G.

God tries to avoid the Adam’s humiliation by Michel Zink

Let us remember this preacher who, in order to invite the faithful to overcome the shame of confession, sees in God’s question to Adam, who is hiding after the sin (“Adam, where are you?”), an effort to mitigate the shame of his nakedness. God affects not to see Adam and tries to avoid the humiliation of his gaze*.

Souvenons nous de ce prédicateur qui, pour inviter les fidèles à surmonter la honte de la confession, voit dans la question de Dieu à Adam, qui se cache après la faute, (« Adam, où es-tu ?»), un effort pour atténuer la honte de sa nudité. Dieu affecte de ne pas voir Adam et tente de lui éviter l’humiliation de son regard*.

*Quoted by Stefano Asperti, Il Trovatore Raimon Jordan, Edizione critica, Modène, Mucchi, 1990, p. 58

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 209

R.

Reversal from humiliation to glorification by Michel Zink

This reversal from weakness to strength and from humiliation to glorification is characteristic of the Pauline dialectic. It occupies the whole of the beginning of the first epistle to the Corinthians and it recurs constantly in Paul’s epistles: “If I must boast, it is of my weaknesses that I will boast” (a); “It is when I am weak that I am strong”, “Boast in tribulation (b)”; “Boast in the cross”, “What is foolish in the world, this is what God has chosen to confound the wise ; What is weak in the world, that is what God has chosen to confound the strong; what is unborn and despised in the world, that is what God has chosen (c). It is necessary to become foolish in order to become wise, for what is foolish in the eyes of the world is wisdom in the eyes of God (d).

Ce retournement de la faiblesse à la force et de l’humiliation à la glorification est caractéristique de la dialectique paulinienne. Il occupe tout le début de la première épître aux Corinthiens et il revient constamment dans les épitres de Paul : « S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai » (a); « C’est quand je suis faible que je suis fort», «Se glorifier dans les tribulations (b) » ; «Se glorifier dans la croix », « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi (c) ». Il faut se faire fou pour devenir sage, car ce qui est folie aux yeux du monde est sagesse aux yeux de Dieu (d).

(a) La description du fou pourchassé et outragé par la foule est si stable qu’on la retrouve presque identique en 1657 dans un passage du Tracas de Paris de François Colletet, que Michel Foucault avait soigneusement recopié sur une fiche conservée avec ses archives à la BnF.

(b) Amadas et Ydoine, Ed. Honoré Champion, 1926, v. 2719-2761. 39.

(c) V. 3135-3156.

(d) Gautier de Coinci, D’un escommenie, La Vie des Pères, t. 1, ed. Francis Lecoy, p. 141-174. De quodam excommunicato absoluto per quendam stultum familiarem sancte Marie (« Sur un excommunié absous par un fou familier de sainte Marie»), éd. A. Mussafia dans Über die von Gautier de Coincy benützten Quellen (Denkschriften der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien, XLIV), Vienne, 1894, p. 26-28.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 40

H.

Humility that goes as far as accepting humiliation by Michel Zink

In Christ doctor humilitatis, “master of humility”, according to Saint Augustine, Christianity finds a model of humility that goes as far as accepting humiliation. The honor of humility is not to wash away one’s honor, not to evade the insults, not to wipe away the spit, like the prophet Isaiah, the suffering servant , in whom Christianity, isolating the mysterious verses that concern him, sees the proclamation and prefiguration of Christ: “I offered my back to the floggers, And my cheeks to those who tore out my hair. I did not hide my face from insult and spittle.”*

Dans le Christ, doctor humilitatis, « maître d’humilité », selon Saint Augustin , le christianisme trouve un modèle d’humilité qui va jusqu’à l’acceptation de l’humiliation. L’honneur de l’humilité est de ne pas laver son honneur, de ne pas se soustraire aux outrages, de ne pas essuyer le crachat, comme le serviteur souffrant du prophète Isaïe, dans lequel le christianisme, en isolant les mystérieux ver sets qui le concernent, voit l’annonce et la préfiguration du Christ : “J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas soustrait mon visage aux outrages et aux crachats”*

*Isaiah 50:6

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 37

T.

Turning the left cheek by Michel Zink

Each one must be humble to the point of accepting to be humiliated, to the point of turning the left cheek after being slapped on the right one, to the point of giving one’s overcoat to whom sues him to take his tunic.

Chacun doit être humble au point d’accepter d’être humilié, au point de tendre la joue gauche après avoir été giflé sur la joue droite, au point de donner par-dessus le marché son manteau à celui qui lui fait un procès pour lui prendre sa tunique.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 36

A.

A religion that likes to reverse the values of glory and shame by Michel Zink

And yet this world is shaped by a religion that preaches humility and takes as its model a figure of humiliation. A religion that likes to reverse the values of glory and shame. A religion which, in its reflection on fault, repentance and penitence, does not cease, in particular in the period which goes from the second half of the twelfth century to the first half of the thirteenth century, to go towards an internalization of these notions. A religion for which shame is a beneficial experience that allows each person to take the measure of his guilt.

Et pourtant ce monde est façonné par une religion qui prêche l’humilité et se donne pour modèle une figure de l’humiliation. Une religion qui se plaît à inverser les valeurs de la gloire et de la honte. Une religion qui, dans sa réflexion sur la faute, le repentir et la pénitence, ne cesse, en particulier dans la période qui va de la seconde moitié du XIIe siècle à la première moitié du XIIIe siècle, d’aller vers une intériorisation de ces notions. Une religion pour qui la honte est une expérience bénéfique qui permet à chacun de prendre la mesure de sa culpabilité.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 35

T.

