D.

Desire identity to somatic manifestation by Jacques Lacan

I told you in fact that simply by reading Freud‘s text, one could say, and Freud says it, articulates it, that her pain high up on her right thigh, is the desire of her father, and the desire of the friend of her youth, that it is every time that she evokes in the history of her illness, the moment that she was entirely subjected to the desire of her father, to the demand of her father, and when scarcely on the margin there was being exercised this attraction of the desire of the friend of her youth which she reproached herself for taking into consideration; and that the pain in her left thigh, is the desire of her two brothers-in-law, in so far as one represents the good masculine desire, the one who had married her younger sister, and the other the bad who besides has been considered by all of these women, as a very bad man. Beyond this remark, namely of what must be considered before understanding what our interpretation of desire means, the fact is that in the symptom, and that is what conversion means, desire is identical with the somatic manifestation which is its front just as it is its back.

Jacques Lacan, Seminar Book 5 – The formation of the unconscious (1957-1958), Translated by Cormac Gallagher, p 322

Je vous ai parlé d’Elizabeth von R, dont je vous disais qu’à lire simplement le texte de Freud, on peut formuler, car lui-même l’articule, que sa douleur du haut de la cuisse droite, c’est le désir de son père et celui de son ami d’enfance. En effet, cette douleur intervient chaque fois que la patiente évoque le moment où elle était entièrement asservie au désir de son père malade, à la demande de son père, et qu’en marge s’exerçait l’attraction du désir de son ami d’enfance, qu’elle se reprochait de prendre en considération. La douleur de sa cuisse gauche, c’est le désir de ses deux beaux-frères, dont l’un, l’époux de sa plus jeune sœur, représente le bon désir masculin, et l’autre, le mauvais celui-ci a par ailleurs été considéré par toutes ces dames comme un fort méchant homme. Au-delà de cette remarque, ce qu’il faut considérer avant de comprendre ce que veut dire notre interprétation du désir, c’est que dans le symptôme et c’est cela que veut dire conversion, le désir est identique à la manifestation somatique. Elle est son endroit comme il est son envers

Jacques Lacan., Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient (1957-1958), Seuil, Paris, 1998, p. 336

W.

When first signifiers become holophrased by Jacques Lacan

I will go so far as to formulate that, when there is no interval between S1 and S2, when the first dyad of signiflers become solidified, holophrased, we have the model for a whole series of cases — even though, in each case, the subject does not occupy the same place. In as much, for example, as the child, the mentally-deficient child, takes the place, on the blackboard, at the bottom right, of this S, with regard to this something to which the mother reduces him, in being no more than the support of her desire in an obscure term, which is introduced into the education of the mentally-deficient child by the psychotic dimension. It is precisely what our colleague Maud Mannoni, in a book that has just come out and which I would recommend you to read, tries to indicate to those who, in one way or another, may be entrusted with the task of releasing its hold. It is certainly something of the same order that is involved in psychosis. This solidity, this mass seizure of the primitive signifying chain, is what forbids the dialectical opening that is manifested in the phenomenon of belief. At the basis of paranoia itself, which nevertheless seems to us to be animated by belief, there reigns the phenomenon of the Unglauben. This is not the not believing in it, but the absence of one of the terms of belief, of the term in which is designated the division of the subject. If, indeed, there is no belief that is full and entire, it is because there is no belief at does not presuppose in its basis that the ultimate dimension that it has to reveal is strictly correlative with the moment when its meaning is about to fade away.

Jaques Lacan, The four fundamental concepts of psychoanalysis, The Seminar Book Xl, Tr. Alan Sheridan, Norton & company, London New York, 1998, P. 237

Suite de sens et des identifications, vues par Lacan

J’irai jusqu’à formuler que, lorsqu’il n’y a pas d’intervalle entre S, et S₂, lorsque le premier couple de signifiants se solidifie, s’holophrase, nous avons le modèle de toute une série de cas – encore que, dans chacun, le sujet n’y occupe pas la même place.
C’est pour autant que, par exemple, l’enfant, l’enfant débile, prend la place, au tableau, en bas et à droite, de ce S, au regard de ce quelque chose à quoi la mère le réduit à n’être plus que le support de son désir dans un terme obscur, que s’introduit dans l’éducation du débile la dimension psychotique. C’est précisément que notre collègue Maud Mannoni, dans un livre qui vient de sortir et dont je vous recommande la lecture, essaie de désigner à ceux qui, d’une façon quelconque, peuvent être commis à en lever l’hypothèque.
C’est assurément quelque chose du même ordre dont il s’agit dans la psychose. Cette solidité, cette prise en masse de la chaîne signifiante primitive, est ce qui interdit l’ouverture dialectique qui se manifeste dans le phénomène de la croyance.
Au fond de la paranoïa elle-même, qui nous paraît pourtant tout animée de croyance règne ce phénomène de l’Unglauben. Ce n’est pas le n’y pas croire, mais l’absence d’un des termes de la croyance, du terme où se désigne la division du sujet. S’il n’est pas de croyance qui ne suppose dans son fond que la dimension dernière qu’elle a à révéler est strictement corrélative du moment où son sens va s’évanouir.

Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, le Séminaire livre XI (1963-1964), Editions du Seuil, Paris, 1973, p. 215

P.

Phallus is the metonymy of the subject in being by Jacques Lacan

At the level of the second and of the third stage of the schema, I told you that we had a much more conscious use of knowledge, I mean that the subject knows how to speak and that he speaks. This is what he does when he calls the Other, and nevertheless it is here properly speaking that the originality of the field discovered by Freud and which he called the unconscious is to be found, namely this something which always puts the subject at a certain distance from his being, and which means precisely that this being never rejoins him, and it is for this reason that it is necessary, that he can not do otherwise than reach his being in this metonymy of being in the subject which is desire. And why? Because at the level at which the subject is himself engaged, himself inserted into the word and because of that into the relationship to the other as such, as locus of the word, there is a signifier which is always lacking. Why? Because it is a signifier, and the signifier is specially assigned to the relationship of the subject with the signifier. This signifier has a name, it is the phallus.
Desire is the metonymy of being in the subject; the phallus is the metonymy of the subject in being. We will come back to this. The phallus, in so far as it is the signifying element subtracted from the chain of the word, in so far as it involves every relationship with the Other, this is the final principle which means that the subject in everything, and in so far as he is implicated in the word, falls under the sway of something that develops with all its clinical consequences, under the name of the castration complex.

Jacques Lacan, 6th Seminar, p. 19

Au niveau des deux étapes suivantes, nous avons, je vous l’ai dit, un usage beaucoup plus conscient du savoir le sujet sait parler, et il parle, c’est ce qu’il fait quand il appelle l’Autre. Et c’est pourtant là que se trouve l’originalité du champ que Freud a découvert et qu’il appelle l’inconscient.
Il y a en effet dans cet Autre un quelque chose qui met toujours le sujet à une certaine distance de son être, et qui fait que, cet être, il ne le rejoint jamais, qu’il ne peut l’atteindre que dans cette métonymie de l’être dans le sujet qu’est le désir. Et pourquoi ? – parce que, au niveau où le sujet est lui-même engagé dans la parole, et par là dans la relation à l’Autre comme lieu de la parole, il y a un signifiant qui manque toujours. Pourquoi? parce que c’est le signifiant spécialement délégué au rapport du sujet avec le signifiant. Ce signifiant a un nom, c’est le phallus.
Le désir est la métonymie de l’être dans le sujet, le phallus est la métonymie du sujet dans l’être. Nous y reviendrons. Le phallus est l’élément signifiant soustrait à la chaîne de la parole, en tant qu’elle engage tout rapport avec l’Autre. C’est là le principe limite qui fait que le sujet, pour autant qu’il est impliqué dans la parole, tombe sous le coup de ce qui se développe, dans toutes ses conséquences cliniques, sous le terme du complexe de castration

Jacques Lacan, Le séminaire livre VI : le désir et son interprétation (1958-1959), La Martinière, Paris, 2013, pp. 34-25

J.

Jouissance of the Other : the desexualisation by Alain Didier Weill

I think the last point we can make is to point out that this point of jouissance, which seems to me to be what Lacan articulates as the jouissance of the Other, is precisely the point of maximum desexualisation… I would say total, superior, sublime, sublime in the sense of sublimation… it is indeed through this point that sublimation has to do with desexualisation and jouissance.


Je crois que le dernier point que l’on peut avancer, c’est de faire remarquer que a point de jouissance qui me parait être ce que Lacan articule être de la jouissance de l’Autre, est précisément le point de désexualisation maximum… je dirais total, supérieur, sublime, sublime au sens de sublimation…cet c’est bien par ce point là que la sublimation a affaire à la désexualisation et à la jouissance.

