S.

Shame and humiliation are entangled by Cathie Neunreuther

It should be noted that the two concepts of shame and humiliation are entangled when it comes to describing a person’s affective state. This is why my patients confused them… I would like to point out that the different terms we have studied so far essentially take on their sense of affect only during the Renaissance, when man begins to put himself at the center of his world. These meanings weaken and take an affective turn when individuation appears. On the side of humiliation, we are in the action. Humiliation designates an action, a scene or a scenario as a possible origin of shame, and by metaphor of this action, an “indifferent” agent of wounded self-esteem under which the persons acting or undergoing humiliation disappear. I would simply like to emphasize this triad for the moment: agent, state, action

Il faut remarquer que les deux concepts de honte et d’humiliation sont intriqués quand il s’agit de décrire l’état affectif d’une personne. C’est en cela que mes patients les confondaient… Je voudrais d’ailleurs faire observer que les différents termes que nous avons étudiés jusqu’ici ne prennent essentiellement leur sens d’affect qu’à la Renaissance, lorsque l’homme commence à se mettre au centre de son monde. Ces sens s’affaiblissent et prennent une tournure affective quand l’individuation apparaît. Du côté de l’humiliation, on est dans l’action. L’humiliation désigne une action, une scène ou un scénario comme origine possible de la honte, et par métaphore de cette action, un agent « indifférent » de blessure d’amour propre sous lequel disparaissent les personnes agissant ou subissant l’humiliation. Je voudrais simplement pour l’instant souligner cette triade : agent, état, action

Jean-Richard Freymann, Cathie Neunreuther, « 5. Honte et humiliation », dans : Jean-Richard Freymann éd., De la honte à la culpabilité. Toulouse, Érès, « Hypothèses », 2010, p. 69-90
DOI : 10.3917/eres.freym.2010.01.0069
URL : https://www.cairn.info/–9782749212142-page-69.htm

D.

Desire to disappear by David Bernard

One thing, for example, will be to feel “null” and “fool/cunt”** at the same time. Null. because suddenly experiencing one’s subjective vacuity $, and ” fool/cunt” in the sense that Lacan understood it : of a subject identified with its jouissance. But anything else will be the reduction of the subject to this supreme embarrassment that I mentioned above. His image attacked and reduced to a stain, the subject will be able to see himself seen, ashamed, as waste of the world. And thus also, to desire to disappear really. To leave the scene of the world, to join, in act, “this fundamental exclusion where he feels himself “. To leave the scene to make cease this ontological experienced. To succeed by the passage by the act to erase himself, that is to say, to be “erased to the maximum by the bar” this bar whose object strikes the subject. To “let oneself fall” really, to “realize” in full its condition of object a to cease to see itself being seen like that, “unjustifiable body “. “The object a, Lacan will say again, is what you are all, as you are arranged there – so many pseudo-births of what has been, for those who have engendered you, the cause of desire “.

Une chose, pour exemple, sera de s’éprouver “nul” et “con” à la fois. Nul. car faisant soudainement l’épreuve de sa vacuité subjective $, et “con” au sens où l’entendait Lacan : d’un sujet identifié à sa jouissance. Mas toute autre chose sera la réduction du sujet à ce suprême embarras que j’évoquais plus haut. Son image attaquée et réduite à une tache, le sujet pourra alors se voir être vu, honteux, comme déchet du monde. Et donc aussi, désirer disparaître réellement. Quitter la scène du monde, pour rejoindre, en acte, “cette exclusion fondamentale où il se sent”*. Quitter la scène pour faire cesser cet éprouvé ontologique. Réussir par le passage à l’acte à s’effacer, c’est à dire, à être “effacé au maximum par la barre”* cette barre dont l’objet frappe le sujet. “Se laisser tomber” réellement, “réaliser” en plein sa condition d’objet a pour cesser de se voir être vu comme ça, “corps injustifiable”*. “L’objet a, dira encore Lacan, c’est ce que vous êtes tous, en tant que rangés là – autant de fausses-couches de ce qui a été, pour ceux qui vous ont engendrés, cause du désir”*.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 99

* Quoting Jacques Lacan, Le séminaire – Livre X : L’angoisse : 1962 – 1963, Paris, Éd. du Seuil, 2004, p. 130

** In French the word “con” is equivocal and designates in an old register the female sex, and designates nowadays almost exclusively a stupid person

A.

