T.

Three grossly different types of stigma by Erving Goffman

Three grossly different types of stigma may be mentioned. First there are abominations of the body – the various physical deformities. Next there are blemishes of individual character perceived as weak will, domineering or unnatural passions, treacherous and rigid beliefs, and dishonesty, these being inferred from a known record of, for example, mental disorder, imprisonment, addiction, alcoholism, homosexuality, unemployment, suicidal attempts, and radical political behaviour. Finally there are the tribal stigma of race, nation, and religion, these being stigma that can be transmitted through lineages and equally contaminate all members of a family.

En gros, on peut distinguer trois types de stigmates. En premier lieu, il y a les monstruosités du corps les diverses difformités. Ensuite, on trouve les tares du caractère qui, aux yeux d’autrui, prennent l’aspect d’un manque de volonté, de passions irrépressibles ou antinaturelles, de croyances égarées et rigides, de malhonnêteté, et dont on infère l’existence chez un individu parce que l’on sait qu’il est ou a été, par exemple, mentalement dérangé, emprisonné, drogué, alcoolique, homosexuel, chômeur, suicidaire ou d’extrême-gauche. Enfin, il y a ces stigmates tribaux que sont la race, la nationalité et la religion, qui peuvent se transmettre de génération en génération et contaminer également tous les membres d’une famille.

Erving GoffmanStigmate – les usages sociaux des handicaps (1963), Trad. Alain Kihm, Les éditions de minuit, 1975, Paris, p. 14

S.

Stigma to designate body marks by Erving Goffman

The Greeks, apparently interested in visual aids, coined the term stigma to designate body marks intended to expose the unusual and detestable moral status of the person so marked. These marks were engraved on the body with a knife or a red-hot iron, and proclaimed that the wearer was a slave, a criminal or a traitor, in short, a person stricken with infamy, ritually impure, and to be avoided, especially in public places. Later, in Christian times, two layers of metaphor were added to the term: the first referred to the marks left on the body by divine grace, which took the form of eruptive sores budding on the skin; the second, a medical allusion to the religious allusion, referred to the bodily signs of a physical disorder. Nowadays, the term is used a lot in a sense close to the original literal meaning, but applies more to the disgrace itself than to its bodily manifestation. In addition, there have been changes in the types of disgrace that attract attention.

Les Grecs, apparemment portés sur les auxiliaires visuels, inventèrent le terme de stigmate pour désigner des marques corporelles destinées à exposer ce qu’avait d’inhabituel et de détestable le statut moral de la per sonne ainsi signalée. Ces marques étaient gravées sur le corps au couteau ou au fer rouge, et proclamaient que celui qui les portait était un esclave, un criminel ou un traitre, bref, un individu frappé d’infamie, rituellement impur, et qu’il fallait éviter, surtout dans les lieux publics. Plus tard, au temps du christianisme, deux épaisseurs de métaphore s’ajoutèrent au terme : la première se rapportait aux marques laissées sur le corps par la grâce divine, qui prenaient la forme de plaies éruptives bourgeonnant sur la peau; la seconde, allusion médicale à l’allusion religieuse, se rapportait aux signes corporels d’un désordre physique. De nos jours, le terme s’emploie beaucoup en un sens assez proche du sens littéral originel, mais s’appli que plus à la disgrâce elle-même qu’à sa manifestation corporelle. De plus, il s’est produit des changements quant aux types de disgrâces qui éveillent l’attention.

Erving Goffman, Stigmate – les usages sociaux des handicaps (1963), Trad. Alain Kihm, Les éditions de minuit, 1975, Paris, p. 11

T.

The imaginary and the real act on the same level by Jacques Lacan

A schema like this one shows you that the imaginary and the real act on the same level. To understand this, all we have to do is to make another little improvement in the apparatus. Think of the mirror as a pane of glass. You’ll see yourself in the glass and you’ll see the objects beyond it. That’s exactly how it is – it’s a coincidence between certain images and the real. What else are we talking about ,when we refer to an oral, anal, genital reality, that is to say a specific relation between our images and images? This is nothing other than the images of the human body, and the hominisation of the world, its perception in terms of images linked to the structuration of the body. The real objects, which pass via the mirror, and through it, are in the same place as the imaginary object. The essence of the image is to be invested by the libido. What we call libidinal investment is what makes an object become desirable, that is to say how it becomes confused with this more or less structured image which, in diverse ways, we carry with us.
So this schema allows you to represent to yourself the difference which Freud always carefully drew, and which often remains puzzling to readers, between topographical regression and genetic, archaic regression, regression in history as we are also taught to designate it.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 141