Alain Didier Weill, “Intervention d’Alain Didier Weill” in Le séminaire de Jacques Lacan livre XXIV : L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre (1976-1977), Inédit, Staferla, p. 25

D.

Discourse of a semblance by Jacques Lacan

In any case, if I put forward, put forward – which all the same demands a certain cheek – the title D’un discours qui ne serait pas du semblant, it was to get you to sense, and so have you, that discourse as such, is always the discourse of a semblance. And that if there is something somewhere which get authorisation of the jouissance, precisely, it is to pretend (faire semblant). It’s from this starting point from where we may be able to conceive that something we can’t reach here only, the more-to-enjoy (more-to-come / plus-de-jouir )

Jacques Lacan, … Or Worse – The Seminar Book XIX, Polity Press, 2018

Quoi qu’il en soit, si j’ai émis, ce qui est tout de même d’un certain culot, le titre D’un discours qui ne serait pas du semblant, c’était pour vous faire sentir, et vous l’avez senti, que le discours comme tel est toujours discours du semblant. S’il y a quelque part quelque chose qui s’autorise de la jouissance, c’est justement de faire semblant. C’est de ce départ qu’on peut arriver à concevoir ce quelque chose que nous ne pouvons attraper que là, le plus-de-jouir.

Jacques Lacan, …ou pire – Le séminaire livre XIX (1971-1972), Editions du Seuil, 2011, Paris, p. 226

Jacques Lacan, …ou pire – Le séminaire livre XIX (1971-1972), Editions du Seuil, 2011, Paris, p. 226

T.

The pousse-à-la-femme by Jacques Lacan

I could here, by developing the inscription I have made through a hyperbolic function, of Schreber‘s psychosis, demonstrate the sardonic effect of the push-to-the-woman (pousse-à-la-femme) that is identified of the first quantifier: having made it clear that it is from the irruption of A-father as without reason, that the effect felt as of forcing is precipitated here, in the field of an Other to be thought as to every sense the most estranged.


Je pourrais ici, à développer l’inscription que j’ai faite par une fonction hyperbolique, de la psychose de Schreber, y démontrer dans ce qu’il a de sardonique l’effet de pousse-à-la-femme qui se spécifie du premier quanteur: ayant bien précisé que c’est de l’irruption d’Un-père comme sans raison, que se précipite ici l’effet ressenti comme de forçage, au champ d’un Autre à se penser comme à tout sens le plus étranger.

Jaques Lacan, “L’étourdit” in Autres écrits (14 juillet 1972), Seuil, Paris, 2001, p.466

J.

Jouissance as a form of evil and moral law by Jacques Lacan

The first concerns the individual who is placed in the situation of being executed on his way out, if he wants to spend time with the lady whom he desires unlawfully – it’s not a waste of time to emphasize this, because even the apparendy simplest details consdtute traps. […] Thereupon, Kant, our dear Kant, tells us in all his innocence, his innocent subterfuge, that in the first case everyone, every man of good sense, will say no. For the sake of spending a night with a woman, no one would be mad enough to accept an outcome that would be fatal to him, since it isn’t a ques- tion of combat but of death by hanging. For Kant, the answer to the question is not in doubt. […] Can’t we stop here and offer our critique? The striking significance of the first example resides in the fact that the night spent with the lady is paradoxically presented to us as a pleasure that is weighed against a punishment to be undergone; it is an opposition which homogenizes them. There is in terms of pleasure a plus and a minus. […] But it is important to note that one only has to make a conceptual shift and move the night spent with the lady from the category of pleasure to that of jouissance, given that jouissance implies precisely the acceptance of death – and there’s no need of sublimation – for the example to be ruined. In other words, it is enough for jouissance to be a form of evil, for the whole thing to change its character completely, and for the meaning of the moral law itself to be completely changed. Anyone can see that if the moral law is, in effect, capable of playing some role here, it is precisely as a support for the jouissance involved; it is so that the sin becomes what Saint Paul calls inordinately sinful. That’s what Kant on this occasion simply ignores.

