S.

Shame of the underdog not regarded in prevalent models by Ullaliina Lehtinen

In Taylor’s words*, the “person feeling shame will exercise her capacity for self-awareness and she will do so dramatically. From being just an actor absorbed in what she is doing she will suddenly become self-aware and self-critical” (Taylor 1985, 67, emphasis added). I have elsewhere (Lehtinen 1995) labeled this shame “the aristocrat’s shame” and described how “the shame of the underdog,” of the socially subordinate – a shame that is more pervasive and dispositional, “a harsh dominion exercised over your self-esteem” (Bartky 1990, 22) is left unconsidered, often not regarded as “shame proper,” in prevalent models of shame.

Selon les mots de Taylor*, “la personne qui ressent de la honte va exercer sa capacité de conscience de soi et elle le fera de manière spectaculaire. Alors qu’elle n’était qu’un acteur absorbé par ce qu’elle faisait, elle deviendra soudainement consciente d’elle-même et s’autocritiquera” (Taylor 1985, 67, souligné par nous). J’ai ailleurs (Lehtinen 1995) appelé cette honte “la honte de l’aristocrate” et décrit comment “la honte de l’opprimé”, de la personne socialement subordonnée – une honte qui est plus envahissante et dispositionnelle, “une domination sévère exercée sur votre estime de soi” (Bartky 1990, 22) – n’est pas prise en compte, et souvent n’est pas considérée comme “la honte proprement dite”, dans les modèles prédominants de la honte.

*Author refers to Gabriele Taylor, Pride, shame, and guilt: Emotions of self-assessment, Oxford : Clarendon Press, Oxford,1985

Ullaliina Lehtinen, “How Does One Know What Shame Is? Epistemology, Emotions, and Forms of Life in Juxtaposition” in Hypatia, vol. 13, no. 1, 1998, pp. 56–77
JSTORwww.jstor.org/stable/3810607

A.

Androcentric renderings of women’s shame by Ullaliina Lehtinen

The women in the audience could, by my display of the photo*, empathically recognize and understand-that is, know that what happened to this particular woman could, in principle, happen to any woman, anytime, anywhere. They immediately (some would say “intuitively”‘) understood what was at stake in this woman’s case. The French woman was trapped in a no-win situation, a situation often described as “Damned you if you do and damned if you don’t”; or once the posse is on, or the hounds are loose, there is no way out but to endure it. These women knew-through myriad repeated, minor, and often semiconsciously perceived incidents in their lives as women-that in a situation like the one in Chartres, you are left totally at the mercy of the crowd, of mass opinion, at the whim of the moment. Anything might happen to you, and you are in no position to alter a single thing. (A very influential father, brother, husband might save you, but there is no guarantee, because when patriarchy itself is threatened or gloriously celebrating, individuals do not count.) So the best thing to do is often to be as passive as possible, not to excite any further blows.
Foot note :
The myth of “female passivity” comes to mind here. Battered women are believed passively to “accept” their beatings. Similarly, in media it is often rendered “incomprehensible” that they have not left the man in question. Only from a gender- problematized perspective, in which “female passivity” is interpreted as a sometimes highly instrumental and thus “rational” and deliberate attitude of the subordinated, can the situation be understood and the women’s behavior deemed intelligible (which does not entail recommending that women tolerate the situation). The concepts “incomprehensible” and “unintelligible,” as used here, are imbued with normativity, and do not solely describe an epistemic failure. Indeed, many androcentric renderings of the problem, while explicitly stating that the women’s behavior is “incomprehensible,” implicitly do offer “a comprehension”: these women (all women?) are masochists and altogether lack agency.

