F.

Father’s unheroic conduct by Sigmund Freud

At that point I was brought up against the event in my youth whose power was still being shown in all these emotions and dreams. I may have been ten or twelve years old, when my father began to take me with him on his walks and reveal to me in his talk his views upon things in the world we live in. Thus it was, on one such occasion, that he told me a story to show me how much better things were now than they had been in his days. ‘When I was a young man,’ he said, ‘I went for a walk one Saturday in the streets of your birthplace; I was well dressed, and had a new fur cap on my head. A Christian came up to me and with a single blow knocked off my cap into the mud and shouted: “Jew! get off the pavement!”’ ‘And what did you do?’ I asked. ‘I went into the roadway and picked up my cap,’ was his quiet reply. This struck me as unheroic conduct on the part of the big, strong man who was holding the little boy by the hand. I contrasted this situation with another which fitted my feelings better: the scene in which Hannibal’s father, Hamilcar Barca*, made his boy swear before the household altar to take vengeance on the Romans. Ever since that time Hannibal had had a place in my phantasies.

Sigmund FreudThe Interpretation Of Dreams (1900), Trad. STRACHEY J. (1955), Basic Books, New York, 2010, p. 218 – 219

Me voici enfin arrivée à l’expérience vécue de ma jeunesse qui aujourd’hui encore manifeste sa puissance dans toutes ces sensations et tous ces rêves. Je devais avoir dans les dix ou douze ans lorsque mon père commença à m’emmener avec lui dans ses promenades et à me confier, pendant nos conversations, ses vues sur les choses de ce monde. C’est ainsi qu’un jour il me fit le récit suivant, pour me montrer combien l’époque où j’étais arrivé au monde était meilleure que la sienne : “Étant encore un homme jeune, j’étais allé me promener dans la rue, le samedi, dans ta ville natale, avec mes beaux habits, un bonnet de fourrure tout neuf sur la tête. Un chrétien survient, envoie voler d’un coup mon bonnet dans la boue en criant : ‘Juif, descends du trottoir !’” “Et qu’as-tu fait ?” “Je suis passé sur la chaussée et j’ai ramassé le bonnet, telle fut sa placide réponse. Cela ne me parut pas héroïque, de la part de l’homme grand et fort qui menait par la main le petit bonhomme que j’étais. À cette situation qui ne me satisfaisait pas, j’en opposais une autre qui correspondait mieux à ma façon de sentir, la scène dans laquelle le père d’Hannibal, Hamilcar Barca*, fait jurer à son petit garçon, devant l’autel domestique, qu’il prendra vengeance des Romains. Depuis lors, Hannibal eu sa place dans mes fantaisies.

Sigmund FreudL’interprétation du rêve (1900), Trad. Coll., PUF, Paris, 2010, p. 234 – 235

*[Footnote added 1909:] In the first edition the name of Hasdrubal appeared instead : a puzzling mistake, which I have explained in my Psychopathology of Everyday Life (1901b), Chapter X (2).

*[Note ajoutée en 19091 Dans la première édition figurait ici le nom: Hasdrubal, erreur déconcertante dont j’ai apporté l’élucidation dans ma «Psychopathologie de la vie quotidienne » [Zur Pychopathologie des Alltagslebens, GW, IV, p. 243 et 245; OCF.P, V. L’erreur, “Hasdrubal au lieu d’Hamilcar, le nom du frère à la place de celui du père”, échappa à Freud « lors de trois corrections d’épreuves”.]

Sigmund FreudL’interprétation du rêve (1900), Trad. Coll., PUF, Paris, 2010, p. 234 – 235

The Interpretation Of Dreams 

B.

Better life after death as a recompense by Sigmund Freud

Religions continue to dispute the undeniable fact of the death of each one of us and to postulate a life after death; civil governments still believe that they cannot maintain moral order among the living if they do not uphold this prospect of a better life after death as a recompense for earthly existence. In our great cities, placards announce lectures which will tell us how to get into touch with the souls of the departed; and it cannot be denied that many of the most able and penetrating minds among our scientific men have come to the conclusion, especially towards the close of their lives, that a contact of this kind is not utterly impossible. Since practically all of us still think as savages do on this topic, it is no matter for surprise that the primitive fear of the dead is still so strong within us and always ready to come to the surface at any opportunity. Most likely our fear still contains the old belief that the deceased becomes the enemy of his survivor and wants to carry him off to share his new life with him. Considering our unchanged attitude towards death, we might rather inquire what has become of the repression, that necessary condition for enabling a primitive feeling to recur in the shape of an uncanny effect. But repression is there, too. All so-called educated people have ceased to believe, officially at any rate, that the dead can become visible as spirits, and have hedged round any such appearances with improbable and remote circumstances; their emotional attitude towards their dead, moreover, once a highly dubious and ambivalent one, has been toned down in the higher strata of the mind into a simple feeling of reverence.

Sigmund Freud, The “Uncanny”, First published in Imago, Bd. V., 1919; reprinted in Sammlung, Fünfte Folge. Translated by Alix Strachey

De nos jours encore, les religions contestent son importance au fait incontestable de la mort individuelle, et elles font continuer l’existence par-delà la fin de la vie ; les autorités publiques ne croiraient pas pouvoir maintenir l’ordre moral parmi les vivants, s’il fallait renoncer à voir la vie terrestre corrigée par un au-delà meilleur ; on annonce sur les colonnes d’affichage de nos grandes villes des conférences qui se proposent de faire connaître comment on peut se mettre en relation avec les âmes des défunts, et il est indéniable que plusieurs des meilleurs esprits et des plus subtils penseurs parmi les hommes de science, surtout vers la fin de leur propre vie, ont estimé que la possibilité à de pareilles communications n’était pas exclue. Comme la plupart d’entre nous pense encore sur ce point comme les sauvages, il n’y a pas lieu de s’étonner que la primitive crainte des morts soit encore si puissante chez nous et se tienne prête à resurgir dès que quoi que ce soit la favorise. Il est même probable qu’elle conserve encore son sens ancien : le mort est devenu l’ennemi du survivant, et il se propose de l’emmener afin qu’il soit son compagnon dans sa nouvelle existence. On pourrait plutôt se demander, vu cette immutabilité de notre attitude envers la mort, où se trouve la condition du refoulement exigible pour que ce qui est primitif puisse reparaître en tant qu’inquiétante étrangeté. Mais elle existe cependant ; officiellement, les soi-disant gens cultivés ne croient plus que les défunts puissent en tant qu’âmes réapparaître à leurs yeux, ils ont rattaché leur apparition à des conditions lointaines et rarement réalisées, et la primitive attitude affective à double sens, ambivalente, envers le mort, s’est atténuée dans les couches les plus hautes de la vie psychique jusqu’à n’être plus que celle de la piété.

Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté, Das Unheimliche, 1919, Essais de psychanalyse appliquée, traduit par M Bonaparte et E Marty

Sigmund Freud, “L’inquiétante étrangeté” in Essais de psychanalyse appliquée (1933), Gallimard, Paris, 1971

S.

Substitutive relation from eye and male member by Sigmund Freud

We may try to reject the derivation of fears about the eye from the fear of castration on rationalistic grounds, and say that it is very natural that so precious an organ as the eye should be guarded by a proportionate dread; indeed, we might go further and say that the fear of castration itself contains no other significance and no deeper secret than a justifiable dread of this kind. But this view does not account adequately for the substitutive relation between the eye and the male member which is seen to exist in dreams and myths and phantasies; nor can it dispel the impression one gains that it is the threat of being castrated in especial which excites a peculiarly violent and obscure emotion, and that this emotion is what first gives the idea of losing other organs its intense colouring. All further doubts are removed when we get the details of their “castration complex” from the analyses of neurotic patients, and realize its immense importance in their mental life.

Sigmund Freud, The “Uncanny”, First published in Imago, Bd. V., 1919; reprinted in Sammlung, Fünfte Folge. Translated by Alix Strachey

On peut tenter, du point de vue rationnel, de nier que la crainte pour les yeux se ramène à la peur de la castration ; on trouvera compréhensible qu’un organe aussi précieux que l’œil soit gardé par une crainte anxieuse de valeur égale, oui, on peut même affirmer, en outre, que ne se cache aucun secret plus profond, aucune autre signification derrière la peur de la castration elle-même. Mais on ne rend ainsi pas compte du rapport substitutif qui se manifeste dans les rêves, les fantasmes et les mythes, entre les yeux et le membre viril, et on ne peut s’empêcher de voir qu’un sentiment particulièrement fort et obscur s’élève justement contre la menace de perdre le membre sexuel et que c’est ce sentiment qui continue à résonner dans la représentation que nous nous faisons ensuite de la perte d’autres organes. Toute hésitation disparaît lorsque, de par l’analyse des névropathes, on a appris à connaître les particularités du « complexe de castration » et le rôle immense que celui-ci joue dans leur vie psychique.

Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté, Das Unheimliche, 1919, Essais de psychanalyse appliquée, traduit par M Bonaparte et E Marty

Sigmund Freud, “L’inquiétante étrangeté” in Essais de psychanalyse appliquée (1933), Gallimard, Paris, 1971

P.

Paranoia : self-reproach as projection by Sigmund Freud

It only remains for me now to employ what has been learned from this case of paranoia for making a comparison between paranoia and obsessional neurosis. In each of them, repression has been shown to be the nucleus of the psychical mechanism, and in each what has been repressed is a sexual experience in childhood. In this case of paranoia, too, every obsession sprang from repression; the symptoms of paranoia allow of a classification similar to the one which has proved justified for obsessional neurosis. Part of the symptoms, once again, arise from primary defence – namely, all the delusional ideas which are characterized by distrust and suspicion and which are concerned with ideas of being persecuted by others. In obsessional neurosis the initial self-reproach has been repressed by the formation of the primary symptom of defence: self-distrust. With this, the self-reproach is acknowledged as justified; and, to weigh against this, the conscientiousness which the subject has acquired during his healthy interval now protects him from giving credence to the self-reproaches which return in the form of obsessional ideas. In paranoia, the self-reproach is repressed in a manner which may be described as projection. It is repressed by erecting the defensive symptom of distrust of other people. In this way the subject withdraws his acknowledgement of the self-reproach; and, as if to make up for this, he is deprived of a protection against the self-reproaches which return in his delusional ideas.

