H.

Humiliation is an attack on honor by Cathie Neunreuther

Humiliation is an attack on honor or dignity. Honor depends on a code of values in which I am involved. Humiliation is a time, a scene, an action that puts us in default with respect to the code that, from then on, does not recognize us anymore. The fuller the code, the more honor can become a matter of life and death: nowadays, we can find it ridiculous that nobles of the Grand Siècle risked their lives in duels for matters of honor. But it is a question here of approaching the question of humiliation not from the philosophical side but from the side of the subject of the unconscious which exists only in relation to a place of the castrated code. I announce the color: if shame is, in my opinion, a clinic of specular imaginary identifications, humiliation, as for it, is not a clinic of the symbolic identification, but an echo of this one.

L’humiliation est une atteinte à l’honneur ou à la dignité. L’honneur dépend d’un code de valeurs dans lequel je m’inscris. L’humiliation est un temps, une scène, une action qui nous met en défaut par rapport au code qui dès lors ne nous reconnaît plus. Plus le code est plein, plus l’honneur peut devenir une question de vie ou de mort : de nos jours, on peut trouver ridicule que des nobles du Grand Siècle aient pu risquer leur vie en duel pour des affaires d’honneur. Mais il s’agit ici d’aborder la question de l’humiliation non du côté philosophique mais du côté du sujet de l’inconscient qui n’existe que par rapport à un lieu du code castré. J’annonce la couleur : si la honte est, à mon sens, une clinique des identifications imaginaires spéculaires, l’humiliation, quant à elle, n’est pas une clinique de l’identification symbolique, mais un écho de celle-ci.

Jean-Richard Freymann, Cathie Neunreuther, « 5. Honte et humiliation », dans : Jean-Richard Freymann éd., De la honte à la culpabilité. Toulouse, Érès, « Hypothèses », 2010, p. 69-90
DOI : 10.3917/eres.freym.2010.01.0069
URL : https://www.cairn.info/–9782749212142-page-69.htm

H.

Humiliation is a symbolic suffering by Michel Zink

Humiliation is a symbolic suffering. The sign is its reality. It is so eminently a sign, and it is at the same time such a violent sign, that the suffering inflicted by this pure sign can be a physical suffering, and often is.
We are told repeatedly that “to say is to do”.
In the case of humiliation, this proposition is strictly true.

L’humiliation est une souffrance symbolique. Le signe est sa réalité. Elle est si éminemment un signe, et elle est en même temps un signe si violent, que la souffrance infligée par ce pur signe peut être une souffrance physique, et l’est souvent.
On nous répète que « dire, c’est faire ».
Dans le cas de l’humiliation, la proposition est strictement vraie.

Michel Zink, « L’humilité et l’humiliation », Commentaire, 2017/2 (Numéro 158), p. 343-350
DOI : 10.3917/comm.158.0343
URL : https://www.cairn.info/revue-commentaire-2017-2-page-343.htm

T.

To be ashamed need a body by David Bernard

For the poet, to feel alive would pass by the body. As the shame of living will be the shame of an affected subject, via its body. More simple, to be ashamed has need a body. Not sufficient condition, but necessary. Levinas, Sartre, and Merleau-Ponty had seen it each in their own way, from a common thesis: the body of the subject is his presence in act in the world, the fact of his presence. Nothing in the symbolic allows him to justify his existence, to name his reason for being, and yet his body attests that he is indeed there. By which the subject verifies that he is not evanescent, that he is not made only of the symbolic. Something in his body exceeds the symbolic, resists it and constitutes him as alive.

Pour le poète, s’éprouver vivant en passerait par le corps. Comme la honte de vivre sera la honte d’un sujet affecté, via son corps. Plus simple, pour avoir honte a faut un corps. Condition non suffisante, mais nécessaire. Levinas, Sartre, et Merleau-Ponty l’avaient aperçu chacun à leur façon, à partir d’une thèse commune : le corps du sujet est sa présence en acte dans le monde, le fait de sa présence. Rien dans le symbolique ne lui permet de justifier son existence, de nommer sa raison d’être, et pourtant, son corps atteste qu’il est bien là. Par où le sujet vérifie qu’il n’est pas évanescent, qu’il n’est pas fait que du symbolique. Quelque chose dans son corps excède au symbolique, lui résiste et le constitue comme vivant.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 127

S.

Symbolic function of the “name” by Judith Butler

The imaginary relation, the one constituted through narcissistic identification, is always tenuous precisely because it is an external object that is determined to be oneself; this failure to close the distance between the ego who identifies elsewhere and the elsewhere which is the defining site of that ego haunts that identification as its constitutive discord and failure. The name, as part of a social pact and, indeed, a social system of signs, overrides the tenuousness of imaginary identification and confers on it a social durability and legitimacy. The instability of the ego is thus subsumed or stabilized by a symbolic function, designated through the name : the “permanent appearance over time” of the human subject is, Lacan claims, “strictly only recognizable through the intermediary of the name. The name is the time of the object”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 153

La relation imaginaire, celle qui se constitue à travers l’identification narcissique, est toujours fragile, précisément parce que c’est un objet extérieur qui est défini comme moi-même; l’incapacité à réduire la distance entre le moi qui s’identifie ailleurs et cet ailleurs qui est le site de définition du moi hante cette identification comme sa contra diction et son échec constitutifs. Le nom, en tant qu’il fait partie d’un pacte social et même d’un système social de signes, surmonte la fragilité de l’identification imaginaire et lui confère une stabilité et une légitimité sociales. L’instabilité du moi est ainsi dépassée par la fonction symbolique, désignée par le nom: « cette apparence qui perdure un certain temps » du sujet humain n’est, à en croire Lacan, « strictement connaissable que par l’intermédiaire du nom ».

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 225

Here Butler quotes :
Jacques Lacan, Le séminaire – Livre II – Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse1954-1955, Editions du Seuil, 2001, p. 202

T.

The poetic Real of Kristeva by Judith Bulter

Here is a part of the function of the Real in its convergence with the maternal body that is not thematizable in Lacanian discourse. The Real is what resists and constrains symbolization. While in Lacanian doctrine the «Real» is defined as unrepresentable, and the spectrum of its unrepresentability is the psychosis’s one, Kristeva rewrites and reinterprets this exterior «of the symbolic» as semiotics, as a poetic mode of signification which, although depending on the symbolic, can neither be reduced to it, nor be represented as its non-thematizable Other.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

C’est là en partie la fonction du Réel dans sa convergence avec le corps maternel non thématisable dans le discours lacanien. Le Réel est ce qui résiste à la symbolisation et y contraint. Tandis que, dans la doctrine lacanienne, le « réel » est défini comme irreprésentable, et que le spectre de son irreprésentabilité est celui de la psychose, Kristeva redécrit et réinterprète cet extérieur » du symbolique comme le sémiotique, c’est-à-dire comme un mode de signification poétique qui, bien qu’il soit dépendant du symbolique, ne peut ni être réduit à lui, ni être représenté comme son Autre non thématisable.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 113