Les femmes de l’assistance ont pu, en voyant la photo*, reconnaître et comprendre par empathie – c’est-à-dire savoir que ce qui est arrivé à cette femme en particulier pourrait, en principe, arriver à n’importe quelle femme, n’importe quand, n’importe où. Elles ont immédiatement (certains diraient “intuitivement”‘) compris ce qui était en jeu dans le cas de cette femme. La Française était prise au piège dans une situation sans issue, une situation souvent décrite comme “Foutu si vous le faites et foutu si vous ne le faites pas” ; ou encore, une fois que le dispositif est en place, ou que les chiens sont lâchés, il n’y a pas d’autre issue que de subir. Ces femmes savaient, grâce à une myriade d’incidents répétés, mineurs et souvent perçus de manière semi-consciente dans leur vie de femmes, que dans une situation comme celle de Chartres, vous êtes totalement à la merci de la foule, de l’opinion publique, du caprice du moment. Tout peut vous arriver, et vous n’êtes pas en mesure de changer quoi que ce soit. (Un père, un frère, un mari très influent pourrait vous sauver, mais il n’y a aucune garantie, car lorsque le patriarcat lui-même est menacé ou célébré glorieusement, les individus ne comptent pas). La meilleure chose à faire est donc souvent d’être aussi passive que possible, de ne pas exciter de nouveaux coups.
Note de bas de page :
Le mythe de la “passivité féminine” vient ici à l’esprit. On croit que les femmes battues “acceptent” passivement leurs coups. De même, dans les médias, on rend souvent “incompréhensible” le fait qu’elles n’aient pas quitté l’homme en question. Ce n’est que dans une perspective de problématisation du genre, dans laquelle la “passivité féminine” est interprétée comme une attitude parfois très instrumentale et donc “rationnelle” et délibérée de la subordonnée, que la situation peut être comprise et le comportement des femmes jugé intelligible (ce qui n’implique pas de recommander aux femmes de tolérer la situation). Les concepts “incompréhensible” et “inintelligible”, tels qu’ils sont utilisés ici, sont imprégnés de normativité et ne décrivent pas uniquement un échec épistémique. En effet, de nombreuses interprétations androcentriques du problème, tout en déclarant explicitement que le comportement des femmes est ” incompréhensible “, offrent implicitement ” une compréhension ” : ces femmes (toutes les femmes ?) sont masochistes et manquent totalement d’agentivité.

*Author refers to the Robert Capa’s picture of “La Tondue de Chartres

Ullaliina Lehtinen, “How Does One Know What Shame Is? Epistemology, Emotions, and Forms of Life in Juxtaposition” in Hypatia, vol. 13, no. 1, 1998, pp. 56–77
JSTORwww.jstor.org/stable/3810607

S.

Shame feelings of the subordinate are not salutary by Ullaliina Lehtinen

The abstract, purportedly universal agent-the Everyman of moral philosophers like John Rawls (1971) and Gabriele Taylor (1985)-who feels shame is, however, actually not so generic. Instead he (sic!) turns out to be an agent both specific and quite privileged, who “has escaped the characteristic sorts of psychological oppression on which modem hierarchies of class, race, and gender rely so heavily” (Bartky 1990, 97). For such an agent, shame, an episodic adverse assessment of self, is like a sudden “blip across the face of an otherwise undisturbed consciousness” (1990, 96). For this individual, shame, although both painful and unpleasant, can form an occasion for moral reaffirmation; can be salutary; can, as Bartky writes, “mark a recommitment to principles” (1990, 96).12 For the socially subordinate individual, on the other hand, who has partly internalized the low evaluation of herself or himself, of “people of her or his kind,” “shame is not so much a particular feeling or emotion … as a pervasive affective attunement to the social environment” (Bartky 1990, 85, emphasis added). The episodic experiences, the particular feelings of shame of the subordinate are more seldom salutary than they are for the privileged individual. They often breed a stagnant self-obsession; they are unconstructive and self-destructive; and they function as confirmations of what the agent knew all along-that she or he was a person of lesser worth.

L’agent abstrait, prétendument universel – l’homme de la rue des philosophes moraux comme John Rawls (1971) et Gabriele Taylor (1985) – qui ressent de la honte n’est cependant pas si générique. Au contraire, il (sic !) s’avère être un agent à la fois spécifique et privilégié, qui “a échappé aux types caractéristiques d’oppression psychologique sur lesquels les hiérarchies modernes de classe, de race et de genre reposent si lourdement” (Bartky 1990, 97). Pour un tel agent, la honte, une évaluation épisodique négative de soi, est comme un soudain “blip sur le visage d’une conscience autrement non perturbée” (1990, 96). Pour cet individu, la honte, bien que douloureuse et désagréable, peut être l’occasion d’une réaffirmation morale ; elle peut être salutaire ; elle peut, comme l’écrit Bartky, “marquer un réengagement envers les principes” (1990, 96). En revanche, pour l’individu socialement subordonné, qui a partiellement intériorisé la faible évaluation qu’il a de lui-même, des “gens de son espèce”, “la honte n’est pas tant un sentiment ou une émotion particulière… qu’une syntonie affective omniprésente avec l’environnement social” (Bartky 1990, 85, souligné par nous). Les expériences épisodiques, les sentiments particuliers de honte du subordonné sont plus rarement salutaires qu’ils ne le sont pour l’individu privilégié. Ils alimentent souvent une obsession stagnante de soi ; ils sont non constructifs et autodestructeurs ; et ils fonctionnent comme des confirmations de ce que l’agent savait depuis le début – qu’il ou elle était une personne de moindre valeur.

Ullaliina Lehtinen, “How Does One Know What Shame Is? Epistemology, Emotions, and Forms of Life in Juxtaposition” in Hypatia, vol. 13, no. 1, 1998, pp. 56–77
JSTOR, www.jstor.org/stable/3810607

P.