Un tel schéma vous montre que l’imaginaire et le réel jouent au même niveau. Pour le comprendre, il suffit de faire un petit perfectionnement de plus à cet appareil. Pensez que ce miroir est une vitre. Vous vous voyez dans la vitre et vous voyez les objets au-delà. Il s’agit justement de cela – d’une coïncidence entre certaines images et le réel. De quoi d’autre parlons nous quand nous évoquons une réalité orale, anale, génitale, c’est-à-dire un certain rapport entre nos images et les images? Ce n’est rien d’autre que les images du corps humain, et l’hominisation du monde, sa perception en fonction d’images liées à la structuration du corps. Les objets réels, qui passent par l’intermédiaire du miroir et à travers lui, sont à la même place que l’objet imaginaire. Le propre de l’image, c’est l’investissement par la libido. On appelle investissement libidinal ce en quoi un objet devient désirable, c’est-à-dire ce en quoi il se confond avec cette image que nous portons en nous, diversement, et plus ou moins, structurée.
Ce schéma vous permet donc de vous représenter la différence que Freud fait toujours soigneusement, et qui reste souvent énigmatique aux lecteurs, entre régression topique et régression génétique, archaïque, la régression dans l’histoire comme on enseigne aussi à la désigner.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 223

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 223

S.

Shame to only have a hole by Danielle Quinodoz

According to the patient’s associations, it was an unconscious representation of her body that highlighted a double shame. Shame to have a body without male sexual organ, and without female sexual organ, shame to be doubly without anything, simply a slit which opened only on a hole.

Selon les associations de la patiente il s’agissait d’une représentation inconsciente de son corps qui mettait en évidence une double honte. Honte d’avoir un corps sans organe sexuel masculin et sans organe sexuel de femme, honte d’être doublement sans rien, simplement une fente qui n’ouvrait que sur un trou.

Danielle Quinodoz, « La honte d’une féminité définie par la négative : plutôt deux fois qu’une », Revue française de psychanalyse,  67-5, 2003, p. 1841.

C.

Child keeps secret his parents castration by David Bernard

Why then does the child keep his question quiet, secret? For the reason, Freud demonstrates, he wishes to believe in his parents, and thus, to veil their impotence, another name for the castration of the parental Other, of the bar on the Other. To account for this, let us note in fact that this moment when the child takes the measure of the lack of response in the Other, will be for him a moment of strong discomfort. Here, for the first time, his belief in the Other wavers. Freud will have insisted on it on many occasions: “The child had until then recognized in his parents the only authority and the source of all belief “*.

Pourquoi donc l’enfant garde tue, au secret, sa question? Pour la raison, démontre Freud, qu’il désire croire en ses parents, et donc, voiler leur impuissance, autre nom de la castration de l’Autre parental de la barre sur l’Autre. Pour en rendre compte, remarquons en effet que ce moment où l’enfant prendra la mesure du manque de réponse dans l’Autre, sera pour lui un moment de forte déconvenue. Ici, pour la première fois, sa croyance en l’Autre vacille. Freud y aura insisté à de multiples reprises :”L’enfant avait jusque-là reconnu dans ses parents l’unique autorité et la source de toute croyance”*

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 145

Sigmund Freud, “Les explications sexuelles données aux enfants” in La vie sexuelle, PUF, Paris, 1997, p11

S.

Shame is an affect of the death by David Bernard

Shame is an affect of the death, which means the affect of a parlêtre. It is an effect of the fact that man is condemned to inhabit language, with his body. A body without reason of being, a body marked by its “scars “*.

La honte est un affect de la mort, c’est à dire l’affect d’un parlêtre. Elle est un effet de ce que l’homme soit condamné à habiter le langage, avec son corps. Un corps sans raison d’être, un corps marqué par ses “cicatrices”*.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 132

*Jacques Lacan, “La logique du fantasme, Compte rendu du Séminaire 1966-1967” in Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 327

L.