Jacques Lacan, The Ethics of Psychoanalysis 1959-1960 - The Seminar Book VII, Tr. Dennis Porter, Tavistock/Routledge, 1992, pp. 188-189

Son exemple est composé, je vous le rappelles de deux historiettes. La première concerne le personnage mis en posture d’être à la sortie exécuté, s’il veut aller trouver la dame qu’il désire illégalement – il n’est pas inutile de le souligner, car tous les détails apparemment les plus simples jouent ici le rôle de piège. […] La-dessus, Kant, le cher Kant dans toute son innocence, sa rouerie innocente, nous dit que dans le premier cas, tout un chacun, tout homme de bon sens, dira non. Personne n’aura la folie, pour passer une huit avec sa belle, de courir à une issue fatale, puisqu’il ne s’agit pas seulement d’une lutte, mais d’une exécution au gibet. Pour Kant, la question ne fait pas un pli. […] Ne pouvons-nous ici nous arrêter, et porter la critique ? La portée saisissante du premier exemple repose sur ceci, que la nuit passée avec la dame nous est paradoxalement présentée comme un plaisir, mis en balance avec la peine à subir, dans une opposition qui les homogénéise. Il y a un plus et un moins en termes de plaisir. […] Mais remarquez ceci – il suffit que, par un effort de conception, nous fassions passer la nuit avec la dame de la rubrique du plaisir à celle de la jouissance, en tant que la jouissance – nul besoin de sublimation pour cela – implique précisément l’acceptation de la mort, pour que l’exemple soit anéanti. Autrement dit, il suffit que la jouissance soit un mal pour que la chose change complètement de face, et que le sens de la loi morale soit dans l’occasion complètement changé. Tout un chacun s’apercevra en effet que, si la loi morale est susceptible de jouer ici quelque rôle, c’est précisément à servir d’appui à cette jouissance, à faire que le péché devienne ce que Saint Paul appelle démesurément pécheur. Voilà ce qu’en cette occasion Kant ignore tout simplement.

Jacques Lacan, “L’amour du prochain” in L’éthique de la psychanalyse Le Séminaire Livre VII (23 mars 1960), Editions du Seuil, 1986, pp. 229-230

Jacques Lacan, “L’amour du prochain” in L’éthique de la psychanalyseLe Séminaire Livre VII (23 mars 1960), Editions du Seuil, 1986, pp. 229-230

T.

Truth of the criminal : anthropological aspect by Jacques Lacan

No one knows it better than the psychoanalyst who, in the intelligence of what his subject confides to him as in the manoeuvring of behaviour conditioned by technique, acts by a revelation whose truth conditions its effectiveness. Is the search for truth not also what criminology is all about in the judicial system, and also what unifies its two facets: the truth of the crime in its police aspect, and the truth of the criminal in his anthropological aspect? What contribution to this research can the technique that guides our dialogue with the subject and the concepts that our experience has defined in psychology make? This is the problem that will be our issue today: not so much to state our contribution to the study of delinquency – set out in the other reports – as to set its legitimate limits, and certainly not to propagate the letter of our doctrine without concern for method, but to rethink it, as we are required to do ceaselessly, in function of a new object.


Nul ne le sait mieux que le psychanalyste qui, dans l’intelligence de ce que lui confie son sujet comme dans la manœuvre des comportements conditionnés par la technique, agit par une révélation dont la vérité conditionne l’efficace. La recherche de la vérité n’est-elle pas d’autre part ce qui fait l’objet de la criminologie dans l’ordre des choses judiciaires, et aussi ce qui unifie ses deux faces: vérité du crime dans sa face policière, vérité du criminel dans sa face anthropologique ? De quel apport à cette recherche peuvent être la technique qui guide notre dialogue avec le sujet et les notions que notre expérience a définies en psychologie, c’est le problème qui fera aujourd’hui notre propos: moins pour dire notre contribution à l’étude de la délinquance — exposée dans les autres rapports — que pour en poser les limites légitimes, et certes pas pour propager la lettre de notre doctrine sans souci de méthode, mais pour la repenser, comme il nous est commandé de le faire sans cesse, en fonction d’un nouvel objet.

Jacques Lacan, “Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie” in Écrits I, Paris, Seuil Points, 1999, pp. 124-125

J.

Jouissance of woman insofar as it is extra by Jacques Lacan

I believe in the jouissance of woman insofar as it is extra (en plus), as long as you put a screen in front of this “extra” until I have been able to properly explain it. What was attempted at the end of the last century, in Freud‘s time, what all sorts of decent souls around Charcot and others were trying to do, was to reduce mysticism to questions of cum (affaires de foutre). If you look closely, that’s not it at all. Doesn’t this jouissance one experiences and yet knows nothing about put us on the path of ex-sistence? And why not interpret one face of the Other, the God face, as based on feminine jouissance?