Performance that works effects realness by Judith Butler

Significantly, this is a performance that works, that effects realness, to the extent that it cannot be read. For “reading” means taking someone down, exposing what fails to work at the level of appearance, insulting or
deriding someone. For a performance to work, then, means that a reading is no longer possible, or that a reading, an interpretation, appears to be a kind of transparent seeing, where what appears and what it means coincide. On the contrary, when what appears and how it is “read” diverge, the artifice of the performance can be read as artifice; the ideal splits off from its appropriation. But the impossibility of reading means that the artifice works, the approximation of realness appears to be achieved, the body performing and the ideal performed appear indistinguishable.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 129

Il est significatif que la performance fonctionne, produise un effet de réel, dans la mesure où elle ne peut pas être interprétée. Car interpréter, c’est « démolir » [take someone down] quelqu’un, révéler ce qui ne fonctionne pas au niveau de son apparence, l’insulter ou le ridiculiser. Pour qu’une performance fonctionne, il faut donc que l’interprétation ne soit plus possible, ou que la lecture, l’interprétation, paraisse n’être qu’une espèce de vision transparente, où ce qui apparait et sa signification coïncident. À l’inverse, quand ce qui apparaît et la façon dont cela est « interprété » divergent, l’artifice de la performance peut être lu comme un artifice; l’idéal se détache de son appropriation. L’impossibilité d’interpréter signifie donc que l’artifice fonctionne, que l’approximation de la réalité paraît être accomplie, le corps réalisant la performance et l’idéal réalisé par la performance paraissant indiscernables.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 194
S.

Symbolic function of the “name” by Judith Butler

The imaginary relation, the one constituted through narcissistic identification, is always tenuous precisely because it is an external object that is determined to be oneself; this failure to close the distance between the ego who identifies elsewhere and the elsewhere which is the defining site of that ego haunts that identification as its constitutive discord and failure. The name, as part of a social pact and, indeed, a social system of signs, overrides the tenuousness of imaginary identification and confers on it a social durability and legitimacy. The instability of the ego is thus subsumed or stabilized by a symbolic function, designated through the name : the “permanent appearance over time” of the human subject is, Lacan claims, “strictly only recognizable through the intermediary of the name. The name is the time of the object”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 153

La relation imaginaire, celle qui se constitue à travers l’identification narcissique, est toujours fragile, précisément parce que c’est un objet extérieur qui est défini comme moi-même; l’incapacité à réduire la distance entre le moi qui s’identifie ailleurs et cet ailleurs qui est le site de définition du moi hante cette identification comme sa contra diction et son échec constitutifs. Le nom, en tant qu’il fait partie d’un pacte social et même d’un système social de signes, surmonte la fragilité de l’identification imaginaire et lui confère une stabilité et une légitimité sociales. L’instabilité du moi est ainsi dépassée par la fonction symbolique, désignée par le nom: « cette apparence qui perdure un certain temps » du sujet humain n’est, à en croire Lacan, « strictement connaissable que par l’intermédiaire du nom ».

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 225

Here Butler quotes :
Jacques Lacan, Le séminaire – Livre II – Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse1954-1955, Editions du Seuil, 2001, p. 202

P.

Phallus function as a synecdoche by Judith Butler

The phallus functions as a synecdoche, for insofar as it is a figure of the penis*, it constitutes an idealization and isolation of a body part and, further, the investment of that part with the force of symbolic law.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 139

Le phallus fonctionne comme une synecdoque car, dans la mesure où il est une représentation du pénis*, il constitue l’idéalisation et l’isolement d’une partie du corps, cette partie étant en outre investie de la force de la loi symbolique.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 207

*Here, Butler explicitly makes a conjecture. She retains a slight reservation about this assertion.

P.

Paris Is Burning : neither insurrection nor resubordination but coexistence by Judith Butler

In these senses, then, Paris Is Burning documents neither an efficacious insurrection nor a painful resubordination, but an unstable coexistence of both. The film attests to the painful pleasures of eroticizing and miming the very norms that wield their power by foreclosing the very reverseoccupations that the children nevertheless perform.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 131

C’est en ce sens que Paris Is Burning ne décrit ni une insurrection efficace ni une douloureuse resubordination, mais l’instable coexistence des deux. Le film témoigne des plaisirs douloureux de l’érotisation et de la reproduction parodique de normes qui tirent précisément leur pouvoir de ce qu’elles excluent les occupations inversées que les « enfants » réalisent néanmoins.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 205
H.