Lacan : “Knowledge affects the body” by David Bernard

The knowledge, that is to say what? Let’s say it too quickly, all these causes of affect so far noted: representations, words, thought, signifiers, and what in Encore will be redefined, with other consequences, as lalangue. Then after the axiom, comes the question: “Knowledge as such affects without doubt. But what? This is the question where we are mistaken “. Lacan will thus say what affect is not, before saying what it is. The whole thing can be summed up in a few words: knowledge affects neither the subject, nor the soul of this subject. But it affects the body of this subject, which is a parlêtre. “I say that knowledge affects the body of the being who only makes himself a being of words, this to fragment his jouissance, to cut it up until it produces the falls of which I keep the (a), to read objet petit a, or abjet, what will be said when I will be dead, the time when at last I will be heard, or the (a)primary cause of his desire “**.

Le savoir, c’est à dire quoi ? Disons-le trop vite, toutes ces causes de l’affect jusqu’ici relevées : des représentations, des mots, une pensée ,des signifiants, et ce qui dans Encore sera redéfini, avec d’autres conséquences, comme lalangue*. Puis après l’axiome, vient la question : ” Le savoir comme tel affecte sans doute. Mais quoi ? c’est la question où l’on se trompe”*. Lacan dira donc ce que n’est pas l’affect, avant que de dire ce qu’il est. Le tout tenant en peu de mots : le savoir n’affecte ni le sujet, ni l’âme de ce sujet. Mais il affecte le corps de ce sujet, qui est un parlêtre. ” Je dis moi que le savoir affecte le corps de l’être qui ne se fait être que de paroles, ceci de morceler sa jouissance, de le découper par là jusqu’à en produire les chutes dont je tais le (a), à lire objet petit a, ou bien abjet, ce qui se dira quand je serai mort, temps où enfin l’on m’entendra, ou encore l'(a)cause première de son désir”**

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 130

Quoting :

*Jacques Lacan, Séminaire Livre XX – Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 127

**Jacques Lacan, “… ou pire, Compte rendu du Séminaire 1971-1972” in Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 550.

T.

To be ashamed need a body by David Bernard

For the poet, to feel alive would pass by the body. As the shame of living will be the shame of an affected subject, via its body. More simple, to be ashamed has need a body. Not sufficient condition, but necessary. Levinas, Sartre, and Merleau-Ponty had seen it each in their own way, from a common thesis: the body of the subject is his presence in act in the world, the fact of his presence. Nothing in the symbolic allows him to justify his existence, to name his reason for being, and yet his body attests that he is indeed there. By which the subject verifies that he is not evanescent, that he is not made only of the symbolic. Something in his body exceeds the symbolic, resists it and constitutes him as alive.

Pour le poète, s’éprouver vivant en passerait par le corps. Comme la honte de vivre sera la honte d’un sujet affecté, via son corps. Plus simple, pour avoir honte a faut un corps. Condition non suffisante, mais nécessaire. Levinas, Sartre, et Merleau-Ponty l’avaient aperçu chacun à leur façon, à partir d’une thèse commune : le corps du sujet est sa présence en acte dans le monde, le fait de sa présence. Rien dans le symbolique ne lui permet de justifier son existence, de nommer sa raison d’être, et pourtant, son corps atteste qu’il est bien là. Par où le sujet vérifie qu’il n’est pas évanescent, qu’il n’est pas fait que du symbolique. Quelque chose dans son corps excède au symbolique, lui résiste et le constitue comme vivant.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 127

T.

The narcissistic wound of the shame by David Bernard

The narcissistic wound that shame constitutes is a rip, the forced and imposed reminder to the subject of what his image and his self concealed from him, and which concerns his lack-of-being, as much as his being of enjoyment. The moment of shame is an instant of seeing, which is an instant of truth. The egoic imposture is denounced, and the lining of the subject is experienced. The various occurrences of shame can then be defined as so many modalities of this reversal, affecting this subject even in his body.

La blessure narcissique que la honte constitue est une déchirure, le rappel forcé et imposé au sujet de ce que lui dissimulaient son image et son moi, et qui concerne son manque-à-être, autant que son être de jouissance. L’instant de honte est un instant de voir, qui est un instant de vérité. L’imposture moïque est dénoncée, et la doublure du sujet éprouvée. Les diverses occurrences de la honte pourront être alors définies comme autant de modalités de ce retournement, affectant ce sujet jusque dans son corps.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologie, Editions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 55

S.