Sigmund Freud, FURTHER REMARKS ON THE NEURO-PSYCHOSES OF DEFENCE (1896), Click to access neuropsyremark.pdf

Il ne me reste plus qu’à utiliser ce que nous a appris ce cas de paranoïa pour une comparaison de la paranoïa et de la névrose obsessionnelle. Dans l’une et dans l’autre, il est montré que le refoulement est le noyau du mécanisme psychique, et le refoulé est dans les deux cas une expérience de l’enfance. Dans ce cas de paranoïa aussi, toute compulsion provient du refoulement ; les symptômes de la paranoïa admettent une classification semblable à celle qui s’est révélée justifiée pour la névrose obsessionnelle. Ici aussi, une partie des symptômes naît de la défense primaire : toutes les idées délirantes de méfiance, de suspicion, de persécution par les autres. Dans la névrose obsessionnelle, le reproche initial a été refoulé par formation du symptôme primaire de défense : la méfiance à l’égard de soi-même. De ce fait, le reproche est reconnu comme justifié ; en compensation, l’importance acquise, pendant l’intervalle sain, par la scrupulosité protège le sujet d’avoir à accorder sa croyance au reproche qui fait retour sous forme de représentations obsédantes. Dans la paranoïa, le reproche est refoulé sur une voie qu’on peut désigner comme projection, et le symptôme de défense qui est érigé est celui de la méfiance à l’égard des autres ; la reconnaissance est ainsi refusée au reproche, et, comme par représailles, il n’existe aucune protection contre les reproches qui font retour dans les idées délirantes.

https://www.biusante.parisdescartes.fr/normastim/biblio/cherici_20150213_01.pdf

Sigmund Freud, “Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense” in Névrose, Psychose et Perversion, PUF, Paris, p. 80

A.

A compromise between illness and health by Sigmund Freud

133

Vienna, 16. 4. 1900. IX. Berggasse 19.

Dr. Sigm. Freud,
Lecturer in Nervous Diseases in the University.


My dear Wilhelm,

Herewith greetings, as arranged, from the land of sunshine.
Once more I have failed to get there….

E. at last concluded his career as a patient by coming to supper in my house. His riddle is almost completely solved, he feels extremely well, and his nature is entirely changed; for the moment a residue of symptoms remains. I am beginning to see that the apparent endlessness of the treatment is something of an inherent feature and is connected with the transference.*

I am hoping

that this residue will not detract from the practical success. I could have continued the treatment if I had wanted to, but it dawned on me that such prolongation is a compromise between illness and health which patients themselves desire, and that the physician must therefore not lend himself to it. I am not in the least worried by the asymptotic conclusion of the treatment; it is more a disappointment to outsiders than any thing else. In any case. I shall keep my eye on the man. As he had to participate in all my technical and theoretical mistakes, I think that another similar case would take only half the time.
May the Lord send it soon…. At the moment I feel some stirrings towards synthesis, I am holding them down.

Otherwise Vienna is Vienna, that is to say extremely revolting. If I closed with “Next Easter in Rome”, I should feel like a pious Jew.**

So until we meet in the summer or autumn, in Berlin or where you will,
Cordial greetings,

Your Sigm.


Mon cher Wilhelm,

Je te salue, comme prévu, du pays du soleil.
Une fois de plus, je n’ai pas réussi à m’y rendre. ….

E. a enfin terminé sa carrière de malade en venant souper chez moi. Son énigme est presque entièrement résolue, il se sent extrêmement bien, et sa nature est entièrement changée ; pour le moment, il reste un résidu de symptômes. Je commence à voir que l’apparente infinité du traitement est une caractéristique inhérente et qu’elle est liée au transfert.*

J’espère

que ce résidu ne nuira pas au succès pratique. J’aurais pu continuer le traitement si je l’avais voulu, mais je me suis rendu compte qu’une telle prolongation est un compromis entre la maladie et la santé que les patients eux-mêmes désirent, et que le médecin ne doit donc pas s’y prêter. La conclusion asymptotique du traitement ne m’inquiète pas le moins du monde ; c’est plus une déception pour les étrangers que toute autre chose. En tout cas. Je garderai un œil sur l’homme. Comme il a dû participer à toutes mes erreurs techniques et théoriques, je pense qu’un autre cas similaire ne prendrait que la moitié du temps.
Que le Seigneur l’envoie bientôt…. En ce moment, je ressens quelques élans vers la synthèse, je les retiens.

Sinon, Vienne est Vienne, c’est-à-dire extrêmement révoltante. Si je terminais par “Pâques prochain à Rome”, je me sentirais comme un juif pieux.

Donc, jusqu’à ce que nous nous rencontrions en été ou en automne, à Berlin ou où vous voulez,


* This is the first insight into the role of transference in psycho-analytic therapy. Freud had been familiar with the difficulties arising from transference pheno mena ever since the days when he still practised hypnotic therapy (see An Auto biographical Study, 1925 d). We know from the Fragment of an Analysis of a Case of Hysteria (1905 e), which gives us information about Freud’s technique during the period when this letter was written, that he had not yet learned technically how to overcome the transference. Freud for the first time developed the theory of the transference in the postscript to that paper. The lack of a complete under standing of the dynamics of the transference accounts for the personal contacts with several of his patients which Freud was having at about this time.

** [At the end of the Passover service orthodox Jews wish each other: “Next year in Jerusalem!”]


Letter from Sigmund Freud to Wilhelm Fliess of the 16th april 1900.

Sigmund Freud, Marie Bonaparte, The Origins of Psychoanalysis: Letters to Wilhelm Fliess, Drafts and Notes, 1887-1902, Basic Books, New-York, 1954

Sigmund Freud, La naissance de la psychanalyse, PUF, Paris, 2009

F.

From a terminable into an interminable task by Sigmund Freud

Unfortunately something else happens as well. In trying to describe this, one can only rely on impressions. Hostility on the one side and partisanship on the other create an atmosphere which is not favourable to objective investigation. It seems that a number of analysts learn to make use of defensive mechanisms which allow them to divert the implications and demands of analysis from themselves (probably by directing them on to other people), so that they themselves remain as they are and are able to withdraw from the critical and corrective influence of analysis. Such an event may justify the words of the writer who warns us that when a man is endowed with power it is hard for him not to misuse it*. Sometimes, when we try to understand this, we are driven into drawing a disagreeable analogy with the effect of X-rays on people who handle them without taking special precautions. It would not be surprising if the effect of a constant preoccupation with all the repressed material which struggles for freedom in the human mind were to stir up in the analyst as well all the instinctual demands which he is otherwise able to keep under suppression. These, too, are ‘dangers of analysis’, though they threaten, not the passive but the active partner in the analytic situation; and we ought not to neglect to meet them. There can be no doubt how this is to be done. Every analyst should periodically – at in tervals of five years or so – submit himself to analysis once more, without feeling ashamed of taking this step. This would mean, then, that not only the therapeutic analysis of patients but his own analysis would change from a terminable into an interminable task.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 249

Il semble ainsi que bon nombre d’analystes apprennent à utiliser des mécanismes de défense qui leur permettent de détourner de leur propre personne des conséquences et exigences de l’analyse, probablement en les dirigeant sur d’autres, si bien qu’ils restent eux-mêmes comme ils sont, et peuvent se soustraire à influence critique et correctrice de l’analyse. Il se peut que ce processus donne raison à l’écrivain lorsqu’il nous rappelle qu’à l’homme à qui échoit la puissance il est bien difficile de ne pas en mésuser*. De temps à autre s’impose, à qui s’efforce de comprendre, l’analogie déplaisante avec l’effet des rayons X, lorsqu’on les manie sans précautions particulières. Il n’y aurait pas lieu de s’étonner si, chez l’analyste lui-même, du fait qu’il s’occupe sans cesse de tout le refoulé qui, dans l’âme humaine, lutte pour sa libération, toutes ces revendications pulsionnelles qu’il peut habituellement maintenir dans l’état de répression soient arrachées à leur sommeil. Ce sont là aussi des « dangers de l’analyse » qui, j à vrai dire, ne menacent pas le partenaire passif, mais le partenaire actif de la situation analytique, et l’on ne devrait pas négliger d’y faire face, De quelle manière, cela ne fait aucun doute. Chaque analyste devrait périodiquement, par exemple tous les cinq ans, se constituer nouveau l’objet de l’analyse, sans avoir honte de cette démarche. Cela signifierait donc que l’analyse personnelle, elle aussi, et pas seulement l’analyse thérapeutique pratiquée sur le malade, deviendrait, de tâche finie, une tâche infinie.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 39

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 39

* Anatole France, La Révolte des Anges (1914), Payot Rivages, Paris, 2010

C.

Conviction of the existence of the unconscious by Sigmund Freud

But where and how is the poor wretch to acquire the ideal qualifications which he will need in his profession? The answer is, in an analysis of himself, with which his preparation for his future activity begins. For practical reasons this analysis can only be short and incomplete. Its main object is to enable his teacher to make a judgement as to whether the candidate can be accepted for further training. It has accomplished its purpose if it gives the learner a firm conviction of the existence of the unconscious, if it enables him, when repressed material emerges, to perceive in himself things which would otherwise be incredible to him, and if it shows him a first sample of the technique which has proved to be the only effective one in analytic work. This alone would not suffice for his instruction; but we reckon on the stimuli that he has received in his own analysis not ceasing when it ends and on the processes of remodelling the ego con tinuing spontaneously in the analysed subject and making use of all subsequent experiences in this newly-acquired sense. This does in fact happen, and in so far as it happens it makes the analysed subject qualified to be an analyst himself.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 248-249

Mais où et comment le pauvre malheureux doit-il acquérir cette aptitude idéale dont il aura besoin dans ce métier ? La réponse sera: dans l’analyse personnelle, par laquelle commence sa préparation à sa future activité. Pour des raisons pratiques, celle-ci ne peut être que brève et incomplète; son but majeur est de donner au maître la possibilité de juger si le candidat peut être admis à poursuivre sa formation. Sa tâche est accomplie si elle apporte à l’apprenti la ferme conviction de l’existence de l’inconscient, si elle lui procure lors de l’émergence du refoulé les perceptions de soi sans cela non crédibles et si, sur un premier échantillon, elle lui indique la technique qui est la seule à avoir fait ses preuves dans l’activité analytique. Cela seul ne suffirait pas à son instruction, mais on escompte que les incitations contenues dans l’analyse personnelle ne prendront pas fin avec l’arrêt de celle-ci, que les procès de remaniement du moi se poursuivront spontanément chez l’analysé et qu’ils utiliseront toutes les expériences à venir dans le sens nouvellement acquis. C’est en effet ce qui se produit et, dans la mesure où cela produit, cela rend l’analysé apte à être analyste.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 38-39

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 38-39

A.