Homosexuality is not a repudiated heterosexuality by Judith Butler

Whereas I accept the psychoanalytic formulation that both the object and aim of love are formed in part by those objects and aims that are repudiated, I consider it a cynical and homophobic use of that insight to claim that homosexuality is nothing other than repudiated heterosexuality. Given the culturally repudiated status of homosexuality as a form of love, the argument that seeks to reduce homosexuality to the inversion or deflection of heterosexual ity functions to reconsolidate heterosexual hegemony. This is also why the analysis of homosexual melancholy cannot be regarded as symmetrical to the analysis of heterosexual melancholy. The latter is culturally enforced in a way that the former clearly is not, except within separatist communities which cannot wield the same power of prohibition as communities of compulsory heterosexism.

Footnote #5 Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 128

Autant j’accepte l’analyse psychanalytique selon laquelle aussi bien l’objet que la visée de l’amour sont en partie constitués par les objets et les visées répudiés, autant j’estime cynique et homophobe d’utiliser cette analyse pour prétendre que l’homosexualité n’est rien d’autre qu’une hétérosexualité répudiée. Étant donné que l’homosexualité est répudiée au sein de la culture en tant que forme d’amour, vouloir réduire l’homosexualité à l’inversion ou au détournement de l’hétérosexualité contribue à raffermir l’hégémonie hétérosexuelle. Pour cette même raison, l’analyse de la mélancolie homosexuelle ne peut être considérée comme symétrique à l’ana lyse de la mélancolie hétérosexuelle. Cette dernière est imposée par la culture d’une tout autre façon que la première, excepté au sein de communautés séparatistes qui ne peuvent détenir le même pouvoir d’interdiction que les communautés d’hétérosexualité obligatoire

NBP #7 Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 192
H.

Heterosexual performativity is beset by an anxiety by Judith Butler

To claim that all gender is like drag, or is drag, is to suggest that “imitation” is at the heart of the heterosexual project and its gender binarisms, that drag is not a secondary imitation that presupposes a prior and original gender, but that hegemonic heterosexuality is itself a constant and repeated effort to imitate its own idealizations. That it must repeat this imitation, that it sets up pathologizing practices and normalizing sciences in order to produce and consecrate its own claim on originality and propriety, suggests that heterosexual performativity is beset by an anxiety that it can never fully overcome, that its effort to become its own idealizations can never be finally or fully achieved, and that it is consistently haunted by that domain of sexual possibility that must be excluded for heterosexualized gender to produce itself. In this sense, then, drag is subversive to the extent that it reflects on the imitative structure by which hegemonic gender is itself produced and disputes heterosexuality’s claim on naturalness and originality.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 125

Affirmer que tout genre est semblable au travestissement, ou est un travestissement, c’est suggérer que l'”imitation” est au cœur du projet hétérosexuel et de ses binarismes de genre, que le travestissement n’est pas une imitation secondaire qui présupposerait un genre antérieur et original, mais que l’hétérosexualité hégémonique est elle-même un effort constant et répété d’imitation de ses propres idéalisations. Le fait qu’elle doive répéter cette imitation, qu’elle mette en place des pratiques pathologisantes et des sciences normalisatrices afin de produire et de consacrer sa propre prétention à la légitimité et au statut d’origine, suggère que la performativité hétérosexuelle est en proie à une anxiété qu’elle ne peut jamais tout à fait surmonter, que son effort pour devenir ses propres idéalisations ne peut jamais définitivement ou entièrement aboutir, et qu’elle est sans cesse hantée par le domaine de possibilités sexuelles qui doit être exclu pour que se produise le genre hétérosexualisé. Le travestissement est ainsi subversif dans la mesure où il met en lumière la structure imitative par laquelle le genre hégémonique est lui-même produit et conteste par là la prétention de l’hétérosexualité à la naturalité et au statut d’origine.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 125
T.

There is no necessary relation between drag and subversion by Judith Butler

Venus, and Paris Is Burning more generally, calls into question whether parodying the dominant norms is enough to displace them; indeed, whether the denaturalization of gender cannot be the very vehicle for a reconsolidation of hegemonic norms. Although many readers understood Gender Trouble to be arguing for the proliferation of drag performances as a way of subverting dominant gender norms, I want to underscore that there is no necessary relation between drag and subversion, and that drag may well be used in the service of both the denaturalization and reidealization of hyperbolic heterosexual gender norms. At best, it seems, drag is a site of a certain ambivalence, one which reflects the more general situation of being implicated in the regimes of power by which one is constituted and, hence, of being implicated in the very regimes of power that one opposes.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 125

Vénus et, plus généralement Paris Is Burning, soulève la question de savoir si la parodie des normes dominantes suffit à les déplacer, et même si la dénaturalisation du genre ne peut pas être le vecteur de la reconsolidation des normes hégémoniques. De nombreux lecteurs ont supposé que Trouble dans le genre défendait la prolifération de performances travesties comme moyen de subvertir les normes de genre dominantes, mais je tiens à souligner qu’il n’y a pas de relation nécessaire entre le travestissement et la subversion, et que le travestissement peut très bien être utilisé au service tant de la dénaturalisation que de la réidéalisation de normes de genre hétérosexuelles hyperboliques. Au mieux, il semble que le travestissement soit le site d’une certaine ambivalence, qui reflète la situation plus générale consistant à être impliqué dans des régimes de pouvoir par lesquels on est constitué et, par conséquent, à être impliqué dans les régimes de pouvoir que justement l’on affronte.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 188
T.