Jacques LacanEncore The Seminar Book XX, Trad. Bruce Fink, Norton & Company, New York, 1998, p. 77

Je crois à la jouissance de la femme en tant qu’elle est en plus, à condition que cet en plus, vous y mettiez un écran avant que je l’aie bien expliqué. Ce qui se tentait à la fin du siècle dernier, au temps de Freud, ce qu’ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l’entourage de Charcot et des autres, c’était de ramener la mystique à des affaires de foutre. Si vous y regardez de près, ce n’est pas ça du tout. Cette jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien, n’est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l’ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ?

Jacques Lacan, “Dieu et la jouissance de La Femme – 20 février 1973” in Encore – Le Séminaire livre XX (1972 – 1973), Editions du Seuil, 1999, p. 98

Jacques Lacan, “Dieu et la jouissance de La Femme” in Encore – Le Séminaire livre XX (1972 – 1973), Editions du Seuil, 1999, p. 98

T.

To understand is to condemn by Jacques Lacan

Such is the crime of the Papin sisters, by the emotion it arouses and which exceeds its horror, by its value as an atrocious image, but symbolic down to its most hideous details: the most worn metaphors of hatred: “I would tear out her eyes” receive their literal execution. The popular conscience reveals the meaning it gives to this hatred by applying the maximum penalty here, as the ancient law did to the crime of slavery. Perhaps, as we shall see, it is mistaken about the real meaning of the act. But for the benefit of those who are frightened by the psychological path on which we are embarking in the study of responsibility, let us observe that the adage “to understand is to forgive” is submitted to the limits of each human community and that, outside these limits, to understand (or to believe we understand) is to condemn. The intellectual content of delirium appears to us, as we have said, as a superstructure that both justifies and negates the criminal impulse. We therefore conceive it as submitted to the variations of this drive, to the fall which results, for example, from its satisfaction in the princeps case of the particular type of paranoia we have described (the Aimée case), the delusion vanishes with the realisation of the aims of the act. We should not be surprised that this was also the case during the first months following the sisters’ crime. The correlative defects of the classic descriptions and explanations have for a long time led to a disregard for the existence, however crucial, of such variations, by affirming the stability of paranoid delusions, whereas there is only constancy of structure. This conception leads the experts to erroneous conclusions, and explains their embarrassment in the presence of numerous paranoid crimes, where their feeling of reality emerges in spite of their doctrines, but only engenders uncertainty in them.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, pp. 98-99

Tel est ce crime des sœurs Papin, par l’émotion qu’il soulève et qui dépasse son horreur, par sa valeur d’image atroce, mais symbolique jusqu’en ses plus hideux détails: les métaphores les plus usées de la haine : « Je lui arracherais les yeux » reçoivent leur exécution littérale. La conscience populaire révèle le sens qu’elle donne à cette haine en appliquant ici le maximum de la peine, comme la loi antique au crime des esclaves. Peut-être, nous le verrons, se trompe-t-elle ainsi sur le sens réel de l’acte. Mais observons, à l’usage de ceux qu’effraie la voie psychologique où nous engageons l’étude de la responsabilité, que l’adage « comprendre, c’est pardonner » est soumis aux limites de chaque communauté humaine et que, hors de ces limites, comprendre (ou croire comprendre), c’est condamner. Le contenu intellectuel du délire nous apparaît, nous l’avons dit, comme une superstructure à la fois justificative et négatrice de la pulsion criminelle. Nous le concevons donc comme soumis aux variations de cette pulsion, à la chute qui résulte par exemple de son assouvissement dans le cas princeps du type particulier de paranoïa que nous avons décrit (le cas Aimée), le délire s’évanouit avec la réalisation des buts de l’acte. Nous ne nous étonnerons pas qu’il en ait été de même pendant les premiers mois qui ont suivi le crime des sœurs. Les défauts corrélatifs des descriptions et des explications classiques, ont longtemps fait méconnaître l’existence, pourtant capitale, de telles variations, en affirmant la stabilité des délires paranoïaques, alors qu’il n’y a que constance de structure cette conception conduit les experts à des conclusions erronées, et explique leur embarras en présence de nombreux crimes paranoïaques, où leur sentiment de la réalité se fait jour malgré leurs doctrines, mais n’engendre chez eux que l’incertitude.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, pp. 98-99

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, pp. 98-99

C.