Analytic relationship is based on a love of truth by Sigmund Freud

It cannot be disputed that analysts in their own personalities have not invariably come up to the standard of psychical normality to which they wish to educate their patients. Opponents of analysis often point to this fact with scorn and use it as an argument to show the uselessness of analytic exertions. We might reject this criticism as making unjustifiable demands. Analysts are people who have learned to practise a particular art; alongside of this, they may be allowed to be human beings like anyone else. After all, nobody maintains that a physician is incapable of treating internal diseases if his own internal organs are not sound; on the contrary, it may be argued that there are certain advantages in a man who is himself threatened with tuberculosis specializing in the treatment of persons suf fering from that disease. But the cases are not on all fours. So long as he is capable of practising at all, a doctor suffering from disease of the lungs or heart is not handicapped either in diagnosing or treating internal complaints; whereas the special conditions of analytic work do actually cause the analyst’s own defects to interfere with his making a correct assessment of the state of things in his patient and reacting to them in a useful way. It is therefore reasonable to expect of an analyst, as a part of his qualifications, a considerable degree of mental normality and correctness. In addition, he must possess some kind of superiority, so that in certain analytic situations he can act as a model for his patient and in others as a teacher. And finally we must not forget that the analytic relationship is based on a love of truth – that is, on a recognition of reality – and that it precludes any kind of sham or deceit.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 247-248

Il est incontestable que les analystes n’ont pas complètement atteint, dans leur personnalité, le degré de normalité psychique auquel ils veulent éduquer leurs patients. Des adversaires de l’analyse ont coutume de relever cet état de fait en ricanant et d’en tirer argument pour conclure à l’inutilité des efforts analytiques. On pourrait rejeter cette critique comme une exigence injustifiée. Les analystes sont des personnes qui ont appris à exercer un art défini et ont par ailleurs le droit d’être des hommes tout comme d’autres. On n’a pourtant pas coutume d’affirmer que quelqu’un n’est pas bon à faire un médecin des maladies internes si ses organes internes ne sont pas sains; on peut au contraire trouver certains avantages à ce que quelqu’un, menacé lui-même de tuberculose, se spécialise dans le traitement des tuberculeux. Mais les cas ne se recouvrent pas. Le médecin malade des poumons ou du cœur, dans toute la mesure où il est resté apte à remplir sa fonction, n’est handicapé par son état de malade ni dans le diagnostique ni dans la thérapie des maux internes, alors que l’analyste, par suite des conditions particulières du travail analytique, est vraiment perturbé par ses propres déficiences quand il s’agit d’appréhender exactement la situation du patient et d’y réagir de manière appropriée. C’est donc à bon escient qu’on exigera de l’analyste, comme étant une part de ce qui atteste sa qualification, un assez haut degré de normalité et de rectitude animiques; à cela s’ajoute qu’il a, en outre, besoin d’une certaine supériorité pour agir sur le patient comme modèle dans certaines situations analytiques, comme maître dans d’autres. Et, enfin, il ne faut pas oublier que la relation analytique est fondée sur l’amour de la vérité, c-a-d. sur la reconnaissance de la réalité, et qu’elle exclut tout semblant et tout leurre.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 37-38

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 37-38

T.

Two primal instincts-Eros and the death-instinct by Sigmund Freud

Here we are dealing with the ultimate things which psychological research can learn about; the behaviour of the two primal instincts, their distribution, mingling and defusion things which we cannot think of as being confined to a single province of the mental apparatus, the id, the ego or the superego. No stronger impression arises from the resistances during the work of analysis than of there being a force which is defending itself by every possible means against recovery and which is resolved to hold on to illness and suffering. One portion of this force has been recognized by us, undoubt edly with justice, as the sense of guilt and need for punishment, and has been localized by us in the ego’s relation to the superego. But this is only the portion of it which is, as it were, psychically bound by the superego and thus becomes recognizable; other quotas of the same force, whether bound or free, may be at work in other, unspecified places. If we take into consideration the total picture made up of the phenomena of masochism immanent in so many people, the negative therapeutic reaction and the sense of guilt found in so many neurotics, we shall no longer be able to adhere to the belief that mental events are exclusively governed by the desire* for pleasure. These phenomena are unmistakable indications of the presence of a power in mental life which we call the instinct of aggression or of destruction according to its aims, and which we trace back to the original death instinct of living matter. It is not a question of an antithesis between an optimistic and a pessimistic theory of life. Only by the concurrent or mutually opposing action of the two primal instincts-Eros and the death-instinct, never by one or the other alone, can we explain the rich multiplicity of the phenomena of life.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 242-243

Il s’agit ici du dernier point que l’exploration psychologique puisse de toute façon reconnaître, le comportement des deux pulsions originaires, leur répartition, mélange et démixtion, choses qu’il ne faut pas représenter limitées à une seule et unique province de l’appareil animique – ça, moi et surmoi. Il n’est pas d’impression émanant des résistances lors du travail analytique qui soit plus puissante que celle donnée par une force qui se défend par tous les moyens contre la guérison et veut absolument rester attachée à la maladie et à la souffrance. Une part de cette force, nous l’avons, sans aucun doute à bon droit, identifiée comme conscience de culpabilité et besoin de punition, et localisée dans le rapport du moi au surmoi. Mais il s’agit que de cette part qui est en quelque sorte psychiquement liée par le surmoi et devient de cette façon connaissable; d’autres montants de cette même force doivent être à l’œuvre, on ne sait trop où, sous une forme liée ou libre. Si l’on considère dans son ensemble le tableau dans lequel se regroupent les manifestations du masochisme immanent de tant de personnes, celles de la réaction thérapeutique négative et de la conscience de culpabilité des névrosés, on ne pourra plus adhérer à la croyance que l’advenir animique est exclusivement dominé par la tendance* au plaisir. Ces phénomènes sont des indices impossibles à méconnaître de l’existence dans la vie d’âme d’une puissance que d’après ses buts nous appelons pulsion d’agression ou de destruction et que nous faisons dériver de la pulsion de mort originelle de la matière douée de vie. Il n’est pas question d’une opposition entre une théorie de vie optimiste et une théorie pessimiste; seule l’action conjointe et antagoniste des deux pulsions originaires, Eros et pulsion de mort, explique la bigarrure des manifestations de la vie, jamais une seule d’entre elles.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 32-33

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 32-33

*Translation Note :
What Strachey translated into “desire” was bring to french as “tendance” – a trend.
In the source text in German – Sigmund Freud, Internationale zeitschrift für psychoanalyse XXIII (2) (1937), p. 232,
the word is “Luststreben” : which may mean “aspiration for pleasure”. Here is the german sentence :

Hält man sich das Bild in seiner Gesamtheit vor, zu dem sich die Erscheinungen des immanenten Masochismus so vieler Personen, der negativen therapeutischen Reaktion und des Schuldbewußtseins der Neurotiker zusammensetzen, so wird man nicht mehr dem Glauben anhängen können, daß das seelische Geschehen aus schließlich vom Luststreben beherrscht wird.

D.

Dangers which no longer exist in reality by Sigmund Freud

More over, these mechanisms are not relinquished after they have assisted the ego during the difficult years of its development. No one individual, of course, makes use of all the possible mechanisms of defence. Each person uses no more than a selection of them. But these become fixated in his ego. They become regular modes of reaction of his character, which are repeated throughout his life whenever a situation occurs that is similar to the original one. This turns them into infantilisms, and they share the fate of so many institutions which attempt to keep themselves in existence after the time of their usefulness has passed. “Vernunft wird Unsinn, Wohltat Plage”* as the poet complains. The adult’s ego, with its increased strength, continues to defend itself against dangers which no longer exist in reality; indeed, it finds itself compelled to seek out those situations in reality which can serve as an approximate substitute for the original danger, so as to be able to justify, in relation to them, its maintaining its habitual modes of reaction. Thus we can easily understand how the defensive mechanisms, by bringing about an ever more extensive alienation from the external world and a permanent weakening of the ego, pave the way for, and encourage, the outbreak of neurosis.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 237-238

De plus, ces mécanismes ne sont pas congédiés après avoir tiré le moi d’embarras dans les dures années de son développement. Chaque per sonne n’utilise naturellement pas tous les mécanismes de défense possibles, mais se contente de faire un certain choix parmi eux; toutefois ceux-ci se fixent dans le moi, ils deviennent des modes de réaction réguliers du caractère, qui se répètent durant toute une vie, aussi sou vent que fait retour une situation semblable à la situation d’origine. De ce fait, ils deviennent des infantilismes, partageant le destin de tant d’institutions qui tendent à se maintenir au-delà du temps où elles étaient utiles. «La raison devient non-sens, le bienfait calamité»*, comme le déplore le poète. Le moi renforcé de l’adulte continue à se défendre contre des dangers qui n’existent plus dans la réalité, il se trouve même poussé à aller rechercher ces situations de la réalité qui peuvent plus ou moins remplacer le danger d’origine afin de pouvoir justifier à leur contact qu’il reste attaché aux modes de réaction habituels Par là il devient facile de comprendre comment les mécanismes de défense, par un étrangement de plus en plus envahissant à l’égard du monde extérieur et par un affaiblissement durable du moi, préparent et favorisent l’éruption de la névrose.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 27

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 24

*Goethe, Faust, Part 1, Scène 4.

A.

A text that aroused no suspicion by Sigmund Freud

Let us imagine what might have happened to a book, at a time when books were not printed in editions but were written out individually. We will suppose that a book of this kind contained statements which in later times were regarded as undesirable-as, for instance, according to Robert Eisler (1929), the writings of Flavius Josephus must have contained passages about Jesus Christ which were offensive to later Christendom. At the present day, the only defensive mechanism to which the official censorship could resort would be to confiscate and destroy every copy of the whole edition. At that time, however, various methods were used for making the book innocuous. One way would be for the offending passages to be thickly crossed through so that they were illegible. In that case they could not be transcribed, and the next copyist of the book would produce a text which was unexceptionable but which had gaps in certain passages, and so might be un intelligible in them. Another way, however, if the authorities were not satisfied with this, but wanted also to conceal any indication that the text had been mutilated, would be for them to proceed to distort the text. Single words would be left out or replaced by others, and new sentences interpolated. Best of all, the whole passage would be erased and a new one which said exactly the opposite put in its place. The next transcriber could then produce a text that aroused no suspicion but which was falsified. It no longer contained what the author wanted to say; and it is highly probable that the corrections had not been made in the direction of truth.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, p. 236

Que l’on pense donc aux destins possibles d’un livre à l’époque où les livres ne faisaient pas encore l’objet d’éditions imprimées, mais étaient écrits un par un. Supposons qu’un tel livre contienne des données qui seront considérées comme non souhaitables en des temps ultérieurs. Comme, par exemple, selon Robert Eisler*, les écrits de Flavius Joseph** doivent avoir contenu des passages sur Jésus-Christ dont la chrétienté ultérieure se scandalisa. La censure officielle n’appliquerait pas, de nos jours, d’autre mécanisme de défense que la confiscation et la destruction de chaque exemplaire de toute l’édition. À l’époque, on appliquait différentes méthodes pour rendre le texte inoffensif. Tantôt l’on barrait d’un trait épais les passages scandaleux de sorte qu’ils étaient illisibles, aussi ne pouvaient ils dès lors être recopiés, et le copiste suivant du livre fournissait un texte irréprochable, mais lacunaire en certains passages, et peut-être là incompréhensible. Tantôt on ne se contentait pas de cela, on voulait aussi éviter ce qui signifiait une mutilation du texte; on en venait alors à déformer le texte. On omettait telles ou telles paroles ou on les remplaçait par d’autres, on insérait de nouvelles phrases; dans le meilleur des cas on faisait sauter tout le passage et on lui en substituait un autre qui disait exactement le contraire. Le premier à recopier ensuite le livre pouvait alors établir un texte non suspect, qui était néanmoins falsifié ; il ne conte nait plus ce que l’auteur avait voulu communiquer et, très vraisemblable ment, il n’avait pas été corrigé dans un souci de vérité.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 25-26

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, pp. 25-26

* Robert Eisler (1882-1949) : Jesus Basileus. Religionswissenschaftliche Bibliothek, fondée par W. Streitberg, t. 9, Heidelberg, chez Karl Winter, 1929

** Flavius Joseph, Historien juif (37 ou 38 – v. 100), auteur des Antiquitates Judaicae

N.