Tacit cruelties sustain coherent identity by Judith Butler

The question here concerns the tacit cruelties that sustain coherent identity, cruelties that include self-cruelty as well, the abasement through which coherence is actively produced and sustained. Something on this order is at work most obviously in the production of coherent heterosexuality, but also in the production of coherent lesbian identity, coherent gay identity, and within those worlds, the coherent butch, the coherent femme. In each of these cases, if identity is constructed through opposition, it is also constructed through rejection. It may be that if a lesbian opposes heterosexuality absolutely, she may find herself more in its power than a straight or bisexual woman who knows or lives its constitutive instability. And if butchness requires a strict opposition to femmeness, is this a refusal of an identification or is this an identification with femmeness that has already been made, made and disavowed, a disavowed identification that sustains the butch, without which the butch qua butch cannot exist?

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 115

La question ici posée concerne les cruautés tacites qui sous-tendent la cohérence de l’identité, des cruautés qui incluent également la cruauté envers soi, l’humiliation par laquelle la cohérence est produite et préservée fictivement. Quelque chose de cet ordre est à l’œuvre de façon évidente dans la production d’une hétérosexualité cohérente, mais aussi dans la production d’une identité lesbienne ou gay cohérente et, au sein de ces mondes, d’une identité butch ou fem cohérente Dans chacun de ces cas, si l’identité est construite à travers l’opposition, elle est aussi construite à travers le rejet. Or, il se pourrait qu’une lesbienne qui s’oppose absolument à l’hétérosexualité soit davantage sous son emprise qu’une femme hétérosexuelle ou bisexuelle qui connait et vit son instabilité constitutive Et si l’identité de la butch a besoin de s’opposer strictement à celle de la fem, faut-il y voir le refus d’une identification, ou une identification déjà faite, faite et désavouée, une identification désavouée qui soutient la butch, sans laquelle la butch en tant que telle ne pourrait exister?

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 176
M.

Multiplication of subject-positions would entail the multiplication of exclusions by Judith Butler

The multiplication of subject-positions along a pluralist axis would entail the multiplication of exclusionary and degrading moves that could only produce a greater factionalization, a proliferation of differences without any means of negotiating among them. The contemporary political demand on thinking is to map out the interrelationships that connect, without simplistically uniting, a variety of dynamic and relational positionalities within the political field. Further, it will be crucial to find a way both to occupy such sites and to subject them to a democratizing contestation in which the exclusionary conditions of their production are perpetually reworked (even though they can never be fully overcome) in the direction of a more complex coalitional frame.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 114-115

La multiplication des positions subjectives selon une orientation pluraliste entrainerait la multiplication des gestes d’exclusion et de dégradation, ce qui ne pourrait que produire de plus nombreuses divisions, la prolifération de différences sans aucun moyen de négocier entre elles. L’exigence politique qui s’impose aujourd’hui à la pensée est celle de cartographier les relations qui connectent, sans unifier de façon simpliste, toute une diversité de positions dynamiques et relationnelles au sein du champ politique. Il est par ailleurs crucial de trouver le moyen à la fois d’occuper ces sites et de les soumettre à une contestation démocratisante qui retravaillerait sans cesse les exclusions conditionnant leur production (bien qu’il ne soit pas possible de les dépasser entièrement) avec pour visée la constitution d’un cadre de coalition plus complexe.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 175
H.

Heterosexuality does not have a monopoly on exclusionary logic by Judith Butler

Heterosexuality does not have a monopoly on exclusionary logics. Indeed, they can characterize and sustain gay and lesbian identity positions which constitute themselves through the production and repudiation of a heterosexual Other; this logic is reiterated in the failure to recognize bisexuality as well as in the normativizing interpretation of bisexuality as a kind of failure of loyalty or lack of commitment — two cruel strategies of erasure

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 112

L’hétérosexualité n’a pas le monopole des logiques d’exclusion. Celles-ci peuvent en effet caractériser et sous-tendre les positions identitaires gays et lesbiennes qui se constituent à travers la production et la répudiation d’un Autre hétérosexuel : cette logique est réitérée dans l’échec à reconnaitre également la bisexualité, ainsi que dans l’interprétation normalisante de la bisexualité comme une sorte de trahison ou de manque d’engagement – deux stratégies d’effacement cruelles.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 172
T.