An act is always a temporary failure of memory by Judith Butler

Not only does the construction take place over time, but it is itself a temporal process that operates through the reiteration of norms: sex is thus both produced and destabilized in the course of this reiteration.
Footnote :
It is not simply a matter of interpreting performativity as a repetition of acts, as if the “acts” remain intact and identical to themselves when repeated over time, as if this “time” were external to the “acts” themselves. On the contrary, an act is itself a repetition, a sedimentation, a solidification of the past that is precisely forclosed by the status that assimilates it to an act. In this sense, an act is always a temporary failure of memory. In the remainder of this text, I use the Lacanian idea that every act must be interpreted as a repetition, as the repetition of what cannot be recalled, of what cannot be found, and is thus the obsessive spectre of the deconstitution of the subject. The derivative concept of iterability, formulated in response to John Searle and John L.’s theorization of acts of discourse. Austin, also implies that every act is itself a re-citation, the citation of a chain of prior acts that are involved in the present act and that perpetually empty any “present” act of its presentness. See below note 11 for the difference between a repetition at the service of a fantasy of mastery (i.e. a repetition of acts that construct the subject, that are said to construct or constitute a subject) and the concept of the repetition drive (pulsion), taken from Freud, which breaks this fantasy of mastery and sets its limits.

Judith Butler, Bodies That Matter – On the Discursive Limits of Sex, Routledge, 1993


Non seulement la construction se déroule dans le temps, mais elle est elle-même un processus temporel qui opère par la réitération de normes: le sexe est ainsi à la fois produit et déstabilisé au cours de cette réitération”,
Note de bas de page :
Il ne s’agit pas simplement d’interpréter la performativité comme une répétition d’actes, comme si les « actes » restaient intacts et identiques à eux-mêmes lorsqu’ils sont répétés dans le temps, comme si ce « temps » était extérieur aux « actes » eux-mêmes. Au contraire, un acte est lui-même une répétition, une sédimentation, une solidification du passé qui précisément forclos par le statut qui l’assimile à un acte. En ce sens, un acte est toujours une défaillance provisoire de la mémoire. Dans la suite de ce texte, j’utilise l’idée lacanienne selon laquelle tout acte doit être interprété comme une répétition, comme la comme la répétition de ce qui ne peut être rappelé, de ce qui ne peut être retrouvé, et est ainsi le spectre obsédant de la déconstitution du sujet. Le concept déridiéen d’itérabilité, formulé en réponse à la théorisation des actes de discours par John Searle et John L. Austin, implique aussi que tout acte est lui-même une re-citation, la citation d’une chaine d’actes antérieurs qui sont impliqués dans l’acte présent et qui vident perpétuellement tout acte « présent» de sa présentéité. Voir ci-dessous la note 11 pour la différence entre une répétition au service d’un fantasme de maitrise (c’est-à-d à dire une répétition d’actes qui construisent le sujet, qui sont dits construire ou constituer un sujet) et le concept de pulsion de répétition, pris chez Freud, qui brise ce fantasme de maitrise et en fixe les limites.

Judith Butler, Ces corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du « sexe », Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 27

K.

Killing an object with whom he has identified himself by Sigmund Freud

For analysis has explained the enigma of suicide in the following way: probably no one finds the mental energy required to kill himself unless, in the first place, in doing so he is at the same time killing an object with whom he has identified himself, and, in the second place, is turning against himself a death-wish which had been directed against someone else.  Nor need the regular discovery of these unconscious death-wishes in those who have attempted suicide surprise us (any more than it ought to make us think that it confirms our deductions), since the unconscious of all human beings is full enough of such death-wishes, even against those they love

En effet l’analyse nous a fourni pour l’énigme du suicide cette explication, que peut-être personne ne trouve l’énergie psychique pour se tuer si premièrement il ne tue pas du même coup un objet avec lequel il s’est identifié, et deuxièmement ne retourne par là contre lui-même un désir de mort qui était dirigé contre une autre personne. La découverte régulière de ces désirs de mort inconscients chez le suicidaire n’est d’ailleurs pas pour nous étonner, ni non plus pour nous en imposer à titre de confirmation de nos déductions, car l’inconscient de tous les vivants est rempli de ces désirs de mort, même contre des personnes au demeurant aimées.