The grace of Shame by Frédéric Gros

Pope Francis has repeatedly returned in his homilies to what he calls “the grace of shame*”. A strange expression. For we like to see in shame many unjust sorrows, almost a psychic plague, a mental poison. So to make of it a grace, a divine gift, except to suppose a cruel God, that seems a little strong. The context of the expression sheds light on its meaning: confession, inner examination. The latter requires lucidity, sincerity, and above all a total absence of complacency. […]
To ask God for shame as a grace (Lord, let me be ashamed!) is to go even further. We can tell ourselves that we need strength to go all the way through our shame, and that this tormented journey, if it is uncompromising, will be purifying. The choice to face it is a decision of inner transformation. But if shame can appear as a grace, it is mainly because it is difficult to extirpate from oneself any form of complacency. We don’t feel the need to confess what we are not necessarily ashamed of because we have already dealt with our conscience by making excuses. This is where external help is needed, as one is only too willing to play down (“Well, it’s not that bad”). A properly divine, purifying shame allows me to find shame in what I could relegate to the peccadilloes and puts me on the path of a spiritual transformation.

Le pape François à plusieurs reprises est revenu, dans ses homélies, sur ce qu’il nomme « la grâce de la honte*». Drôle d’expression. Car on aime à voir dans la honte beaucoup de tristesses injustes, presque un fléau psychique, un poison mental. Alors en faire une grâce, un don divin, sauf à supposer un Dieu cruel, ça paraît un peu fort. Le contexte de l’expression en éclaire le sens : la confession, l’examen intérieur. Ce dernier requiert de la lucidité, de la sincérité, et surtout une absence totale de complaisance. […]
Demander à Dieu la honte comme une grâce (Seigneur, fais que j’aie honte!), c’est aller plus loin encore. On peut se dire déjà qu’on a besoin de forces pour aller jusqu’au bout de la honte, et que cette traversée tourmentée, si elle est sans concession, sera purificatrice. Le choix de l’affronter vaut pour décision de transformation intérieure. Mais si la honte peut apparaître comme une grâce, c’est surtout qu’il est ardu d’extirper de soi toute forme de complaisance. On ne ressent pas le besoin d’avouer ce dont on n’a pas forcément honte parce qu’on s’est déjà en fait arrangé avec sa conscience en se trouvant des excuses. C’est là qu’il faut une aide extérieure, comme on n’est que trop disposé à minorer ( « Bah non, ce n’est pas si grave »). Une honte proprement divine, purificatrice, permet de trouver honteux ce que je pouvais reléguer dans les peccadilles et qui me met sur le chemin d’une transformation spirituelle.

Frédéric GrosLa honte est un sentiment révolutionnaire, Albin Michel, Paris, 2021, p. 143-145
quoting *Pope Francis, Homélie du 9 mars 2020 et Méditation matinale du 26 février 2018 (Libreria Editrice Vaticana).

T.

Teapot, Mars, Proof and Inquisition by Bertrand Russel

If I were to suggest that between the Earth and Mars there is a china teapot revolving about the sun in an elliptical orbit, nobody would be able to disprove my assertion provided I were careful to add that the teapot is too small to be revealed even by our most powerful telescopes. But if I were to go on to say that, since my assertion cannot be disproved, it is intolerable presumption on the part of human reason to doubt it, I should rightly be thought to be talking nonsense. If, however, the existence of such a teapot were affirmed in ancient books, taught as the sacred truth every Sunday, and instilled into the minds of children at school, hesitation to believe in its existence would become a mark of eccentricity and entitle the doubter to the attentions of the psychiatrist in an enlightened age or of the Inquisitor in an earlier time.

Bertrand Russel, “Is There a God?” (commissioned but never published) in Illustrated Magazine, 1952
Russel's Teapot  - "i want to believe"

Si je suggérais qu’entre la Terre et Mars il se trouve une théière en porcelaine tournant autour du soleil sur une orbite elliptique, personne ne pourrait réfuter mon affirmation à condition que je prenne soin d’ajouter que la théière est trop petite pour être révélée même par nos télescopes les plus puissants. Mais si je devais poursuivre en disant que, puisque mon affirmation ne peut être réfutée, il est intolérable que la raison humaine en doute, on devrait à juste titre penser que je dis n’importe quoi. Mais si l’existence d’une telle théière était affirmée dans les livres anciens, enseignée comme la vérité sacrée chaque dimanche et inculquée aux enfants à l’école, l’hésitation à croire en son existence deviendrait une marque d’excentricité et donnerait au douteux le droit aux attentions du psychiatre à une époque éclairée ou de l’inquisiteur à une époque antérieure.

Bertrand Russel, “Is There a God?” (commissioned but never published) in Illustrated Magazine, 1952
F.

Forcing people to believe by Machiavelli

The nature of the people is variable, and whilst it is easy to persuade them, it is difficult to fix them in that persuasion. And thus it is necessary to take such measures that, when they believe no longer, it may be possible to make them believe by force

La nature des peuples est changeante ; et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. Aussi faut-il être organisé de façon que, lorsqu’ils ne croiront plus, on puisse les faire croire de force.

MACHIAVEL, Le Prince (1532), Paris, Flammarion, 1992, p.88