Normality in general : an ideal fiction by Sigmund Freud

As is well known, the analytic situation consists in our allying ourselves with the ego of the person under treatment, in order to subdue portions of his id which are uncontrolled-that is to say to include them in the synthesis of his ego. The fact that a co-operation of this kind habitually fails in the case of psychotics affords us a first solid footing for our judgement. The ego, if we are to be able to make such a pact with it, must be a normal one. But a normal ego of this sort is, like normality in general, an ideal fiction. The abnormal ego, which is unserviceable for our purposes, is unfortunately no fiction. Every normal person, in fact, is only normal on the average. His ego approximates to that of the psychotic in some part or other and to a greater or lesser extent; and the degree of its remoteness from one end of the series and of its proximity to the other will furnish us with a provisional measure of what we have so indefinitely termed an ‘alteration of the ego’.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, p. 235

La situation analytique consiste, comme on sait, en ce que nous nous alliions au moi de la personne objet pour soumettre les parts non dominées de son ça, donc pour les intégrer dans la synthèse du moi. Le fait qu’une telle collaboration échoue régulièrement chez le psychotique confère à notre jugement un premier point d’appui. Le moi avec lequel nous pouvons conclure un tel pacte doit être un moi normal. Mais un tel moi-normal est, comme la normalité en général, une fiction d’idéal. Le moi anormal, inutilisable pour nos visées, n’en est malheureusement pas une. Toute personne normale n’est en fait que moyennement normale, son moi se rapproche de celui du psychotique dans telle ou telle partie, dans une plus ou moins grande mesure, et le degré d’éloignement par rapport à l’une des extrémités de la série et de rapprochement par rapport à l’autre nous servira provisoirement de mesure pour cette modification du moi caractérisée de façon si imprécise.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 24

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 24

T.

They make no use of the new knowledge by Sigmund Freud

The reader is ‘stimulated’ only by those passages which he feels apply to himself — that is, which concern conflicts that are active in him at the time. Everything else leaves him cold. We can have analogous experiences, I think, when we give children sexual enlightenment. I am far from maintaining that this is a harmful or unnecessary thing to do, but it is clear that the prophylactic effect of this liberal measure has been greatly over-estimated. After such enlightenment, children know something they did not know before, but they make no use of the new knowledge that has been presented to them. We come to see that they are not even in so great a hurry to sacrifice for this new knowledge the sexual theories which might be described as a natural growth and which they have constructed in harmony with, and dependence on, their imperfect libidinal organization-theories about the part played by the stork, about the nature of sexual intercourse and about the way in which babies are made. For a long time after they have been given sexual enlightenment they behave like primitive races who have had Christianity thrust upon them and who continue to worship their old idols in secret.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 223 – 234

Le lecteur n’est «ému » qu’aux passages où il se sent atteint, ceux donc qui concernent les conflits actuellement à l’œuvre en lui. Tout le reste le laisse froid. J’estime que l’on peut faire des expériences analogues quand on donne des éclaircissements sexuels aux enfants. Je suis bien loin d’affirmer que ce soit là une démarche nocive ou superflue, mais on a manifestement beaucoup surestimé l’effet préventif de cette mesure libérale. Les enfants savent maintenant quelque chose qu’ils ne savaient pas jusqu’ici, mais ils ne font rien de ces connaissances nouvelles qui leur ont été offertes. On se convainc qu’ils ne sont pas le moins du monde disposés à leur sacrifier si vite ces théories sexuelles – on aimerait dire : à l’état naturel – qu’ils ont formées en accord avec leur organisation libidinale incomplète et sous la dépendance de celle-ci, sur le rôle de la cigogne, sur la nature du commerce sexuel, sur la façon dont arrivent les enfants. Longtemps encore après avoir reçu les éclaircissements sexuels, ils se conduisent comme les primitifs auxquels on a imposé le christianisme et qui continuent, en secret, à vénérer leurs vieilles idoles

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 23

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 23

W.

Whether the dragons of primaeval days are really extinct by Sigmund Freud

Our first account of the development of the libido was that an original oral phase gave way to a sadistic-anal phase and that this was in turn succeeded by a phallic-genital one. Later research has not contradicted this view, but it has corrected it by adding that these replacements do not take place all of a sudden but gradually, so that portions of the earlier organization always persist alongside of the more recent one, and even in normal development the transformation is never complete and residues of earlier libidinal fixations may still be retained in the final configuration. The same thing is to be seen in quite other fields. Of all the erroneous and superstitious beliefs of mankind that have supposedly been surmounted there is not one whose residues do not live on among us today in the lower strata of civilized peoples or even in the highest strata of cultural society. What has once come to life clings tenaciously to its existence. One feels inclined to doubt sometimes whether the dragons of primaeval days are really extinct.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 229

Si, dars notre description du développement libidinal, nous avons énoncé qu’une phase orale originelle faisait place à la phase sadique-anale et celle-ci à la phase phallique-génitale, la recherche ultérieure n’y a sans doute pas contredit, mais a ajouté en correctif que ces substitutions ne s’effectuent pas brusquement mais progressivement, de sorte qu’à tout moment des fragments de l’organisation antérieure subsistent à côté de la plus récente et que, même dans le développement normal, la transformation ne se fait jamais complètement, de sorte que des restes des fixations libidinales antérieures peuvent se trouver maintenus jusque dans la configuration définitive. Nous voyons la même chose dans de tout autres domaines. Il n’est aucune des croyances erronées et superstitieuses de l’humanité, prétendument surmontées, dont il ne survive aujourd’hui parmi nous des restes dans les couches plus ou moins profondes des peuples de la culture ou même dans les couches supérieures de la société de la culture. Ce qui une fois est venu à la vie entend s’affirmer avec ténacité. On pourrait parfois douter que les dragons des temps originaires soient vraiment morts jusqu’au dernier.

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 18

Sigmund FreudL’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 18

W.

We neglected the economic line by Sigmund Freud

The result is always the same, and it underlines the irresistible power of the quantitative factor in the causation of illness.
I feel as though I ought to be ashamed of so much ponderous exposition, seeing that everything I have said has long been familiar and self-evident. It is a fact that we have always behaved as if we knew all this; but, for the most part, our theoretical concepts have neglected to attach the same importance to the economic line of approach as they have to the dynamic and topographical ones. My excuse is therefore that I am drawing attention to this neglect.

Sigmund Freud, “Analysis Terminable and Interminable” (1937), Standard Edition Vol XXIII, Trans. James Strachey, The Hogarth Press, London, 1964, pp. 226 – 227

Le résultat est chaque fois le même, il confirme la puissance irrésistible du facteur quantitatif dans la causation de la maladie.
J’ai ici l’impression que je devrais avoir honte de toutes ces discussions pesantes, ce qu’elles disent étant connu depuis longtemps et allant de soi. Effectivement nous nous sommes toujours comportés comme si nous savions cela, à ceci près que dans nos représentations théoriques nous avons négligé la plupart du temps de tenir compte du point de vue économique dans la même mesure que des points de vue dynamique et topique. Je m’en excuse donc en remettant en mémoire cette négligence.

Sigmund Freud, L’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 15

Sigmund Freud, L’analyse finie et l’analyse infinie (1937), PUF, Paris, 2021, p. 15

F.

From ideal ego to ego ideal by Sigmund Freud

This ideal ego is now the target of the self-love which was enjoyed in childhood by the actual ego. The subject’s narcissism makes its appearance displaced on to this new ideal ego, which, like the infantile ego, finds itself possessed of every perfection that is of value. As always where the libido is concerned, man has here again shown himself incapable of giving up a satisfaction he had once enjoyed. He is not willing to forgo the narcissistic perfection of his childhood; and when, as he grows up, he is disturbed by the admonitions of others and by the awakening of his own critical judgement, so that he can no longer retain that perfection, he seeks to recover it in the new form of an ego ideal. What he projects before him as his ideal is the substitute for the lost narcissism of his childhood in which he was his own ideal.

Sigmund FreudOn Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

C’est sur ce moi idéal que vient maintenant se porter l’amour de soi-même dont le moi réel jouissait pendant l’enfance. Le narcissisme apparaît s’être déplacé sur ce nouveau moi idéal qui, comme le moi infantile, se trouve en possession de toutes les précieuses perfections. L’être humain s’est révélé, comme c’est chaque fois le cas dans le domaine de la libido, incapable de renoncer à la satisfaction dont il a joui une fois. Il ne veut pas être privé de la perfection narcissique de son enfance et s’il n’est pas parvenu à la conserver, parce qu’il a été perturbé au cours de son développement par des rappels à l’ordre et que son jugement s’est éveillé, il cherche à la regagner sous la nouvelle forme de l’idéal du moi. Ce qu’il projette devant lui comme son idéal n’est que le substitut du narcissisme perdu de son enfance où il était son propre idéal.

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p. 54-55-+

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme (1914). Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p. 54-55

I.

Ideal would be the conditioning factor of repression by Sigmund Freud

Repression, we have said, proceeds from the ego; we might say with greater precision that it proceeds from the self-respect of the ego. The same impressions, experiences, impulses and desires that one man indulges or at least works over consciously will be rejected with the utmost indignation by another, or even stifled before they enter consciousness. The difference between the two, which contains the conditioning factor of repression, can easily be expressed in terms which enable it to be explained by the libido theory. We can say that the one man has set up an ideal in himself by which he measures his actual ego, while the other has formed no such ideal. For the ego the formation of an ideal would be the conditioning factor of repression.

