honte à l’hontologie », Champ lacanien, 2006/2 (N° 4), p. 185-194.
DOI : 10.3917/chla.004.0185.
URL : https://www.cairn.info/revue-champ-lacanien-2006-2-page-185.htm


Shame turns the speaking being like a glove by David Bernard

Shame turns the speaking being like a glove, brings out from the bottom of his image his ontological and shameful lining, this nothing, nothing but th(a)t.

La honte retourne l’être parlant comme un gant, fait ressortir du fond de son image sa doublure ontologique et honteuse, ce rien sinon ç(a)

Sorry that we didn’t find the way to translate the equivoqual of “ç(a)” in french. “ç(a)” mixes the lacanian concept of little a object, and the freudian “ça“, classicaly translated by id in english texts.

Bernard David, « De la honte à l’hontologie », Champ lacanien, 2006/2 (N° 4), p. 185-194.
DOI : 10.3917/chla.004.0185.
URL : https://www.cairn.info/revue-champ-lacanien-2006-2-page-185.htm


Self-Ideal is to the Super-Ego what Drive is to the Id by André Green

On many occasions we have insisted on what Freud described in 1923 and on which he has never ceased to work since that date as an order of phenomena specific to the Super-Ego: the function of the ideal, which is to the Super-Ego what the drive is to the Id and what perception is to the Ego

A plusieurs reprises nous avons insisté sur ce que Freud a décrit en 1923 et sur quoi il n’a cessé de revenir depuis cette date comme ordre de phénomènes propres au Sur-Moi: la fonction de l’idéal, qui est au Sur-Moi ce que la pulsion est au Ça et la perception au Moi.

GREEN André, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 359


Moral narcissist gives up satisfaction by André Green

“As soon as there is a blow to be received, says Freud, the masochist stretches his cheek”. This is not the case with the moral narcissist. Paraphrasing Freud, we will say: “As soon as one has to give up some satisfaction, the moral narcissist volunteers. “

« Dès qu’il y a un coup à recevoir, dit Freud, le masochiste tend sa
joue. » Ce n’est pas le cas du narcissique moral. Paraphrasant Freud, nous dirons : « Dès qu’il faut renoncer à quelque satisfaction, le narcissique
moral se porte volontaire. »

GREEN André, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 346


Shame or Guilt : Œdipus or Ajax by André Green

We understand that we have here two opposed problems which respond to two types of object choice and object investment: with Œdipus the object investment, which generates the guilt through transgression , with Ajax the narcissistic investment of the object, which generates the shame through disappointment.

On comprend que nous avons opposé deux problématiques qui répondent à deux types de choix d’objet et d’investissement de l’objet : avec Œdipe l’investissement objectai de l’objet, générateur par la transgression de la culpabilité, avec Ajax l’investissement narcissique de l’objet, générateur par la déception de la honte.

GREEN André, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 344


Shame responds to a Talionic Ethic by André Green

In summary [in the reading of “The Greeks and the irrational” of E.R. Dodds], the shame is a fact in which human responsibility hardly plays a role, which is a present of the Gods, striking the man sinning by pride (hubris), while the guilt is the consequence of a fault in which the human’s will was engaged toward a transgression. The first responds to an ethic of Talion (retaliation) ethic, the second to a more comprehensive ethic of justice.

En résumé [dans la lecture de « Les Grecs et l’irrationnel » de E. R. Dodds], la honte est un fait où la responsabilité humaine joue à peine, c’est un lot des Dieux, frappant l’homme passible d’orgueil (l’hubris) tandis que la culpabilité est la conséquence d’une faute où la volonté de l’homme fut engagée dans le sens d’une transgression. La première répond à une éthique en talion, la seconde à une éthique de justice plus compréhensive.

GREEN André, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 342


The Silent presence of the analyst may defeat the shame by Claude Janin

According to me, I conceive the analysis as necessarily “incomplete”, leaving its part to the unknown, or better, to the relation to the unknown, and to the unrepresented: something in the analysis is happening, in the better case, in this transitional area within which two psyches meet, without participation of the language: silently. There is then a transition from a negative pact to an authentic psychic sharing: in other words if the analyst carries – and supports – for him and his analysing-one, the non-ideal idea of the incompleteness of the analysis, natural consequence of human incompleteness, then shame, as affect and as questioning, can arise authentically in the analysis and begin to be thus defeated. This silent defeat of the shame is not one of its least riddles because if, in the cure, the fundamental rule is prescription of truth, of exposure, and thus necessarily summons shame, silent psychic sharing, allows him a profound mutation that is not supported by the art of interpretation, but first of all by the presence and listening of the analyst: when the saying of the shame supported by this silent presence can occur, this defeat is, so to speak, consumed.