Shame’s ontological vertigo by David Bernard

The shame is first of all what shows a subject, under the eyes of everyone. What reveals its nakedness, and denounces its imposture. What flushes out him, knees folded up on his lack-to-be, behind his egoic (moïc) ornament in toc this “second skin” of loan. But it is also what points to the body this subject, and prints its mark on it. Eternizing the fatal instant which had the air of nothing, and leaving on this body, the irrecoverable beginning of a “mortification”. True “small red and streaked trace” which from there, will affect this subject of a true “small perfidious pain”. Mute cry in the abdomen. In addition to the experience of a lack, the shame would be thus also, the recall of a body in words, wounded, and in excess. Finally, it could be that the shame was only waiting to seize this subject, from the “end of the dictionaries”, where the language is deposited, and the contours of the Other are drawn. Moreover, the unconscious, also the discourse of the Other, had been whispering it for a long time. It was written in the dreams, that the shame would catch up one day the child, to dizzy her of its ontological vertigo, and to leave her “haggard”, in evil of being.

La honte est d’abord ce qui montre un sujet, sous les regards de tous. Ce qui dévoile sa nudité, et dénonce son imposture. Ce qui le débusque, genoux repliés sur son manque-à-être, derrière sa parure moïque en toc cette “seconde peau» d’emprunt. Mais elle est aussi ce qui pointe au corps ce sujet, et y imprime sa marque. Éternisant l’ins tant fatal qui n’avait l’air de rien, et laissant sur ce corps, l’entame irrattrapable d’une “mortification » Vraie “petite trace rouge et striée” qui de là, affectera ce sujet d’une vraie “petite douleur perfide”. Cri muet dans l’abdomen. En plus de l’expérience d’un manque, la honte serait donc aussi, le rappel d’un corps en mots, blessé, et en excès. Enfin, il se pourrait que la honte n’attendait que de saisir ce sujet, du “fin fond des dictionnaires”, là où se dépose la langue, et se dessinent les contours de l’Autre. D’ailleurs, l’inconscient, lui aussi discours de l’Autre, le murmurait depuis longtemps. Il était écrit dans les rêves, que la honte rattraperait un jour l’enfant, pour l’étourdir de son vertige ontologique, et la laisser «hagarde”, en mal d’être.

David Bernard, Lacan et la honte – de la honte à l’ontologie, Editions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 10

S.

She becomes an object by Simone de Beauvoir

For the young girl, the erotic transcendence consists in order to take to make herself prey. She becomes an object; and she seizes herself as an object; it is with surprise that she discovers this new aspect of her being: it seems to her that she splits; instead of coinciding exactly with herself, she starts to exist outside. Thus, in Rosamund Lehmann’s Invitation to the Waltz, we see Olivia discovering an unknown figure in a mirror: it is her-object suddenly standing in front of herself; she experiences a quickly dissipated, but overwhelming emotion:
“For some time, a particular emotion accompanied the minute when she looked at herself in this way from head to toe in an unforeseen and rare way, it happened that she saw in front of her a foreigner, a new being. This had happened on two or three occasions. She looked in the mirror, saw herself. But what happened? Today, what she saw was something else: a mysterious face, both dark and radiant; hair bursting with movement and strength and as if flowing with electric currents. Her body – was it because of the dress – seemed to gather harmoniously, to center itself, to blossom, supple and stable at the same time: alive. She had before her, like a portrait, a young girl in pink that all the objects of the room, reflected in the mirror, seemed to frame, to present, whispering: It is you…”
What dazzled Olivia were the promises she thought she read in this image, in which she recognized her childish dreams and which was herself; but the girl also cherished in its carnal presence this body which amazed her as that of another.