Sigmund Freud, “Psychogénèse d’un cas d’homosexualité féminine” in Névrose, psychose et perversion (1973), PUF, 2004, p. 261

W.

Why are you persecuting me? by Alain Didier Weill

One day, Paul has the foundational subjective experience of an event by which it is not by the putting into act of the law that it is possible to be torn from the persecution of original sin, but by an interior psychic act which consists to self identify to the one who said to him, “Why are you persecuting me? “
In this flashing conversion Paul’s values ​​are reversed: from persecutor he becomes persecuted, and henceforth will have an extraordinary life as a man exposed to the trials of persecution like Christ.
Colossains 1:24
Now I rejoice in what I am suffering for you, and I fill up in my flesh what is still lacking in regard to Christ’s afflictions, for the sake of his body, which is the church.

2 Corinthians 4
9
persecuted, but not abandoned; struck down, but not destroyed.
10 We always carry around in our body the death of Jesus, so that the life of Jesus may also be revealed in our body.

Galatians 2:20
I have been crucified with Christ and I no longer live, but Christ lives in me.


I arrived to the supposition threw this flashing identification to the Risen, Paul experienced the flashing disappearance of inner persecution. One fundamental point: there is a connection between the disappearance of internal persecution and the appearance of a persecution in reality coming from outside, whether from the side of the pagans or the Jews. This is what he later theorized as original sin.


Paul fait un jour l’expérience subjective fondatrice d’un événement par lequel ce n’est pas par la mise en acte de la loi qu’il est possible d’être arraché à la persécution du péché originel mais par un acte psychique intérieur consistant à s’identifier à celui qui lui a dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? »
Dans cette conversion foudroyante les valeurs de Paul s’inversent : de persécuteur il devient persécuté, celui qui va dorénavant avoir une vie extraordinaire d’homme exposé aux épreuves de la persécution comme le Christ.
Colossiens 1, 24 : « Je me réjouis dans les souffrances, à cause de vous et je complète ce qui manque aux épreuves du Christ, dans ma chair »
2 Corinthiens 4 : « Persécuté mais non abandonné, abattu mais non anéanti, toujours nous portons la mort de Jésus dans notre corps afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps ».
Galates 2, 20 : « J’ai été co-crucifié avec le Christ, ce n’est plus moi qui vis c’est le Christ qui vit en moi… »

Je suis arrivé à supposer que dans cette identification foudroyante au ressuscité Paul fit l’expérience d’une foudroyante disparition de la persécution intérieure. Point fondamental : il y a rapport entre la disparition de la persécution intérieure et l’apparition d’une persécution réelle qui vient du dehors que ce soit du côté des païens ou des juifs. C’est ce qu’il théorisa, ultérieurement, comme péché originel.

Alain Didier-Weill, « Pourquoi me persécutes-tu ? », Pardès, 2002/1 (N° 32-33), p. 299-305
DOI : 10.3917/parde.032.0299
URL : https://www.cairn-int.info/revue-pardes-2002-1-page-299.htm

N.

Not in contrast with the myth of the family by Adelina Miranda

In Italy, the media have a fundamental role showing femicide news. Unlike France, killings of women have a very large press coverage, and TV news daily update the number of women killed by men. The media produce and distribute numbers of images and narratives, and develop a collective representation of femicide which is articulated on two criteria. On the one hand, they always evoke crime as an exceptional event; on the other hand, they are very astonished by the fact that the violence takes place within the family environment. Indeed, the speeches produced by the press and the television evacuate all political and social implication, they put forward a face and an individual history while using an interpretative semantics which is based on a reductive vision of the phenomenon. The stories are told in the singular using a recurring statement: a man, more or less in love (even if sometimes he has a relationship with another woman) kills his wife or his companion because it considered leaving him or had already quits. The produced picture is the one of a man who is struck in his love, and sometimes, may be presented as a fragile human being. Because of its exceptional nature, the killing act does not appear to be in contrast with the myth of the family, as a place of love, mutual aid, support, personal fulfillment.