Pour ma part, je conçois l’analyse comme nécessairement « incomplète », laissant sa part à l’inconnu, ou mieux encore, à la relation d’inconnu, et à l’irreprésenté : quelque chose dans l’analyse se passe, dans le meilleur des cas, dans cette aire transitionnelle au sein de laquelle deux psychés se rencontrent, sans participation du langage : silencieusement. Il y a alors passage d’un pacte dénégatif à un authentique partage psychique : en d’autres termes si l’analyste porte – et supporte –, pour lui et son analysant, l’idée non idéale de l’incomplétude de l’analyse, simple conséquence de l’incomplétude humaine, alors la honte, comme affect et comme questionnement, peut advenir authentiquement dans l’analyse et commencer à être ainsi défaite. Cette défaite silencieuse de la honte n’est pas une de ses moindres énigmes car si, dans la cure, la règle fondamentale est prescription de vérité, de mise à nu, et convoque ainsi nécessairement la honte, le partage psychique silencieux, lui, permet une mutation profonde qui n’est pas soutenue par l’art de l’interprétation, mais bien d’abord par la présence et l’écoute de l’analyste : lorsque le dire de la honte étayé par cette présence silencieuse peut advenir, cette défaite est, pour ainsi dire, consommée.

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm


Pride as a punishment by André Green

The moral narcissist has committed no other fault than to have remained attached to his infantile megalomania and who is still in debt to his Ego Ideal. The consequence is that he does not feel guilty but that he is ashamed of being only what he is or of pretending to be more than he is. […] In moral narcissism […] punishment – here shame – is accomplished by the insatiable doubling of pride.

Le narcissique moral n’a pas commis d’autre faute que d’être resté fixé à sa mégalomanie infantile et qui est toujours en dette envers son Idéal du Moi. La conséquence est qu’il ne se sent pas coupable mais qu’il a honte de n’être que ce qu’il est ou de prétendre à être plus qu’il n’est. […] Dans le narcissisme moral […] la punition – ici la honte – s’accomplit par le redoublement insatiable de l’orgueil.

A. Green, “Le narcissisme moral” in Narcissisme de vie, narcissisme de mort (1969), Paris, Éditions de Minuit, 1982, p. 183


Shame can be a defense against guilt by Claude Janin

The P. Blos’s conceptions are particularly important: in certain cases, indeed, Superego’s personalization is results from an Ego Ideal stuck to a severe Superego; in other words, there can be a real “collapse between shame and guilt”; in other words, shame can be a defense against guilt, a way to re-sexualize the bonds with the Superego.

Les conceptions de P. Blos sont particulièrement importantes : dans certains cas, en effet, la personnalisation du Sur-moi est le résultat d’un Idéal du Moi collé à un Sur-moi sévère ; en d’autres termes, il peut se produire un véritable « collapsus entre honte et culpabilité » ; en d’autres termes encore, la honte peut être une défense contre la culpabilité, une façon de re-sexualiser les liens avec le Sur-moi.

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm

Who quotes :

P. Blos, Fonctions de l’Idéal du Moi (1993), in Adolescence, t. XI, no 1


Shame borns in the reversal of sadism by Claude Janin

Thus, we can build the hypothesis according to which that it is in the regressive reversal of sadism into masochism that guilt (actived) gives way to shame (suffered).

On peut donc faire l’hypothèse que c’est dans le retournement régressif du sadisme en masochisme que la culpabilité (active) cède la place à la honte (subie).

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm


Shame is attached to Anteros by Claude Janin

The guilt would thus be attached to Eros, as the shame would be attached to Anteros.

La culpabilité serait ainsi attachée à Éros, comme la honte le serait à Antéros.

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », in Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742.
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm
Who quotes
D. Braunschweig, M. Fain, Éros et Antéros. Réflexions psychanalytiques sur la sexualité (1971), Paris, Payot


Genius is incomprehensible and unaccountable by Sigmund Freud

We know that genius is incomprehensible and unaccountable

Sigmund Freud, Moses and Monotheism, Trad. Katherine Jones, Hogarth Press And the institute of Psychoanalysis, Letchworth Great Britain, 1939, p. 105

Le génie est, comme on le sait, incompréhensible et sans responsabilité

Sigmund. Freud, L’homme Moise et la religion monothéiste (1939), Paris, Gallimard, 1986, p.8


The mothers’s surprises the shamefull child by Claude Janin

[…] I think I can postulate here that guilt is made possible by the impersonalization of the Superego heir to the Oedipus complex, while the shame is linked to the collapseof the Early Superego and Ego-Ideal which primary object is projectively carryer. As Guillaumin says, it is the father who surprises the “guilty child”, while, for the “shameful child”, “the eye of the father who surprises is the one of the mother herself”

[…] je pense pouvoir ici postuler que la culpabilité est rendue possible par l’impersonnalisation du Sur-moi héritier du complexe d’OEdipe, tandis que la honte est liée au collapsus Sur-moi précoce – Idéal du Moi dont l’objet primaire est projectivement porteur. Comme le dit Guillaumin, c’est le père qui surprend l’ « enfant coupable », tandis que, pour l’ « enfant honteux », « l’œil du père qui surprend est celui de la mère elle-même »

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », in Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm
Who quotes
Jean Guillaumin, « Honte, culpabilité, dépression », in Revue Française de Psychanalyse (1973), t. XXXVII, no 5, p. 1003


The object exposes the anal area of the glorious by Jean Guillaumin

It is the very object to which the Ego sought to exhibit its phallic power and which it wanted to constrain to the passive position, which passes to the other pole and exposes the anal area of the glorious one, thus denouncing and punishing directly, through the talion, the secret sadism that hid the idealization of his desires.

