I.

Ideal of analysis is not complete self mastery by Jacques Lacan

Or, again, the ego is on the one hand like an empty egg, differentiated at its surface through contact with the world of perception, but it is also, each time we encounter it, that which says no or me, I, which says one, which speaks about others, which expresses itself in different registers. We are going to employ the techniques of an art of dialogue. Like the good cook, we have to know what joints, what resistances, we will encounter. The super-ego is a law deprived of meaning, but one which nevertheless only sustains itself by language. If I say you turn to the right, it’s to allow the other to bring his language into line with mine. I think of what goes through his head when I speak to him. This attempt to find an agreement constitutes the communication specific to language. This you is so fundamental that it arises before consciousness. Censorship, for example, which is intentional, neverthe less comes into action before consciousness, functioning with vigilance. You is not a signal, but a reference to the other – it is order and love.
In the same way, the ego-ideal is an organism of defence established by the ego in order to extend the subject’s satisfaction. But it is also the function that depresses most, in the psychiatric meaning of the term. The id is not reducible to a pure and objective given, to the drives of the subject. An analysis never leads to specifying a given quantity of aggressivity or erotism. The point to which analysis leads, the end point of the dialectic of existential recognition, is – You are this. In practice this ideal is never reached. The ideal of analysis is not complete self mastery, the absence of passion. It is to render the subject capable of sustaining the analytic dialogue, to speak neither too early, nor too late. Such is the aim of a training analysis.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 3

Ou encore, l’ego est d’une part comme un œuf vide, différencié à sa surface par le contact du monde de la perception, mais il est aussi, chaque fois que nous le rencontrons, celui qui dit non ou moi, je, qui dit on, qui parle des autres, qui s’exprime dans différents registres.
Nous allons suivre les techniques d’un art du dialogue. Comme le bon cuisinier, nous avons à savoir quels joints, quelles résistances, nous rencontrons. Le super-ego est une loi dépourvue de sens, mais qui pourtant ne se supporte que du langage. Si je dis tu prendras à droite, c’est pour permettre à l’autre d’accorder son langage au mien. Je pense à ce qui se passe dans sa tête au moment où je lui parle. Cet effort pour trouver un accord constitue la communication propre au langage. Ce tu est tellement fondamental qu’il intervient avant la conscience. La censure, par exemple, qui est intentionnelle, joue pourtant avant la conscience, elle fonctionne avec vigilance. Tu n’est pas un signal, mais une référence à l’autre, il est ordre et amour.
De même, l’idéal du moi est un organisme de défense perpétué par le moi pour prolonger la satisfaction du sujet. Mais il est aussi la fonction la plus déprimante, au sens psychiatrique du terme. L’id n’est pas réductible à un pur donné objectif, aux pulsions du sujet. Jamais une analyse n’a abouti à déterminer tel taux d’agressivité ou d’érotisme. Le point à quoi conduit le progrès de l’analyse, le point extrême de la dialectique de la reconnaissance existentielle, c’est – Tu es ceci. Cet idéal n’est en fait jamais atteint. L’idéal de l’analyse n’est pas la maîtrise de soi complète, l’absence de passion. C’est de rendre le sujet capable de soutenir le dialogue analytique, de parler trop tôt, ni trop tard. C’est à cela que vise une analyse didactique.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 12

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 12

S.

Shame embodies intimations of a genuine social reality by Bernard Williams

The ethical work that shame did in the ancient world was applied to some values that we do not share, and we also recognise the separate existence of guilt. But shame continues to work for us, as it worked for the Greeks, in essential ways. By giving through the emotions a sense of who one is and of what one hopes to be, it mediates between act, character, and consequence, and also between ethical demands and the rest of life. Whatever it is working on, it requires an internalised other, who is not designated merely as a representative of an independently identified social group, and whose reactions the agent can respect. At the same time, this figure does not merely shrink into a hanger for those same values but embodies intimations of a genuine social reality -in particular, of how it will be for one’s life with others if one acts in one way rather than another. This was in substance already the ethical psychology even of the archaic Greeks, and, despite the modern isolation of guilt, it forms a substantial part of our own.