Sigmund FreudOn Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

Le refoulement, avons-nous dit, part du moi; nous pourrions préciser: de l’estime de soi qu’a le moi. Les mêmes impressions, expériences vécues, impulsions, motions de désir, que tel être humain laisse se développer en lui, ou, tout du moins, élabore consciemment, sont rejetées par tel autre avec une grande indignation ou déjà étouffée avant même qu’elles n’accèdent à la conscience Mais la différence entre les deux, qui constitue la condition du refoulement, peut être saisie facile ment par la théorie de la libido en des termes qui permettent d’en avoir la maîtrise. Nous pouvons dire que l’un a érigé en lui un idéal à l’aune duquel il évalue son moi actuel, tandis qu’il manque à l’autre une telle formation d’idéal. La formation de l’idéal serait, du côté du moi, la condition du refoulement.

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p. 53-54

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme (1914). Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p. 53 – 54

D.

Difference between paraphrenic affections and the transference neuroses by Sigmund Freud

The difference between paraphrenic affections and the transference neuroses appears to me to lie in the circumstance that, in the former, the libido that is liberated by frustration does not remain attached to objects in phantasy, but withdraws on to the ego. Megalomania would accordingly correspond to the psychical mastering of this latter amount of libido, and would thus be the counterpart of the introversion on to phantasies that is found in the transference neuroses; a failure of this psychical function gives rise to the hypochondria of paraphrenia and this is homologous to the anxiety of the transference neuroses. We know that this anxiety can be resolved by further psychical working-over, i.e. by conversion, reaction-formation or the construction of protections (phobias). The corresponding process in paraphrenics is an attempt at restoration, to which the striking manifestations of the disease are due.

Sigmund FreudOn Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

Je situe la différence entre ces affections et les névroses de transfert dans le fait que la libido libérée par la frustration ne se maintient pas dans les objets du fantasme mais se retire sur le moi. Le délire des grandeurs correspond alors à la maîtrise psychique de cette quantité de libido, donc à l’introversion sur des formations de fantasme dans les névroses de transfert; l’hypochondrie de la paraphrénie, qui est l’homologue de l’angoisse des névroses de transfert, prend sa source dans la défaillance de cette action psychique. Nous savons que cette angoisse peut être relayée par une élaboration psychique ultérieure, c’est-à-dire par conversion, formation réactionnelle, formation de protection (phobie). Dans les paraphrénies, cette fonction est occupée par la tentative de restitution, à laquelle nous devons les symptômes les plus voyants de la maladie.

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.42

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.42

M.

Megalomania fails the damming-up of libido in the ego by Sigmund Freud

Working them over in the mind helps remarkably towards an internal draining away of excitations which are incapable of direct discharge outwards, or for which such a discharge is for the moment undesirable. In the first instance, however, it is a matter of indifference whether this internal process of working-over is carried out upon real or imaginary objects. The difference does not appear till later—if the turning of the libido on to unreal objects (introversion) has led to its being dammed up. In paraphrenics, megalomania allows of a similar internal working-over of libido which has returned to the ego; perhaps it is only when the megalomania fails that the damming-up of libido in the ego becomes pathogenic and starts the process of recovery which gives us the impression of being a disease.

Sigmund FreudOn Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

L’élaboration psychique fait un travail extraordinaire pour la dérivation interne des excitations qui ne sont pas capables de trouver une décharge extérieure immédiate ou pour lesquelles une telle décharge ne serait pas sur le champ. Concernant une telle élaboration interne il est d’abord indifférent de savoir qu’elle ait lieu sur des objets réels ou bien imaginés. La différence n’apparaît que plus tard, lorsque le retournement de la libido sur les objets irréels (introversion) a conduit à une stase de la libido. Le délire des grandeurs permet chez les paraphrènes un semblable remaniement interne de la libido revenue dans le moi. Peut-être que la stase de la libido dans le moi ne devient pathogène qu’après l’échec de ce délire des grandeurs et anime le processus de guérison qui nous apparaît comme maladie.

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.41-42

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.41-42

W.

We must begin to love in order not to fall ill by Sigmund Freud

Here we may even venture to touch on the question of what makes it necessary at all for our mental life to pass beyond the limits of narcissism and to attach the libido to objects. The answer which would follow from our line of thought would once more be that this necessity arises when the cathexis of the ego with libido exceeds a certain amount. A strong egoism is a protection against falling ill, but in the last resort we must begin to love in order not to fall ill, and we are bound to fall ill if, in consequence of frustration, we are unable to love.

Sigmund FreudOn Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

À partir de là, on peut même se risquer à aborder la question de savoir d’où provient donc la contrainte, pour la vie de l’âme, à aller au-delà des limites du narcissisme et à placer la libido sur les objets? La réponse qui découle de notre cheminement intellectuel dirait à son tour que cette contrainte apparaît lorsque l’investissement du moi en libido a dépassé une certaine mesure. Un solide égoïsme protège de la maladie mais, à la fin, il faut se mettre à aimer pour ne pas tomber malade, et on tombe nécessairement malade lorsque, à la suite d’une impossibilité, on ne peut aimer.

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.40-41

Sigmund FreudPour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.40-41

S.

Science foundation is observation alone by Sigmiund Freud

It is true that notions such as that of an ego-libido, an energy of the ego-instincts, and so on, are neither particularly easy to grasp, nor sufficiently rich in content; a speculative theory of the relations in question would begin by seeking to obtain a sharply defined concept as its basis. But I am of opinion that that is just the difference between a speculative theory and a science erected on empirical interpretation. The latter will not envy speculation its privilege of having a smooth, logically unassailable foundation, but will gladly content itself with nebulous, scarcely imaginable basic concepts, which it hopes to apprehend more clearly in the course of its development, or which it is even prepared to replace by others. For these ideas are not the foundation of science, upon which everything rests: that foundation is observation alone. They are not the bottom but the top of the whole structure, and they can be replaced and discarded without damaging it. The same thing is happening in our day in the science of physics, the basic notions of which as regards matter, centres of force, attraction, etc., are scarcely less debatable than the corresponding notions in psychoanalysis.

Sigmund Freud, On Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

Assurément des représentations comme celle d’une libido du moi, énergie des pulsions du moi, etc., ne sont ni particulièrement claires à concevoir ni suffisamment consistantes. Une théorie spéculative des relations en aurait pour tâche principale d’apporter une définition précise qui serve de fondement. Pourtant, voilà, à mon avis, précisément la différence entre une théorie spéculative et une science édifiée sur l’interprétation de l’empirique. Cette dernière ne va pas disputer à la démarche spéculative le privilège de s’être fondée sans difficultés et d’être inattaquable d’un point de vue logique, mais au contraire se contenter volontiers de pensées fondamentales floues et évanescentes, que l’on a peine à se représenter, qu’elle espère pouvoir saisir plus clairement au cours de son développement et qu’elle est même aussi éventuellement prête à échanger contre d’autres. Ces idées ne sont pas en effet le fondement de la science sur lequel tout repose; ce fondement c’est bien plutôt l’observation seule. Elles ne son pas le soubassement mais le faîte de tout l’édifice et peuvent être remplacées et enlevées sans dommage Nous vivons actuellement une expérience similaire avec la physique, dont les conceptions fondamentales sur la matière, les centres de force, l’attraction et ainsi de suite sont à peine moins sujettes à caution que les conceptions correspondantes en psychanalyse.

Sigmund Freud, Pour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.27-28

Sigmund Freud, Pour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.27-28

C.

Child keeps secret his parents castration by David Bernard

Why then does the child keep his question quiet, secret? For the reason, Freud demonstrates, he wishes to believe in his parents, and thus, to veil their impotence, another name for the castration of the parental Other, of the bar on the Other. To account for this, let us note in fact that this moment when the child takes the measure of the lack of response in the Other, will be for him a moment of strong discomfort. Here, for the first time, his belief in the Other wavers. Freud will have insisted on it on many occasions: “The child had until then recognized in his parents the only authority and the source of all belief “*.

Pourquoi donc l’enfant garde tue, au secret, sa question? Pour la raison, démontre Freud, qu’il désire croire en ses parents, et donc, voiler leur impuissance, autre nom de la castration de l’Autre parental de la barre sur l’Autre. Pour en rendre compte, remarquons en effet que ce moment où l’enfant prendra la mesure du manque de réponse dans l’Autre, sera pour lui un moment de forte déconvenue. Ici, pour la première fois, sa croyance en l’Autre vacille. Freud y aura insisté à de multiples reprises :”L’enfant avait jusque-là reconnu dans ses parents l’unique autorité et la source de toute croyance”*

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 145

Sigmund Freud, “Les explications sexuelles données aux enfants” in La vie sexuelle, PUF, Paris, 1997, p11

S.

Shame of a fantasy by David Bernard

The shameful lining of the subject will thus be another name for his fantasy. Shame is first of all the shame of a fantasy. Freud will have noticed this in his practice. The neurotic is ashamed of his fantasies, to the point that in the treatment, he resists confessing them. He mentions this in his article A Child is Being Beaten: “The confession of this fantasy is only made hesitantly, the memory of its first appearance is uncertain, an unequivocal resistance opposes the analytical treatment of this object, shame and feelings of guilt are perhaps more strongly felt on this occasion than during similar communications concerning the first memories of sexual life”*. Freud, in an earlier text, was even more precise: “The adult is ashamed of his fantasies and hides them from others, he cultivates them as his most personal intimate life; as a general rule, he would prefer to confess his failings rather than communicate his fantasies. It may happen that for this reason he believes himself to be the only one to create such fantasies, and that he does not sense the universal diffusion of quite similar creations in others”**.

La doublure honteuse du sujet sera donc un autre nom de son fantasme. La honte est d’abord, honte d’un fantasme. Freud l’aura constaté dans sa pratique. Le névrosé a honte de ses fantasmes, au point que dans la cure, il résiste à les avouer. Il le mentionne dans son article Un enfant est battu: «L’aveu de ce fantasme n’est consenti qu’avec hésitation, le souvenir de sa première apparition est incertain, une résistance sans équivoque s’oppose au traitement analytique de cet objet, honte et senti ment de culpabilité s’émeuvent à cette occasion peut-être avec plus de force que lors de communications semblables portant sur les premiers souvenirs de la vie sexuelle”*. Freud toujours, dans un texte antérieur, était plus précis encore: “L’adulte a honte de ses fantaisies et les dissimule aux autres, il les cultive comme sa vie intime la plus personnelle; en règle générale, il préfèrerait confesser ses manquements plutôt que de communiquer ses fantaisies. Il peut arriver que pour cette raison, il se croie le seul à forger de telles fantaisies, et qu’il ne pressente rien de la diffusion universelle de créations tout à fait analogues chez d’autres”**.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologie, Editions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 55

Quoting :

* Sigmund Freud, “Un enfant est battu” in Névrose, psychose et perversion, Paris, Puf, 1973, p. 219

** Sigmund Freud, “l’inquiétante étrangeté” in L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Folio/ Gallimard, 1985, p. 36.

I.