The infinite deferral of authority to an irrecoverable past by Judith Butler

And yet the already existing law that he cites, from where does that law draw its authority? Is there an original authority, a primary source, or is it, rather, in the very practice of citation, potentially infinite in its regression, that the ground of authority is constituted as perpetual deferral ? In other words, it is precisely through the infinite deferral of authority to an irrecoverable past that authority itself is constituted. That deferral is the repeated act by which legitimation occurs. The pointing to a ground which is never recovered becomes authority’s groundless ground.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 108

Mais la loi déjà existante qu’il cite, d’où tire-t-elle son autorité ? Existe-t-il une autorité originaire, une source première de l’autorité, ou est-ce plutôt dans la pratique même de la citation, potentiellement infinie dans sa régression, que se constitue le fondement de l’autorité comme perpétuel report? Pour le formuler autrement, c’est justement à travers le report infini de l’autorité à un passé irrémédiablement perdu que se constitue l’autorité. Ce report est l’acte répété par lequel intervient la légitimation. La référence à un fondement qui ne peut être retrouvé devient le fondement infondé de l’autorité

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 166
S.

Sexuality cannot be summarily made or unmade by Judith Butler

For sexuality cannot be summarily made or unmade, and it would be a mistake to associate “constructivism” with “the freedom of a subject to form her/his sexuality as s/he pleases.” A construction is, after all, not the same as an artifice. On the contrary, constructivism needs to take account of the domain of constraints
without which a certain living and desiring being cannot make its way.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p.94

En effet, la sexualité ne peut être aisément faite et défaite, et ce serait une erreur que d’associer le “constructivisme” à la “liberté d’un sujet de former sa sexualité comme il/elle le désire”. Une construction n’est, après tout, pas la même chose qu’un artifice. Au contraire, le constructivisme doit prendre en compte le domaine de contraintes sans lesquelles un être vivant et désirant ne peut se développer.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 147

L.

Law of Kinship Structure is not necessarily phallic by Kaja Silverman

Neither Lévi-Strauss, Freud, Lacan, nor Mitchell, however, adduces any structural imperative, analogous to the incest prohibition itself, which dictates that it be women rather than men-or both women and men that circulate in this way, nor can such an imperative be found. We must consequently pry loose the incest prohibition from the Name-of-the-Father so as to insist, despite the paucity of historical evidence for doing so, that the Law of Kinship Structure is not necessarily phallic. As Rubin points out, “the ‘exchange of women’ is neither a definition of culture nor a system in and of itself”

Kaja Silverman, Male Subjectivity at the margins, New York, Routledge, 1992, p. 37 –
quoted in the 10th footnote by Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 106

Ni Lévi-Strauss, ni Freud, ni Lacan, ni Mitchell […] n’invoquent d’impératif structurel, analogue à l’interdiction de l’inceste elle-même. qui dicterait que ce soient les femmes plutôt que les hommes – ou les femmes et les hommes – qui soient mis en circulation [en tant que dons échangés], et l’on ne saurait trouver nulle part un tel impératif. Nous devons par conséquent détacher la prohibition de l’inceste du Nom du Père, de façon à souligner que, en dépit de la rareté des éléments historiques à l’appui de cette idée, la Loi de la structure de parenté n’est pas nécessairement phallique.

Kaja Silverman, Male Subjectivity at the margins, New York, Routledge, 1992, p. 37,
cité en NBP 10 par Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 164

Without any explanation, the footnote in the french edition that we studied was cuted off from its last sentence, precisely the one where Gayle Rubin is quoted by Kaja Silverman. We hope you may understand why better than we did.

T.

The ‘exchange of women’ is neither a definition of culture nor a system in and of itself by Gayle Rubin

The “exchange of women” is neither a definition of culture nor a system in and of itself. The concept is an acute, but condensed, apprehension of certain aspects of the social relations of sex and gender. A kinship system is an imposition of social ends upon a part of the natural world. It is therefore “production” in the most general sense of the term: a mold ing, a transformation of objects (in this case, people) to and by a subjective purpose.

Gayle Rubin, “Traffic in Women – Notes on the “Political economy “of sex” In Rayna R. Reiter (ed.), Toward an Anthropology of Women (1975), Monthly Review Press, p. 176

L'”échange de femmes” n’est ni une définition de la culture ni un système en soi. Le concept est une appréhension aiguë, mais condensée, de certains aspects des relations sociales de sexe et de genre. Un système de parenté est une imposition de fins sociales à une partie du monde naturel. Il s’agit donc d’une “production” au sens le plus général du terme : un moulage, une transformation d’objets (dans ce cas, de personnes) vers et par un but subjectif.

Cité par Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 164
B.