Le travail éthique que la honte accomplissait dans le monde antique était appliqué à certaines valeurs que nous ne partageons pas, et nous reconnaissons également l’existence distincte de la culpabilité. Mais la honte continue de fonctionner pour nous, comme elle fonctionnait pour les Grecs, de manière essentielle. En donnant à travers les émotions un sens de ce que l’on est et de ce que l’on espère être, elle sert de médiateur entre l’acte, le caractère et la conséquence, ainsi qu’entre les exigences éthiques et le reste de la vie. Quel que soit le sujet sur lequel il travaille, il a besoin d’un autre internalisé, qui n’est pas simplement désigné comme le représentant d’un groupe social identifié indépendamment, et dont l’agent peut respecter les réactions. En même temps, cette figure ne se réduit pas à un simple cintre pour ces mêmes valeurs, mais incarne des inti mations d’une véritable réalité sociale – en particulier, de ce qu’il en sera de la vie avec les autres si l’on agit d’une certaine façon plutôt que d’une autre. C’était déjà en substance la psychologie éthique des Grecs archaïques et, malgré l’isolement moderne de la culpabilité, elle constitue une partie substantielle de la nôtre.

Bernard A.O. Williams, Shame and necessity, University of California press, 1993, p. 102

S.

Shame and the mother’s eye by Jean Guillaumin

In guilt, “the child” is caught by the father in the act of wanting to fulfill a forbidden sexual desire with the mother and he seeks forgiveness by acknowledging his fault. In shame, the father’s eye that surprises is a bit that of the mother herself who sees and denounces in the desire that aims at her the anal drive, camouflaged under the effort of idealized phallic seduction.

Dans la culpabilité, « l’enfant » est pris en flagrant délit par le père de vouloir réaliser un désir sexuel interdit avec la mère et il cherche à se faire pardonner en reconnaissant sa faute. Dans la honte, l’œil du père qui surprend est un peu celui de la mère elle-même qui aperçoit et dénonce dans le désir qui la vise la pulsion anale, camouflée sous l’effort de séduction phallique idéalisé.

Jean Guillaumin, « Honte, culpabilité, dépression », in Revue Française de Psychanalyse (1973)t. XXXVII, no 5, p. 1003

I.

Ideal is to the Super-Ego what Drive is to the Id by André Green

On many occasions we have insisted on what Freud described in 1923 and on which he has never ceased to work since that date as an order of phenomena specific to the Super-Ego: the function of the ideal, which is to the Super-Ego what the drive is to the Id and what perception is to the Ego

A plusieurs reprises nous avons insisté sur ce que Freud a décrit en 1923 et sur quoi il n’a cessé de revenir depuis cette date comme ordre de phénomènes propres au Sur-Moi: la fonction de l’idéal, qui est au Sur-Moi ce que la pulsion est au Ça et la perception au Moi.

André Green, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 359

P.

Pride as a punishment by André Green

The moral narcissist has committed no other fault than to have remained attached to his infantile megalomania and who is still in debt to his Ego Ideal. The consequence is that he does not feel guilty but that he is ashamed of being only what he is or of pretending to be more than he is. […] In moral narcissism […] punishment – here shame – is accomplished by the insatiable doubling of pride.

Le narcissique moral n’a pas commis d’autre faute que d’être resté fixé à sa mégalomanie infantile et qui est toujours en dette envers son Idéal du Moi. La conséquence est qu’il ne se sent pas coupable mais qu’il a honte de n’être que ce qu’il est ou de prétendre à être plus qu’il n’est. […] Dans le narcissisme moral […] la punition – ici la honte – s’accomplit par le redoublement insatiable de l’orgueil.

A. Green, “Le narcissisme moral” in Narcissisme de vie, narcissisme de mort (1969), Paris, Éditions de Minuit, 1982, p. 183

S.

Shame can be a defense against guilt by Claude Janin

The P. Blos’s conceptions are particularly important: in certain cases, indeed, Superego’s personalization is results from an Ego Ideal stuck to a severe Superego; in other words, there can be a real “collapse between shame and guilt”; in other words, shame can be a defense against guilt, a way to re-sexualize the bonds with the Superego.