I no longer believe in my neurotica by Sigmund Freud

Let me tell you straight away the great secret which has been slowly dawning on me in recent months. I no longer believe in my neurotica. That is hardly intelligible without an explanation; you yourself found what I told you credible. So I shall start at the beginning and tell you the whole story of how the reasons for rejecting it arose. The first group of factors were the continual disappointment of my attempts to bring my analyses to a real conclusion, the running away of people who for a time had seemed my most favourably inclined patients, the lack of the complete success on which I had counted, and the possibility of explaining my partial successes in other, familiar, ways. Then there was the astonishing thing that in every case . . . blame was laid on perverse acts by the father, and realization of the unexpected frequency of hysteria, in every case of which the same thing applied, though it was hardly credible that perverted acts against children were so general*.

Sigmund Freud, The Origins of Psycho-analysis. Letters to Wilhelm Fliess, Drafts and Notes: 1887–1902, Edited by Marie Bonaparte, Anna Freud, Ernst Kris. Authorised translation by Eric Mosbacher and James Strachey. Imago Publishing Co. Ltd., London, 1954, p.216

*Footnote : Freud’s attention had for months past been directed to the study of infantile
phantasy; he had studied the dynamic function of phantasy and gained lasting insights into this field. See pp. 204 and 207 and Letter 62 sqq. He had drawn near to the Oedipus complex, in which he recognized the aggressive impulses of children directed against their parents, but had still remained faithful to his belief in the reality of the seduction scenes. It seems reasonable to assume that it was only the self-analysis of this summer that made possible rejection of the seduction hypothesis.

Footnote by James Strachey

Il faut que je te confie tout de suite le grand secret qui, au cours de ces derniers mois, s’est lentement révélé. Je ne crois plus à ma neurotica (théorie des névroses), ce qui ne saurait être compris sans explication ; tu avais toi-même trouvé plausible ce que je t’avais dit. Je vais donc commencer par le commencement et t’exposer la façon dont se sont présentés les motifs de ne plus y croire. Il y eut d’abord les déceptions répétées que je subis lors de mes tentatives pour pousser mes analyses jusqu’à leur véritable achèvement, la fuite des gens dont le cas semblait le mieux se prêter à ce traitement (la psychanalyse), l’absence du succès total que j’escomptais et la possibilité de m’expliquer autrement, plus simplement, ces succès partiels, tout cela constituant un premier groupe de raisons. Puis, aussi la surprise de constater que, dans chacun des cas, il fallait accuser le père , et ceci sans exclure le mien, de perversion, la notion de la fréquence inattendue de l’hystérie où se retrouve chaque fois la même cause déterminante, alors qu’une telle généralisation des actes pervers commis envers des enfants semblait peu croyable.

Sigmund Freud, “Lettre du 21 septembre 1897” in Lettres à Wilhelm Fliess, 1887-1904, PUF, Paris, 2015
T.

The subject is a text by Gayatri Chakravorty Spivak

Further, I am attempting to borrow the general methodological aura of Freud‘s strategy toward the sentence* he construed as a sentence out of the many similar substantive accounts his patients gave him. This does not mean I will offer a case of transference-in-analysis as an isomorphic model for the transaction between reader and text (my sentence**). The analogy between transference and literary criticism or historiography is no more than a productive catachresis. To say that the subject is a text does not authorize the converse pronouncement: the verbal text is a subject.

De plus, je tente d’emprunter l’aura méthodologique générale de la stratégie de Freud à l’égard de la phrase* qu’il a construite en tant que phrase, tirée des nombreux récits substantiels similaires que ses patients lui ont faits. Ceci ne veut pas dire que je proposerai un cas de transfert en analyse comme modèle isomorphique de la transaction entre le lecteur et le texte (ma phrase**). L’analogie entre transfert et critique littéraire ou historiographie n’est rien d’autre qu’une catachrèse productive. Dire que le sujet est un texte n’autorise pas l’affirmation contraire: le texte verbal est un sujet.

* Spivak refers here to the well known sentence “A child is being beaten“, which Freud used as title for one of his major article in 1919

** Spivak’s sentence is : “White men are saving brown women from brown men

Gayatri Chakravorty SpivakLes Subalternes peuvent-elles parler ?Editions Amsterdam, Paris, 2020, p.92

&.

“masculine” and “feminine” by Sigmund Freud

But psychoanalysis cannot elucidate the intrinsic nature of what in conventional or in biological phraseology is termed “masculine” and “feminine”: it simply takes over the two concepts and makes them the foundation of its work. When we attempt to reduce them further, we find masculinity vanishing into activity and femininity into passivity, and that does not tell us enough.

Quant à l’essence de ce que, au sens conventionnel ou au sens biologique, on nomme “masculin” et le “féminin”, la psychanalyse ne peut l’élucider; elle reprend à son compte les deux concepts et les met a la base de ses travaux. Si l’on tente de les ramener à des principes plus originaires, la masculinité se volatilise en activité, et la féminité en passivité, ce qui est trop peu.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 270


English Pdf : “The psychogenesis of a case of female Homosexuality”

K.

Killing an object with whom he has identified himself by Sigmund Freud

For analysis has explained the enigma of suicide in the following way: probably no one finds the mental energy required to kill himself unless, in the first place, in doing so he is at the same time killing an object with whom he has identified himself, and, in the second place, is turning against himself a death-wish which had been directed against someone else.  Nor need the regular discovery of these unconscious death-wishes in those who have attempted suicide surprise us (any more than it ought to make us think that it confirms our deductions), since the unconscious of all human beings is full enough of such death-wishes, even against those they love

En effet l’analyse nous a fourni pour l’énigme du suicide cette explication, que peut-être personne ne trouve l’énergie psychique pour se tuer si premièrement il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne par là contre lui-même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne. La découverte régulière de ces désirs de mort inconscients chez le suicidaire n’est d’ailleurs pas pour nous étonner, ni non plus pour nous en imposer à titre de confirmation de nos déductions, car l’inconscient de tous les vivants est rempli de ces désirs de mort, même contre des personnes au demeurant aimées.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 261

D.

Delirium as a piece to glue the flaw by Sigmund Freud

With regard to deliriums, some analyses have taught us that madness is used there as a piece that is initially glued where there had occurred a flaw in the relationship of the ego to the outside world. If the solution of the conflict with the outside world does not yet appear to us more clearly than it does now, it is because in the clinical picture of psychosis, manifestations of the pathogenic process are often covered by those of an attempt at healing or reconstruction.

En ce qui concerne les délires quelques analyses nous ont appris que la folie y est employée comme une pièce qu’on colle là initialement s’était produite une faille dans la relation du moi au monde extérieur. Si la solution du conflit avec le monde extérieur ne nous apparaît pas encore avec plus de netteté qu’elle ne le fait maintenant, c’est que dans le tableau clinique de la psychose les manifestations du processus pathogène sont souvent recouvertes par celles d’une tentative de guérison ou de reconstruction.

Sigmund Freud, “Névrose et Psychose” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 285

F.

Father’s nostalgia and the great man by Sigmund Freud

We know there is in the human mass a strong need for an authority we can admire, before which one bows, by which one we’re dominated, and even possibly mistreated. The psychology of the individual has taught us where this need of the mass comes from. It is the nostalgia of the father, who has lived in everyone since childhood, of the same father that the hero of the legend prides himself on having surpassed. And so we can glimpse that all the traits we speak of the great man are paternal traits, that it is in this concordance that the essence of the great man that we were searching for in vain consists. The resolution of thought, the strength of will, the energy of actions belong to the paternal image, but above all the autonomy and independence of the great man, his divine recklessness, which can rise to the level of unscrupulousness.


Nous savons qu’il existe dans la masse humaine le fort besoin d’une autorité que l’on puisse admirer, devant laquelle on s’incline, par laquelle on est dominé, et même éventuellement maltraité. La psychologie de l’individu nous a appris d’où vient ce besoin de la masse. C’est la nostalgie du père, qui habite en chacun depuis son enfance, de ce même père que le héros de la légende s’enorgueillit d’avoir dépassé. Et dès lors nous pouvons entrevoir que tous les traits dont nous parons le grand homme sont des traits paternels, que c’est dans cette concordance que consiste l’essence du grand homme que nous cherchions en vain. La résolution de la pensée, la force de la volonté, l’énergie des actions appartiennent à l’image paternelle, mais avant tout l’autonomie et l’indépendance du grand homme, sa divine insouciance, qui peut se hausser jusqu’à l’absence de scrupule.

Sigmund FreudL’homme Moïse et la religion monothéiste, “Moïse, son peuple et la religion monothéiste” (1938), Folio Essais, Paris, 1993, p. 207

M.

Misogyny and antisemitism common root by Sigmund Freud

I cannot make in the coherence of my speech a sufficient interruption to show what is typical in these unconscious thought paths that I lend to little Hans. The castration complex is the deepest unconscious root of antisemitism, because from his early age the boy hears that something is cut off from the Jew – a piece of the penis, he thinks – and this gives him the right to lead the Jew. Likewise, the morgue towards the woman has no stronger unconscious root. Weininger, the highly gifted and sexually disturbed young philosopher who, after his remarkable book “Sex and Character“, ended his life by suicide, in a remarkable chapter, gratified the Jew and the woman with the same hostility and overwhelmed them with the same outrage. Weininger was completely under the sway of his infantile complexes; and from that standpoint what is common to Jews and women is their relation to the castration complex.

Je ne puis faire dans la cohérence de mon propos une interruption suffisante pour montrer ce qu’il y a de typique dans ces cheminements de pensée inconscients que je prête au petit Hans. Le complexe de castration est la plus profonde racine inconsciente de l’antisémitisme, car dès son plus jeune âge le garçon entend dire que l’on coupe au juif quelque chose au pénis – un morceau du pénis, pense-t-il – et cela lui donne le droit de mener le juif. De même, la morgue envers la femme n’a pas de racine inconsciente plus forte. Weininger, ce jeune philosophe hautement doué et sexuellement perturbé qui, après son remarquable livre « Sexe et caractère» , mit fin à sa vie par suicide, dans un chapitre fort remarqué, gratifie le juif et la femme de la même hostilité et les a accablés des mêmes outrage. Weininger se trouvait, en tant que névrosé, entièrement sous la domination de complexes infantiles ; la relation au complexe de castration est là ce qui est commun au juif et la femme.

FOOTNOTE – Sigmund FreudLe Petit Hans (1909), PUF, Paris, 2006, p.31

Freud added his footnote on this sentence :

[…] would there indeed be living beings who do not pose a widdler ? Then it would indeed no longer be so unbelievable that the widdler could be taken away from him, to make him a woman in some way!

[…] y aurait-il donc effectivement des êtres vivants qui ne possèdent pas de fait-wiwi ? Alors ce ne serait en effet plus si incroyable qu’on puisse lui ôter le fait-wiwi, faire en quelque sorte de lui une femme!

H.