En Italie, les médias ont un rôle fondamental dans la mise en scène des informations sur les féminicides. Différemment de la France, les assassinats perpétrés contre les femmes ont une très grande visibilité dans la presse et les journaux télévisés mettent à jour quotidiennement la liste du nombre de femmes tuées par les hommes. Les médias produisent et distribuent des répertoires d’images et de narrations, et ils élaborent une représentation collective du féminicide articulée autour de deux critères. D’un côté, ils évoquent toujours le crime comme un événement exceptionnel ; d’un autre côté, ils font part d’un grand étonnement dérivé du fait que la violence ait lieu au sein du milieu familial. En effet, les discours produits par la presse et la télévision évacuent toute implication politique et sociale, ils mettent en avant un visage et une histoire individuelle tout en utilisant une sémantique interprétative qui se base sur une vision réductrice du phénomène. Les histoires sont racontées au singulier utilisant un énoncé récurant : un homme, plus ou moins amoureux (même si parfois il entretient une relation avec une autre femme) tue son épouse ou sa compagne car celle-ci envisageait de le quitter ou l’avait déjà quitté. L’image restituée est celle d’un homme qui est frappé dans son amour et parfois présenté comme un être fragile. De par son caractère exceptionnel, l’acte meurtrier n’apparaît donc pas comme étant en contraste avec le mythe de la famille comme lieu de l’amour, d’entraide, de soutien, d’épanouissement personnel.

Adelina Miranda, « Le féminicide : un « mot écran » ? » in On tue une femme, Paris, Hermann, 2019, p.101

T.

The end that the dream reaches by Jacques Lacan

Indeed, this is the end that the dream reaches : the symbolic-system’s starting in its most radical use, absolute, goes to so completely abolish the action of each individual, that it eliminates on the same trick his world’s tragic relationship.

C’est en effet à cela qu’aboutit le rêve. L’entrée en fonction du système symbolique dans son usage le plus radical, absolu, vient à abolir si complètement l’action de l’individu, qu’il élimine du même coup son rapport tragique au monde.

Jacques Lacan, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyseSéminaire livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 232

E.

Expressing unconscious drives and intentions by Sigmund Freud

Patients’s associations, daily living’s symptomatic acts, dreams and symptoms-substitutes are expressing unconscious drives and intentions; they are born from repressed desires and complexes.

Les associations des patients, les actes symptomatiques de la vie quotidienne, les rêves et les symptômes-substituts expriment des pulsions et des intentions inconscientes ; ils naissent de désirs et de complexes refoulés.

Sigmund Freud, « Sur la psychanalyse » in Cinq leçons sur la psychanalyse (1910), trad. C. Heim, Gallimard, Paris, 1991, p. 81-82

L.

Loosing valuable things as a sacrifice by Sigmund Freud

The act of loosing valuable things is used as an expression (…) to make sacrifice (an offering) to dark powers of fate, whose worship, even among us, is not yet extinguished.

L’acte de perdre des choses de valeur sert d’expression (…) à faire un sacrifice (une offrande) aux obscures puissances du destin, dont le culte, même parmi nous, n’est pas encore éteint.

 
Sigmund Freud, Psychopathologie de la vie quotidienne (1901), trad. D. Messier, Gallimard,
Paris, 1997, p. 339

A.

Act only inside the transfer by Sigmund Freud

Patient’s act instead of his remembering, outside the transfer, is undesirable. In our view, the ideal is he shows abnormal reactions only inside the transfer.

Il n’est nullement souhaitable que le patient, en dehors du transfert, agisse au lieu de se souvenir. L’idéal, à notre point de vue, est qu’il ne manifeste de réactions anormales que dans le transfert.

 
Sigmund Freud, Abrégé de psychanalyse (1938), trad. A. Berman, PUF, Paris, 1985, p.45

P.

Psychoanalysis acts something by Jacques Lacan

Psychoanalysis, at least in principle, as it is clear here, as your presence to hear me is a witness of this, psychoanalysis, it acts something. It acts, it’s not enough, it’s essential, it is in its heart, a properly named poetic view : the poetry too acts something.

La psychanalyse, il est entendu, au moins en principe, il est supposé, au moins par le fait que vous êtes là pour m’entendre, que la psychanalyse, ça fait quelque chose. Ça fait, ça ne suffit pas, c’est essentiel, c’est au point central, c’est la vue poétique à proprement parler de la chose, la poésie aussi, ça fait quelque chose.

Jacques Lacan, “Leçon du 15 novembre 1967” in Le séminaire livre XVL’acte analytique, Inédit