Bodies that matter : materialize and mean by Judith Butler

To speak within these classical contexts of bodies that matter is not an idle pun, for to be material means to materialize, where the principle of that materialization is precisely what “matters” about that body, its very intelligibility. In this sense, to know the significance of something is to know how and why it matters, where “to matter” means at once “to materialize” and “to mean.”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Dans ces contextes classiques, parler de «corps substantiels [bodies that matter], de corps à la fois matériels et importants, n’est pas un jeu de mots oiseux, car être matériel [to be material] signifie se matérialiser, et le principe de cette matérialisation est précisément ce qui « importe » [matters] à propos du corps, ce qui constitue son intelligibilité. En ce sens, connaître la signification ou l’importance [significance] de quelque chose, c’est connaître comment et pourquoi il est « substantiel » [matters], « être substantiel » signifiant ici à la fois « se matérialiser » et « signifier quelque chose » [to mean].

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 58
L.

Language as a material phenomenon by Judith Butler

Therefore, the problem is not that one could not get out of language in order to grasp materiality in itself, but rather that any effort to refer to materiality is part of a process of signification which, in its phenomenality, is always already material. In this sense, therefore, language and materiality are not opposed, for language is material at the same time as it refers to what is material, and what is material never entirely escapes the process by which it is invested with meaning. But if language is not opposed to materiality, materiality cannot be summarily equated with language either.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Par conséquent, le problème n’est pas que l’on ne pourrait pas sortir du langage pour saisir la matérialité en elle-même, mais bien plutôt que tout effort pour se référer à la matérialité s’inscrit dans un processus de signification qui, dans sa phénoménalité, est toujours déjà matériel. En ce sens, langage et matérialité ne sont donc pas opposés, car le langage est matériel en même temps qu’il se réfère à ce qui est matériel, et ce qui est matériel n’échappe jamais entièrement au processus par lequel il est investi de significations. Mais si le langage ne s’oppose pas à la matérialité, la matérialité ne peut pas non plus être sommairement assimilée au langage.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 110
T.

The poetic Real of Kristeva by Judith Bulter

Here is a part of the function of the Real in its convergence with the maternal body that is not thematizable in Lacanian discourse. The Real is what resists and constrains symbolization. While in Lacanian doctrine the «Real» is defined as unrepresentable, and the spectrum of its unrepresentability is the psychosis’s one, Kristeva rewrites and reinterprets this exterior «of the symbolic» as semiotics, as a poetic mode of signification which, although depending on the symbolic, can neither be reduced to it, nor be represented as its non-thematizable Other.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

C’est là en partie la fonction du Réel dans sa convergence avec le corps maternel non thématisable dans le discours lacanien. Le Réel est ce qui résiste à la symbolisation et y contraint. Tandis que, dans la doctrine lacanienne, le « réel » est défini comme irreprésentable, et que le spectre de son irreprésentabilité est celui de la psychose, Kristeva redécrit et réinterprète cet extérieur » du symbolique comme le sémiotique, c’est-à-dire comme un mode de signification poétique qui, bien qu’il soit dépendant du symbolique, ne peut ni être réduit à lui, ni être représenté comme son Autre non thématisable.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 113
L.

Lesbian phallus ? a desire produced through a ban by Judith Butler

On the one hand, the phallus signifies the persistence of the “straight mind”, of a masculine or heterosexist identification and, consequently, it symbolizes the defilement and betrayal of lesbian specificity; on the other hand, it signifies the insurmountability of heterosexuality and makes lesbianism a vain or pathetic effort to imitate the only reality that is [the real thing]. Thus, the phallus enters lesbian sexual discourse as a transgressive “confession” that clashes with feminist and misogynist forms of repudiation as much as it is conditioned by them: those who say “it’s not the real thing” about lesbianism and those who say “it’s not the real thing” about heterosexuality. Thus it is precisely the repudiated desire that is “unmasked”, this desire relegated to abjection by heterosexist logic and defensively closed by an effort to circumscribe a specifically feminine morphology for lesbianism. In a sense, what is unmasked or revealed is a desire produced through a ban.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

D’une part, le phallus signifie la persistance du «straight mind» , d’une identification masculine ou hétérosexiste et, par conséquent, il symbolise la souillure et la trahison de la spécificité lesbienne; d’autre part, il signifie l’insurmontabilité de l’hétérosexualité et fait du lesbianisme un effort vain ou pathétique d’imitation de la seule réalité qui soit [the real thing]. Ainsi, le phallus pénètre dans le discours sexuel lesbien sur le mode d’un « aveu » transgressif, qui se heurte aux formes de répudiation féministes et misogynes autant qu’il est conditionné par elles : ceux qui disent « ce n’est pas cela, le vrai » [« it’s not the real thing »] au sujet du lesbianisme et ceux qui disent «ce n’est pas cela le vrai» au sujet de l’hétérosexualité. C’est ainsi précisément le désir répudié qui est « démasqué », ce désir relégué dans l’abjection par la logique hétérosexiste et forclos de manière défensive par un effort de circonscription d’une morphologie spécifiquement féminine pour le lesbianisme. En un sens, ce qui est démasqué ou révélé est un désir produit à travers un interdit.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 136

P.