Hans in love and all ashamed by Sigmund Freud

In the hostel where we have lunch, a pretty little girl, about 8 years old, has been coming for a few days. Naturally, Hans falls in love with her immediately. He turns over continuously on his seat to ogle towards her and, after having eaten, takes place in his neighborhood to shell with her, but becomes crimson if then one observes him. The little girl responds to his glance, all ashamed, he immediately carries his eyes towards the opposite side.

Dans l’auberge où nous déjeunons vient depuis quelques jours une jolie fillette, d’environ 8 ans, dont naturellement Hans tombe aussitôt amoureux. Il se retourne continuellement sur son siège pour lorgner vers elle et, après avoir mangé, prend place dans son voisinage pour coqueter avec elle, mais devient cramoisi si alors on l’observe. La petite fille répond-elle à son regard, tout honteux, il porte aussitôt ses yeux vers le cóté opposé.

Sigmund Freud, Le Petit Hans (1909), PUF, Paris, 2006, p.15

This quotation is a part of a letter adressed to Freud by the Little Hans’s Father, Max Graff.

P.

Progress has concluded an alliance with barbarism by Sigmund Freud

We live in very remarkable times. We find with astonishment that progress has concluded an alliance with barbarism.

Nous vivons en un temps particulièrement curieux. Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie.

Sigmund Freud, L’homme Moïse et la religion monothéiste, “Remarques préliminaires” (1938), Folio Essais, Paris, 1993, p. 132

G.

Genius is incomprehensible and unaccountable by Sigmund Freud

We know that genius is incomprehensible and unaccountable

Sigmund Freud, Moses and Monotheism, Trad. Katherine Jones, Hogarth Press And the institute of Psychoanalysis, Letchworth Great Britain, 1939, p. 105

Le génie est, comme on le sait, incompréhensible et sans responsabilité

Sigmund Freud, L’homme Moise et la religion monothéiste (1939), Paris, Gallimard, 1986, p.8

A.

Analysis : an impossible profession by Sigmund Freud

It almost looks as if analysis were the third of those “impossible” professions in which one can be sure beforehand of achieving unsatisfying results. The other two, which have been known much longer, are education and government.

FREUD S., Analysis Terminable and Interminable,(1937)

Il semble presque, cependant, qu’analyser soit le troisième de ces métiers « impossibles », dans lesquels on peut d’emblée être sûr d’un succès insuffisant. Les deux autres, connus depuis beaucoup plus longtemps, sont éduquer et gouverner.

FREUD S., « Analyse terminée et analyse interminable » In Revue française de psychanalyse, tome XI, n° 1, 1939, p. 33

N.

Neuroses are no less threatening people by Sigmund Freud

[…] one day or another, the moral conscience of society will awaken and will remind all that the poor is just as entitled to the psychic care as he is to the one that we have today, the surgical care that saves life, and that neuroses are no less threatening people’s health than tuberculosis.

[…] un jour ou l’autre, la conscience morale de la société s’éveillera et elle lui rappellera que le pauvre a tout aussi bien droit à l’aide animique qu’à celle que de nos jours il a déjà, l’aide chirurgicale qui lui sauve la vie, et que les névroses ne menacent pas moins la santé du peuple que la tuberculose

Sigmund Freud, « Les voies de la thérapie psychanalytique » (1918) in La  technique psychanalytique, PUF, Paris, 2007, p. 154

P.

Politic and primitive thought by Raffaele Simone

A century ago, Freud reminded us how primitive thought survives in several dimensions of human behavior, including the “political” dimension (in the broad sense): “The destinies [of the primal horde] leted traces indestructible in the hereditary history of the genus “(Freud S., Totem and Tabou (1912-1913), 1988, Paris, PUF, p.188).

 

Il y a déjà un siècle, c’est Freud qui rappela que la pensée primitive survit dans plusieurs dimensions du comportement humain, y compris la dimension “politique” (au sens large) : “Les destins [de la horde primitive] ont laissé des traces indestructibles dans l’histoire héréditaire du genre” (Freud S., Totem et Tabou (1912-1913), 1988, Paris, PUF, p.188).

SIMONE R., Si la démocratie fait faillite, 2016, Gallimard, Paris, p.52

T.

The other in the soul’s life by Sigmund Freud

In the individual’s soul’s life, the Other is invariably involved, as a model, as an object, as a helper and as an oppponent.

My own translation, wich is already a lacanian interpretation.

In the individual’s mental life someone else is invariably involved, as a model, as an object, as a helper, as an opponent.

Translated from german byJames Strachey

Dans la vie d’âme de l’individu, l’autre entre en ligne de compte très régulièrement comme modèle, comme objet, comme aide et comme adversaire.

FREUD S., Psychologie des masses et analyse du moi (1921), PUF, Paris, 2010, p. 5

O.

Oscillations of mood’s foundation is unknown by Sigmund Freud

Thus the foundation of these spontaneous oscillations of mood is unknown; we are without insight into the mechanism of the displacement of a melancholia by a mania.

Sigmund Freud, Group Psychology and the Analysis of Ego (1921), Trad. STRACHEY J., Hogarth Pres, London, 1949, p. 106

La pénétration dans le mécanisme du relais d’une mélancolie par une manie nous fait défaut.


Sigmund Freud, Psychologie des masses et analyse du moi (1921), PUF, Paris, 2010, p. 71

D.

Drug’s action in the fight for happiness by Sigmund Freud

The drug‘s action in the fight for happiness and to keep the distance away from misery is a so popular benefit that individuals, and peoples, have given them a strong position in their libidinal economy. We are grateful to them not only for the immediate pleasure’s gain, but also for giving us an element of independence longed from the outside world.

L’action des stupéfiants dans le combat pour le bonheur et le maintien à distance de la misère est à ce point appréciée comme un bienfait que les individus, comme les peuples, leur ont accordé une solide position dans leur économie libidinale. On ne leur sait pas gré seulement du gain de plaisir immédiat, mais aussi d’un élément d’indépendance ardemment désiré par rapport au monde extérieur.

Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929), Points Essais, Paris, 2010, p. 21

U.

Unconscious always judges the melancolic by Sigmund Freud

No matter the “innocence” of his actions in the loss of the object, the court of the unconscious always judges the melancholic subject guilty.


Quoi qu’il en soit en effet de « l’innocence » de ses actes au regard de la perte de l’objet, le tribunal de l’inconscient juge toujours le sujet mélancolique coupable.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 61

T.

Trends of sadism and hate in melancholia by Sigmund Freud

The self-tormenting in melancholia, which is without doubt enjoyable, signifies, just like the corresponding phenomenon in obsessional neurosis, a satisfaction of trends of sadism and hate which relate to an object, and which have been turned round upon the subject‘s own self in the ways we have been discussing

L’auto-martyrisation, sans aucun doute exquise, de la mélancolie exprime, tout comme le phénomène correspondant dans la névrose obsessionnelle, la satisfaction de tendances haineuses et sadiques vouées à un objet, qui se sont retournées ainsi contre le sujet lui-même.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 61

T.

The object’s investment withdrew in the ego by Sigmund Freud

The object‘s investment, which reveals being resistanceless, has been removed, and the liberated libido has not been transferred on another object, but it withdrew in the ego.

L’investissement d’objet, se révélant peu résistant, a été supprimé, et pourtant la libido libérée n’a pas été reportée sur un autre objet, mais elle s’est retirée dans le moi.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 56

A.

An object’s loss hidden to consciousness by Sigmund Freud

Melancholy focuses, in a way, on an object‘s loss hidden to consciousness, unlike the mourning, in which the loss is clearly not unconscious.

La mélancolie porte, en quelque sorte, sur une perte d’objet dérobée à la conscience, à la différence du deuil, dans lequel la perte n’a rien d’inconscient.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 49

B.

Blaming a beloved object by Sigmund Freud

We may get the key of the clinical picture by perceiving that reproaches which patient is addressed are actually blaming a beloved object, that he has turned against his ego.

On obtient ainsi la clef du tableau clinique en percevant que les reproches que s’adresse le malade sont en fait des reproches à un objet d’amour qu’il a retournés contre son moi.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 54

F.

Freud’s ambiguity in German and French by Jacques Lacan

Freud is actually convinced to have proposed the right solution to Irma – Lösung. This word has the same ambiguity in German and French – and means a solution which is injected as well as a problem’s solution.

Freud a, en effet, le sentiment d’avoir bien proposé à Irma la bonne solution – Lösung. Ce mot a la même ambiguïté en allemand qu’en français – c’est aussi bien la solution qu’on injecte que la solution d’un conflit.

Jacques Lacan, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Le séminaire Livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 208

FN : “Irma’s injection” is a famous dream in The interpretation of Dreams

S.

Sedimentation in the Ego by Sigmund Freud

We can admit as a common result of the sexual phase – dominated by the Oedipus complex – a sedimentation in the Ego which consists in the production of these two identifications linked in some ways to each other. This modification of the Ego retains its determined position, and opposed the rest of the Ego’s content, as Ego-ideal or Superego.

On peut donc admettre comme résultat le plus général de la phase sexuelle dominée par le complexe d’Œdipe, une sédimentation dans le moi qui consiste dans la production de ces deux identifications accordées de quelque façon l’une à l’autre. Cette modification du moi garde sa position particulière, elle s’oppose au reste du contenu du moi comme idéal du moi ou sur-moi.

Sigmund Freud, Le moi et le ça (1923), PBP, Paris, 2010, p. 80

T.

The Work Of Mourning by Sigmund Freud

What is the substance of the work that mourning accomplishes ? I think it may be describe without any exaggeration as follows: the reality’s trial has shown that the loved object no longer exists, and requires the bereaved to withdraw all his libido‘s attachements to this object.

En quoi consiste donc le travail que le deuil accomplit ? Je crois qu’il n’est pas excessif de le décrire comme suit : l’épreuve de la réalité a montré que l’objet aimé n’existe plus et elle somme alors l’endeuillé de soustraire toute sa libido de ses attachements à cet objet.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), PBP, Paris, 2011, p. 47

D.

Dream is the fulfilment of a wish by Sigmund Freud

When the work of interpretation has been completed, we perceive that a dream is the fulfilment of a wish.

Sigmund Freud, The Interpretation Of Dreams (1900), Trad. STRACHEY J. (1955), Basic Books, New York, 2010, p. 145

Une fois achevé le travail d’interprétation, le rêve s’avère être un accomplissement de souhait.

Sigmund Freud, L’interprétation du rêve (1900), Trad. Coll., PUF, Paris, 2010, p. 156

W.

We can not do without sedative remedies by Sigmund Freud

Life, as it is imposed to us, is too hard for us, and brings us too many pains, disappointments, insoluble tasks. To endure life, we can not do without sedative remedies. […] These remedies may be of three kinds: powerful diversions that allow us to make our misery lighter, substitutive satisfactions that decrease this misery, and narcotics that make us insensitive.