C’est l’objet même auquel le Moi a cherché à exhiber son pouvoir phallique et qu’il a voulu contraindre à la position passive, qui passe à l’autre pôle et met à nu la zone anale du glorieux, dénonçant et punissant ainsi directement, par le talion, le sadisme secret que cachait l’idéalisation de ses désirs.

Jean Guillaumin, “Honte, culpabilité, dépression”, in Revue Française de Psychanalyse, t. XXXVII, no. 5, (1973), p. 1667


The path between Ideal and Superego by Jean-Luc Donnet

This gap between perfection and perfectionment/improvement means identification to the idealized Oedipal parents does not allow the ego to “take itself” as the ideal: there is clearly a hiatus, separation, structural cleavage between the ego and the Superego , and it is from this cleavage that the path of perfectionment/improvement finds his origine; in other words, it is not possible to separate the prohibitive superego side – do not be like your father – and the ideal side – be like your father.

Cet écart entre perfection et perfectionnement indique que l’identification aux parents œdipiens idéalisés ne permet pas pour autant que le moi “se prenne” pour l’idéal : il y a bien hiatus, séparation, clivage structurel entre le moi et le Sur-moi, et c’est de ce clivage que s’origine en quelque sorte le chemin du perfectionnement ; en d’autres termes, il n’est pas possible de séparer le versant surmoïque interdicteur – ne sois pas comme ton père – et le versant idéal– sois comme ton père.

Donnet Jean-Luc, « I. La décomposition de la personnalité psychique (31e Nouvelle Conférence) », dans : , Surmoi (1). Le concept freudien et la règle fondamentale. Tome 1, sous la direction de Donnet Jean-Luc
Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Monographies de psychanalyse », 1995, p. 15-53
URL : https://www.cairn.info/surmoi-1–9782130454816-page-15.htm


Shame may be the most shared thing of our world by Claude Janin

[…] all shame has a group dimension; “I am ashamed of you”, “you make me ashamed”, “I am ashamed for you”: these expressions clearly show to what extent shame circulates between individuals as a link. Traditionally referred to the Ego-Ideal, we understand that if the latter is, as Freud maintains in Group Psychology and the Analysis of the Ego, an essential element of the group constitution, then shame is a negative link which cements relationships inter-individual. Let us think for a moment about the expressions I have just mentioned, and try to apply them to guilt; we see that it is more difficult. The flow of the shame between individuals, and its contagious nature, highlighted by these expressions, may make shame the most shared thing in the world.

[…]toute honte comporte une dimension groupale ; « j’ai honte de toi », « tu me fais honte », « j’ai honte pour toi » : ces expressions montrent assez à quel point la honte circule entre les individus comme lien. Traditionnellement référée à l’Idéal du Moi, on comprend en effet que si ce dernier est, comme le soutient Freud dans Psychologie collective et analyse du moi, un élément essentiel de la constitution groupale, alors la honte est un lien négatif qui cimente les relations inter-individuelles. Songeons un instant aux expressions que je viens d’évoquer, et essayons de les appliquer à la culpabilité ; on voit que c’est plus difficile. La circulation de la honte entre les individus, et son caractère contagieux, mis en évidence par ces expressions, font peut-être de la honte la chose au monde la mieux partagée

Janin Claude, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) »,
Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm


Subject is ashamed of his fantasies by Didier Lauru

The moment of seeing […] is actually a moment of truth. In the sense that the adolescent subject presenses the semblant’s imposture and thus of his own subjective position. Freud had insisted on one point: it is from his fantasies the subject is ashamed of.

L’instant de voir […] est en fait un moment de vérité. Dans le sens où le sujet adolescent y pressent l’imposture du semblant et ainsi de sa position subjective. Freud avait insisté sur un point : ce dont le sujet a honte, c’est de ses fantasmes.

Lauru Didier, « L’hontologie à l’adolescence », Le Carnet PSY, 2019/3 (N° 224), p. 21-24
DOI : 10.3917/lcp.224.0021.
URL : https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2019-3-page-21.htm


The French eclipse of the French Theory’s names by François Cusset

Then, when Foucault, Lyotard and Derrida became essential in the American university, their names knew in France a systematic eclipse. This ideologically motivated sidelining, to block the road to community “folklore” and to the subject’s “crumbling”, is not unlinked to the fact that, twenty years later, our beautiful “universalism” is often nothing else than the cover-up of a kind of intellectual provincialism.

Car, au moment où Foucault, Lyotard et Derrida devenaient incontournables dans l’université américaine, leurs noms connaissaient en France une éclipse systématique. Cette mise l’écart idéologiquement motivée, pour barrer la route au “folklore” communautaire et à l'”émiettément” du sujet, n’est pas étrangère au fait que, vingt ans plus tard, notre bel “universalisme” ne soit souvent plus que le cache-misère d’un certain provincialisme intellectuel.

F. CUSSET, French Theory, La Découverte, Paris, 2003, p. 22