Pour la jeune fille, la transcendance érotique consiste afin de prendre à se faire proie. Elle devient un objet ; et elle se saisit comme objet ; c’est avec surprise qu’elle découvre ce nouvel aspect de son être : il lui semble qu’elle se dédouble ; au lieu de coïncider exactement avec soi, voilà qu’elle se met à exister dehors. Ainsi, dans l’Invitation à la valse de Rosamund Lehmann, on voit Olivia découvrir dans une glace une figure inconnue : c’est elle-objet dressé soudain en face de soi-même ; elle en éprouve une émotion vite dissipée, mais bouleversante :
“Depuis quelque temps, une émotion particulière accompagnait la minute où elle se regardait ainsi de pied en cap de façon imprévue et rare, il arrivait qu’elle vit en face d’elle une étrangère, un être nouveau. Cela s’était produit à deux ou trois reprises. Elle se regardait dans une glace, se voyait. Mais qu’arrivait-il ?… Aujourd’hui, ce qu’elle voyait c’était tout autre chose : un visage mystérieux, à la fois sombre et rayonnant ; une chevelure débordante de mouvements et de force et comme parcourue de courants électriques. Son corps – était-ce à cause de la robe-lui paraissait se rassembler harmonieusement se centrer, s’épanouir, souple et stable à la fois : vivant. Elle avait devant elle, pareille à un portrait, une jeune fille en rose que tous les objets de la chambre, reflétés dans la glace, paraissaient encadrer, présenter, en murmurant : C’est vous…”
Ce qui éblouit Olivia, ce sont les promesses qu’elle croit lire dans cette image où elle reconnaît ses rêves enfantins et qui est elle-même ; mais la jeune fille chérit aussi dans sa présence charnelle ce corps qui l’émerveille comme celui d’une autre.

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, II – L’expérience vécue (1949), Paris, Gallimard, 2012, p. 100‑101
quoting Rosamond Lehmann, L’invitation à la valse (1932), trad. fr. Jean Talva, Paris, Belfond, 2020.

P.

Psychoanalysis takes for granted unexplained facts by Simone de Beauvoir

The existing is a sexed body; in its relations to the other existing which are also sexed bodies, sexuality is thus always engaged; but if body and sexuality are concrete expressions of the existence, it is also from this one we may discover its meanings: for lack of this perspective psychoanalysis takes for granted unexplained facts. For example, we are told that the girl is ashamed to urinate squatting, bare buttocks: but what is shame? In the same way, before asking if the male is proud because he has a penis or if in the penis his pride is expressed, it is necessary to know what pride is and how the pretentiousness of the subject can be incarnated in an object.

L’existant est un corps sexué ; dans ses rapports aux autres existants qui sont aussi des corps sexués, la sexualité est donc toujours engagée ; mais si corps et sexualité sont des expressions concrètes de l’existence, c’est aussi à partir de celle-ci qu’on peut en découvrir les significations : faute de cette perspective la psychanalyse prend pour accordés des faits inexpliqués. Par exemple, on nous dit que la fillette a honte d’uriner accroupie, les fesses nues: mais qu’est-ce que la honte ? de même, avant de se demander si le mâle est orgueilleux parce qu’il a un pénis ou si dans le pénis s’exprime son orgueil il faut savoir ce qu’est l’orgueil et comment la prétention du sujet peut s’incarner en un objet.

Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, I – Les faits et les mythes (1949), Paris, Gallimard, 2012, p. 89

H.

Having a real body is a shame by Fyodor Dostoevsky

We are oppressed at being men—men with a real individual body and blood, we are ashamed of it, we think it a disgrace and try to contrive to be some sort of impossible generalised man.

Fyodor Dostoevsky, Notes from the
Underground
, p. 203

Même être des hommes, cela nous pèse – des hommes avec un corps réel, à nous, avec du sang; nous avons honte de cela, nous prenons cela pour une tache et nous cherchons à être des espèces d’hommes globaux fantasmatiques

Fédor Dostoievski, Les Carnets du sous-sol, trad. André Marcowicz, Actes Sud, « Babel », p. 165.
S.

Shame strikes the incarnation by Sylvie Sesé-Léger

Wasn’t shame, previously, sufficient in itself as a sanction for real or imaginary crime? Shame strikes the incarnation, the body of the subject who “blushes with shame”, exhibiting without possible escape the mark of infamy inscribed with a red-hot iron. Like the scarlet letter worn on the woman’s dress…. To the point of having wished to die, to disappear from the dishonorable scene by entering under ground.


La honte, antérieurement, ne se suffisait-elle pas à elle-même comme sanction du crime réel ou imaginaire ? La honte frappe l’incarnation, le corps du sujet qui « rougit de honte », exhibant sans échappatoire possible la marque d’infamie inscrite au fer rouge. Comme la lettre écarlate portée sur sa robe par la femme…. Au point d’avoir désiré mourir, disparaître de la scène déshonorante en entrant sous terre.