 

La vie telle qu’elle nous est imposée est trop dure pour nous, elle nous apporte trop de douleurs, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter, nous ne pouvons pas nous passer de remèdes sédatifs. […] Ces remèdes, il en est peut-être de trois sortes : de puissantes diversions qui nous permettent de faire peu de cas de notre misère, des satisfactions substitutives qui la diminuent, des stupéfiants qui nous y rendent insensibles.

Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929), Points Essais, Paris, 2010, p. 17

S.

So little echo of The book By Marcel Scheidhauer

Eighteen months after the publication of the book, Freud complained that no scientific journal and only a few other newspapers had talked about it: “The Science Of Dreams [The Interpretation Of Dreams] was hardly mentioned in psychiatric journals. “Jones noted for his part:”A such important book has rarely generated so little echo. “

Dix-huit mois après la parution du livre, Freud se plaignit de ce qu’aucune revue scientifique et peu d’autres journaux n’en eussent parlé : « La Science des rêves fut à peine mentionné dans les revues de psychiatrie. » Jones note de son côté : « Il est rare qu’un livre aussi important ait suscité si peu d’écho.»

Marcel Scheidhauer, Le rêve freudien en France 1900 – 1926, Navarin, Paris, 1985, p. 27

H.

Human drive of aggression and self-annihilation by Sigmund Freud

The decisive question for the fate of the human specie seems to me to be whether and to what extent her cultural development will succeed in making itself master of the disruption brought to common life by the human drive of aggression and self-annihilation.

La question décisive pour le destin de l’espèce humaine me semble être de savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement.

Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929), Points Essais, Paris, 2010, p. 89

T.

The help of the “worries breaker” by Sigmund Freud

Don’t we know that with the help of the “worries breaker” we can withdraw ourselves from the reality’s pressure at any time, and find refuge in each one’s world offering better sensation’s conditions ?

Ne sait-on pas qu’avec l’aide du « briseur de soucis » on peut se soustraire à chaque instant à la pression de la réalité et trouver refuge dans un monde à soi offrant des conditions de sensation meilleures ?

Sigmund Freud, Malaise dans la culture (1929), Points Essais, Paris, 2010, p. 21

E.

Expressing unconscious drives and intentions by Sigmund Freud

Patients’s associations, daily living’s symptomatic acts, dreams and symptoms-substitutes are expressing unconscious drives and intentions; they are born from repressed desires and complexes.

Les associations des patients, les actes symptomatiques de la vie quotidienne, les rêves et les symptômes-substituts expriment des pulsions et des intentions inconscientes ; ils naissent de désirs et de complexes refoulés.

Sigmund Freud, « Sur la psychanalyse » in Cinq leçons sur la psychanalyse (1910), trad. C. Heim, Gallimard, Paris, 1991, p. 81-82

L.

Loosing valuable things as a sacrifice by Sigmund Freud

The act of loosing valuable things is used as an expression (…) to make sacrifice (an offering) to dark powers of fate, whose worship, even among us, is not yet extinguished.

L’acte de perdre des choses de valeur sert d’expression (…) à faire un sacrifice (une offrande) aux obscures puissances du destin, dont le culte, même parmi nous, n’est pas encore éteint.

 
Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), trad. D. Messier, Gallimard,
Paris, 1997, p. 339

A.

Act only inside the transfer by Sigmund Freud

Patient’s act instead of his remembering, outside the transfer, is undesirable. In our view, the ideal is he shows abnormal reactions only inside the transfer.

Il n’est nullement souhaitable que le patient, en dehors du transfert, agisse au lieu de se souvenir. L’idéal, à notre point de vue, est qu’il ne manifeste de réactions anormales que dans le transfert.

 
Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse (1938), trad. A. Berman, PUF, Paris, 1985, p.45

D.

Doubt over dream’s source by Sigmund Freud

We are thus left in doubt as to the source which has been drawn upon by the dream and are tempted to believe that dreams have a power of independent production.

Sigmund FreudThe Interpretation Of Dreams (1900), Trad. STRACHEY J. (1955), Basic Books, New York, p. 45

On reste alors dans le vague, sans savoir à quelle source du rêve on l’a puisé, et l’on est sans doute tenté de croire à une activité productrice autonome du rêve

FREUD S., L’interprétation du rêve (1899), Trad. Coll, Paris, PUF, 2010, p. 37

Sigmund FreudL’interprétation du rêve (1900), Trad. Coll., PUF, Paris, 2010, p. 37

E.

Ego wants to incorporate this object by Sigmund Freud

The ego wants to incorporate this object into itself, and, in accordance with the oral or cannibalistic phase of libidinal development in which it is, it wants to do so by devouring it.

Le moi voudrait s’incorporer cet objet en le dévorant, conformément à la phase orale ou cannibalistique du développement libidinal.

Sigmund Freud, Deuil et mélancolie (1917), Paris, PBP, 2011, p. 57-58
or there : http://www.arch.mcgill.ca/prof/bressani/arch653/winter2010/Freud_Mourningandmelancholia.pdf

D.

Dream : full of significance by Sigmund Freud

[…] every dream will reveal itself as a psychological structure*, full of significance, and one which may be assigned to a specific place in the psychic activities of the waking state.

Sigmund Freud, The Interpretation of Dreams (1900), Trad. James Strachey (1953), Basic Books, New York, 2010, p. 35

[…] chaque rêve se revèle être une formation psychique pleine de sens, qui doit être insérée à une place assignable dans le mouvement animic de l’état de veille.

Sigmund Freud, L’interprétation du rêve (1899), Trad. Altounian et Al., PUF, Paris, 2010, p. 25

* The french translation, without “Structure”, seems to be more loyal to the german original : “jeder Traum sich als ein sinnvolles psychisches Gebilde herausstellt,”

D.

Difference between a neurosis and a psychosis by Sigmund Freud

In connection with a train of thought raised in other quarters, which was concerned with the origin and prevention of the psychoses, a simple formula has now occurred to me which deals with what is perhaps the most important genetic difference between a neurosis and a psychosis: neurosis is the result of a conflict between the ego and its id, whereas psychosis in the analogous outcome of a similar disturbance in the relations between the ego and the external world.

C’est dans le cadre d’un ensemble de réflexions suscitées par ailleurs, et qui avaient pour objet l’origine et la prévention des psychoses, qu’il m’est venu une formule simple concernant la différence génétique peut-être la plus importante qui soit entre la névrose et la psychose : la névrose serait le résultat d’un conflit entre le moi et son ça, la psychose, elle, l’issue analogue d’un trouble équivalent dans les relations entre le moi et le monde extérieur.

 
Sigmund Freud, « Névrose et psychose » (1924) in Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 2008, p.282

L.

Libido definition by Sigmund Freud

We defined libido as a quantitatively variable force able to measure processes and transpositions in the field of sexual excitement.

Nous avons défini la libido comme une force quantitativement variable permettant de mesurer les processus et les transpositions dans le domaine de l’excitation sexuelle.

Sigmund Freud, « Les aberrations sexuelles » in Trois essais sur la théorie sexuelle (1905-1920), Paris, Folio, 1987, p. 157-158

S.

Sight of Medusas and erection by Sigmund Freud

The sight of Medusa’s head makes rigid with fright, change the viewer to stone. Same origin derived from the castration complex and even change affect. Cause become rigid means erection, therefore, in the original situation, consolation brougth to the viewer. He still has a penis, he assures of it by becoming himself rigid.

La vue de la tête de Méduse rend rigide d’effroi, change le spectateur en pierre. Même origine tirée du complexe de castration et même changement d’affect. Car devenir rigide signifie érection, donc, dans la situation originelle, consolation apportée au spectateur. Il a encore un pénis, il s’en assure en devenant lui-même rigide.

Sigmund Freud, La tête de méduse (1922) in Revue française de psychanalyse, Paris, PUF, 1977, p. 451

O.

Organ endowed with bilateral contract by Sigmund Freud

Sexual pleasure is not just attached to the function of the genitals; the mouth is the kiss as well as food and communicate through word, eyes not only see the outside world changes important for the preservation of life, but also the properties of objects in which they are raised rank as objects of choice in love, and which their “attractions”. It is confirmed then it is not easy for anyone to serve two masters at once. More intimate relationship is an organ endowed with this function bilateral contracts with one of the great drives, the more he refuses to another.

Le plaisir sexuel n’est pas simplement rattaché à la fonction des organes génitaux ; la bouche sert au baiser aussi bien qu’à manger et à communiquer par la parole, les yeux ne perçoivent pas seulement les modifications du monde extérieur importantes pour la conservation de la vie, mais aussi les propriétés des objets par lesquelles ceux-ci sont élevés au rang d’objets du choix amoureux, et qui sont leurs “attraits”. Il se confirme alors qu’il n’est facile pour personne de servir deux maîtres à la fois. Plus est intime la relation qu’un organe doué de cette fonction bilatérale contracte avec l’une des grandes pulsions, plus il se refuse à l’autre.

Sigmund Freud, Trouble psychogène de la vision (1910) in Névrose, Psychose et Perversion, PUF, Paris, 2004, p.171

F.

Features of a patient’s history by Sigmund Freud

I consider abuse distort the features of a patient’s history, when communicating, for any reason whatsoever, be it the best, because it is impossible to know what aspect of the case will retain a reader, who’s judging by itself, and which thus runs him the risk of causing error.

Je considère comme un abus de déformer les traits d’une histoire de malade, lors de sa communication, pour quelque motif que ce soit, fût-il le meilleur, parce qu’il est impossible de savoir quel aspect du cas retiendra un lecteur jugeant par lui-même, et qu’on court ainsi le danger d’induire ce dernier en erreur.

Sigmund Freud, “Communication d’un cas de paranoïa en contradiction avec la théorie psychanalytique” (1915), in Névrose, Psychose et Perversion, PUF, paris, 1973, p.209

L.

Look : a driven activity by Sigmund Freud

Before the child fell under the domination of the castration complex, the time when the woman had to have its full value, began to manifest in him an intense pleasure/desire to look, as an erotic “driven” [Freud meant produced by his drives] activity.

Avant que l’enfant ne soit tombé sous la domination du complexe de castration, au temps où pour lui la femme avait encore sa pleine valeur, commença à se manifester chez lui un intense plaisirdésir de regarder, comme activité pulsionnelle érotique.

Sigmund Freud, Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, PUF, Paris, 2012, p.43

W.

What does the woman want ? by Sigmund Freud

The big question remained unanswered and which myself have never been able to answer despite my thirty years of study of the feminine soul is: “What does the woman want? “

La grande question restée sans réponse et à laquelle moi-même n’ai jamais pu répondre malgré mes trente années d’étude de l’âme féminine est la suivante : « que veut la femme ? »

Ernest Jones attributes this sentence to Sigmund Freud, refering to a letter sent by Freud to Marie Bonaparte.

Ernest Jones, La vie et l’œuvre de Sigmund Freud T.II., PUF, p.445