Les conceptions de P. Blos sont particulièrement importantes : dans certains cas, en effet, la personnalisation du Sur-moi est le résultat d’un Idéal du Moi collé à un Sur-moi sévère ; en d’autres termes, il peut se produire un véritable « collapsus entre honte et culpabilité » ; en d’autres termes encore, la honte peut être une défense contre la culpabilité, une façon de re-sexualiser les liens avec le Sur-moi.

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm

Who quotes :

P. Blos, Fonctions de l’Idéal du Moi (1993), in Adolescence, t. XI, no 1

T.

The mothers’s surprises the shamefull child by Claude Janin

[…] I think I can postulate here that guilt is made possible by the impersonalization of the Superego heir to the Oedipus complex, while the shame is linked to the collapseof the Early Superego and Ego-Ideal which primary object is projectively carryer. As Guillaumin says, it is the father who surprises the “guilty child”, while, for the “shameful child”, “the eye of the father who surprises is the one of the mother herself”

[…] je pense pouvoir ici postuler que la culpabilité est rendue possible par l’impersonnalisation du Sur-moi héritier du complexe d’OEdipe, tandis que la honte est liée au collapsus Sur-moi précoce – Idéal du Moi dont l’objet primaire est projectivement porteur. Comme le dit Guillaumin, c’est le père qui surprend l’ « enfant coupable », tandis que, pour l’ « enfant honteux », « l’œil du père qui surprend est celui de la mère elle-même »

Claude Janin, « Pour une théorie psychanalytique de la honte (honte originaire, honte des origines, origines de la honte) », in Revue française de psychanalyse, 2003/5 (Vol. 67), p. 1657-1742
DOI : 10.3917/rfp.675.1657
URL : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-psychanalyse-2003-5-page-1657.htm
Who quotes
Jean Guillaumin, « Honte, culpabilité, dépression », in Revue Française de Psychanalyse (1973), t. XXXVII, no 5, p. 1003

T.

The path between Ideal and Superego by Jean-Luc Donnet

This gap between perfection and perfectionment/improvement means identification to the idealized Oedipal parents does not allow the ego to “take itself” as the ideal: there is clearly a hiatus, separation, structural cleavage between the ego and the Superego , and it is from this cleavage that the path of perfectionment/improvement finds his origine; in other words, it is not possible to separate the prohibitive superego side – do not be like your father – and the ideal side – be like your father.

Cet écart entre perfection et perfectionnement indique que l’identification aux parents œdipiens idéalisés ne permet pas pour autant que le moi “se prenne” pour l’idéal : il y a bien hiatus, séparation, clivage structurel entre le moi et le Sur-moi, et c’est de ce clivage que s’origine en quelque sorte le chemin du perfectionnement ; en d’autres termes, il n’est pas possible de séparer le versant surmoïque interdicteur – ne sois pas comme ton père – et le versant idéal– sois comme ton père.

Donnet Jean-Luc, « I. La décomposition de la personnalité psychique (31e Nouvelle Conférence) », dans : , Surmoi (1). Le concept freudien et la règle fondamentale. Tome 1, sous la direction de Donnet Jean-Luc
Paris cedex 14, Presses Universitaires de France, « Monographies de psychanalyse », 1995, p. 15-53
URL : https://www.cairn.info/surmoi-1–9782130454816-page-15.htm

T.

The Superego opposed the Ego by Sigmund Freud

We can admit as a common result of the sexual phase – dominated by the Oedipus complex – a sedimentation in the Ego which consists in the production of these two identifications linked in some ways to each other. This modification of the Ego retains its determined position, and opposed the rest of the Ego’s content, as Ego-ideal or Superego.

On peut donc admettre comme résultat le plus général de la phase sexuelle dominée par le complexe d’Œdipe, une sédimentation dans le moi qui consiste dans la production de ces deux identifications accordées de quelque façon l’une à l’autre. Cette modification du moi garde sa position particulière, elle s’oppose au reste du contenu du moi comme idéal du moi ou sur-moi.

FREUD S., Le moi et le ça (1923), PBP, Paris, 2010, p. 80