Phallus as other part of the body in Lacanian Scheme by Judith Butler

Suggesting phallus may symbolize other parts of the body than the penis is not incompatible with the Lacanian scheme.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Suggérer que la phallus puisse symboliser d’autres parties du corps que le pénis n’est pas incompatible avec le schème lacanien.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 133

D.

Deconstruction as the critique of something we cannot do without by Judith Butler

Here, the question is not whether or not to refer to the matter, just as the question has never been whether or not to talk about women. Whatever happens, these discourses will be developed and, for feminist reasons, they must be developed. The category of women is not turned useless by deconstruction, but its uses can escape reification in a “referent” and have a chance to open up, and even come wear meanings that none of us could have predicted. It must still be possible to use the term, to use it tactically, even though we are, in a way, used and positioned by it; it must also be possible to subject it to a critique that questions the operations of exclusion and the differentiated power relations that construct and delimit the feminist invocations of women. This is, to use Spivak’s formula quoted above, the critique of something useful, the critique of something we cannot do without. I would even go so far as to say that, without this critique, feminism loses its potential for democratization, since it refuses to face – to take into account being transformed by – the exclusions that animate it.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

Ici, la question n’est pas de savoir s’il faut ou non faire référence à la matière, de même que la question n’a jamais été de savoir si l’on devait ou non parler des femmes. Quoi qu’il arrive, ces discours se développeront et, pour des raisons féministes, il faut qu’ils se développent. La catégorie de femmes n’est pas rendue inutile par la déconstruction, mais ses usages peuvent échapper à la réification dans un “référent” et ont une chance de s’ouvrir, et même d’en venir à prendre des significations qu’aucun d’entre nous n’aurait pu prédire. Il doit tout de même être possible d’utiliser ce terme, de l’utiliser tactiquement, alors même que l’on est, pour ainsi dire, utilisé et positionné par lui; il doit être possible aussi de le soumettre à une critique qui interroge les opérations d’exclusion et les relations de pouvoir différenciées qui construisent et délimitent les invocations féministes des femmes. Il s’agit là, pour reprendre la formule de Spivak citée ci-dessus de la critique de quelque chose d’utile, de la critique de quelque chose dont nous ne pouvons pas nous passer. J’irai même jusqu’à dire que, sans cette critique, le féminisme perd son potentiel de démocratisation, étant donné qu’il refuse d’affronter – de prendre en compte d’être transformé par – les exclusions qui l’animent.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 53
M.

Masculine and feminine are vanishing into activity and passivity by Sigmund Freud

But psycho-analysis cannot elucidate the intrinsic nature of what in conventional or in biological phraseology is termed “masculine” and “feminine”: it simply takes over the two concepts and makes them the foundation of its work. When we attempt to reduce them further, we find masculinity vanishing into activity and femininity into passivity, and that does not tell us enough.

Quant à l’essence de ce que, au sens conventionnel ou au sens biologique, on nomme “masculin” et le “féminin”, la psychanalyse ne peut l’élucider; elle reprend à son compte les deux concepts et les met a la base de ses travaux. Si l’on tente de les ramener à des principes plus originaires, la masculinité se volatilise en activité, et la féminité en passivité, ce qui est trop peu.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 270


English Pdf : “The psychogenesis of a case of female Homosexuality”

G.

Gender violence and fantasy by Marie-José Grihom

Gender violences inside the couple (practicing the gender) seem to be in line with the common psychic experiences of the partners, to this original fantasy “one kills a woman”, which is all the more active as the rejection of the feminine is strong, for both the author as for the victim.

Les violences de genre au sein du couple (dans la pratique du genre) semblent être à la mesure des expériences psychiques communes des partenaires dans ce fantasme originaire « On tue une femme » qui est d’autant plus actif que le refus du féminin est présent tant pour l’homme auteur que pour la femme victime.

Grihom M.-J., « Crime de genre et fantasme féminicide. À propos du fantasme « On tue une femme » » in On tue une femme, Hermann, Paris, 2019, p.427

G.

Gender and Linguistic Trouble by Judith Butler

 The linguistic conventions that produce intelligible gendered selves find their limit in Herculine precisely because she/he occasions a convergence and disorganization of the rules that govern sex/gender/desire.

Les conventions linguistiques qui rendent intelligibles des soi qui ont un genre trouvent leurs limites en Herculine précisément  parce qu’elle/il fait converger et bouleverse les règles qui commandent au sexe/genre/désir.

BUTLER J., Trouble dans le genre (1990), Trad. KRAUS C., Paris, La Découverte, 2007, p.94