Sylvie Sesé-Léger, « « J’ai honte d’avoir honte » », Essaim, 2018/2 (n° 41), p. 43-50
DOI : 10.3917/ess.041.0043
URL : https://www.cairn.info/revue-essaim-2018-2-page-43.htm

W.

Why are you persecuting me? by Alain Didier Weill

One day, Paul has the foundational subjective experience of an event by which it is not by the putting into act of the law that it is possible to be torn from the persecution of original sin, but by an interior psychic act which consists to self identify to the one who said to him, “Why are you persecuting me? “
In this flashing conversion Paul’s values ​​are reversed: from persecutor he becomes persecuted, and henceforth will have an extraordinary life as a man exposed to the trials of persecution like Christ.
Colossains 1:24
Now I rejoice in what I am suffering for you, and I fill up in my flesh what is still lacking in regard to Christ’s afflictions, for the sake of his body, which is the church.

2 Corinthians 4
9
persecuted, but not abandoned; struck down, but not destroyed.
10 We always carry around in our body the death of Jesus, so that the life of Jesus may also be revealed in our body.

Galatians 2:20
I have been crucified with Christ and I no longer live, but Christ lives in me.


I arrived to the supposition threw this flashing identification to the Risen, Paul experienced the flashing disappearance of inner persecution. One fundamental point: there is a connection between the disappearance of internal persecution and the appearance of a persecution in reality coming from outside, whether from the side of the pagans or the Jews. This is what he later theorized as original sin.


Paul fait un jour l’expérience subjective fondatrice d’un événement par lequel ce n’est pas par la mise en acte de la loi qu’il est possible d’être arraché à la persécution du péché originel mais par un acte psychique intérieur consistant à s’identifier à celui qui lui a dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? »
Dans cette conversion foudroyante les valeurs de Paul s’inversent : de persécuteur il devient persécuté, celui qui va dorénavant avoir une vie extraordinaire d’homme exposé aux épreuves de la persécution comme le Christ.
Colossiens 1, 24 : « Je me réjouis dans les souffrances, à cause de vous et je complète ce qui manque aux épreuves du Christ, dans ma chair »
2 Corinthiens 4 : « Persécuté mais non abandonné, abattu mais non anéanti, toujours nous portons la mort de Jésus dans notre corps afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps ».
Galates 2, 20 : « J’ai été co-crucifié avec le Christ, ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi… »

Je suis arrivé à supposer que dans cette identification foudroyante au ressuscité Paul fit l’expérience d’une foudroyante disparition de la persécution intérieure. Point fondamental : il y a rapport entre la disparition de la persécution intérieure et l’apparition d’une persécution réelle qui vient du dehors que ce soit du côté des païens ou des juifs. C’est ce qu’il théorisa, ultérieurement, comme péché originel.

Alain Didier-Weill, « Pourquoi me persécutes-tu ? », Pardès, 2002/1 (N° 32-33), p. 299-305
DOI : 10.3917/parde.032.0299
URL : https://www.cairn-int.info/revue-pardes-2002-1-page-299.htm

T.

The experience of the speaking body by David Bernard

There is a specific shame affect to our modernity by which it recalls, in the contemporary social bond, the experience of the speaking body that we wanted to foreclose.

Il y a un affect de honte propre à notre modernité par lequel se rappelle dans le lien social contemporain l’expérience du corps parlant que l’on voulait forclore.

David Bernard, Lévy Alexandre, « Le capitalisme et la honte », Cliniques méditerranéennes, 2014/2 (n° 90), p. 245-254.
DOI : 10.3917/cm.090.0245
URL : https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2014-2-page-245.htm

T.

The most primitive shaping symbol by Sandor Ferenczi

The symbolism of the teeth and the eyes would illustrate the fact that the body‘s organs (especially genital parties) can be depicted not only by the outside world objects, but also by other organs of the body itself. It is probably even the most primitive shaping symbol mode.

Le symbolisme des dents et celui des yeux illustreraient le fait que des organes du corps (et surtout les partis génitales) peuvent être figurés non seulement par des objets du monde extérieur, mais également par d’autres organes du corps lui-même. C’est même probablement le mode le plus primitif de formation de symbole.

 
Sandor FERENCZI, Le symbolismes des yeux (1913) in Œuvres Complètes II, Paris, Payot, 1970, p. 69