Camouflage of motives : what delirium is by Jacques Lacan

The aggressive drive, which resolves itself in murder, thus appears as the affection that serves as the basis of psychosis. It can be said to be unconscious, which means that the intentional content that translates it into consciousness cannot manifest itself without a compromise with the social demands integrated by the subject, i.e. without a camouflage of motives, which is precisely what delirium is all about.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 97

La pulsion agressive, qui se résout dans le meurtre, apparaît ainsi comme l’affection qui sert de base à la psychose. On peut la dire inconsciente, ce qui signifie que le contenu intentionnel qui la traduit dans la conscience ne peut se manifester sans un compromis avec les exigences sociales intégrées par le sujet, c’est-à-dire sans un camouflage de motifs, qui est précisément tout le délire.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 97

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 97

C.

C. Papin : “I was to be my sister’s husband” by Jacques Lacan

You need to have listened attentively to the strange declarations of such patients to know the madness that their shackled consciousness can construct around the enigma of the phallus and female castration. We can then recognize in the timid confessions of the so-called normal subject the beliefs he is keeping silent about, and which he thinks he is keeping silent about because he considers them puerile, whereas he is keeping silent because, without knowing it, he still adheres to them.
Christine’s comment: “I do believe that in another life I was to be my sister’s husband”, is reproduced in our patients by many fantastic themes that you just have to listen to get. What a long road of torture she must have traveled before the desperate experience of crime tore her from her other self, and after her first attack of hallucinatory delirium, in which she believes she sees her sister dead, dead no doubt from that blow, she cries out before the judge who confronts them, the words of passion unblinking : “Yes, say yes”.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 104

Il faut avoir prêté une oreille attentive aux étranges déclaration de tels malades pour savoir les folies que leur conscience enchaînée peut échafauder sur l’énigme du phallus et de la castration féminine. On sait alors reconnaître dans les aveux timides du sujet dit normal les croyances qu’il tait, et qu’il croit taire parce qu’il les juge puériles, alors qu’il se tait parce que sans le savoir il y adhère encore.
Le propos de Christine: “Je crois bien que dans une autre vie je devais être le mari de ma sœur”, est reproduit chez nos malades par maints thèmes fantastiques qu’il suffit d’écouter pour obtenir. Quel long chemin de torture elle a dû parcourir avant que l’expérience désespérée du crime la déchire de son autre soi-même, et qu’elle puisse, après sa première crise de délire hallucinatoire, où elle croit voir sa sœur morte, morte sans doute de ce coup, crier devant le juge qui les confronte, les mots de la passion dessillée : “Oui, dis oui”.

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 104

Jacques Lacan, “Motif du crime paranoïaque : le crime des sœurs Papin” in Premiers écrits (1933), Le Seuil, Paris, 2023, p. 104

P.

Paranoiacs do not project it into the sky by Sigmund Freud

We begin to see that we describe the behaviour of both jealous and persecuted paranoiacs very inadequately by saying that they project outwards on to others what they do not wish to recognize in themselves. Certainly they do this; but they do not project it into the sky, so to speak, where there is nothing of the sort already. They let themselves be guided by their knowledge of the unconscious, and displace to the unconscious minds of others the attention which they have withdrawn from their own.

Sigmund Freud, “Certain neurotic mechanisms in jealousy, paranoia and homosexuality” in International Review of Psycho-Analysis, 4, 1–10, London, 1923

Or nous avons le sentiment de décrire de manière très insuffisante le comportement du paranoïaque, le jaloux comme le persécuté, en disant qu’ils projettent vers l’extérieur, sur d’autres, ce qu’ils ne veulent pas percevoir dans leur propre intérieur. Certes, c’est ce qu’ils font, mais ils ne projettent pas pour ainsi dire dans le vague, pas là où ne se trouve rien d’analogue, au contraire ils se laissent guider par leur connaissance de l’inconscient et déplacent sur l’inconscient des autres l’attention qu’ils soustraient à leur propre inconscient.

Sigmund Freud, “De quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité “(1922) In Travaux et interventions / Jacques Lacan, trad. Jacques Lacan, Association Régionale de l’éducation permanente, Alençon, 1977

Sigmund Freud, “De quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité “(1922) In Jacques Lacan, Premiers écrits, Editions du Seuil, 2023, Paris, p. 134

T.

There’s no such thing as Woman by Jacques Lacan

One of the following two things is true: either what I write has no meaning at all – which is, by the way, the conclusion of the short book [discussed earlier], and that is why I beg you to have a look at it – or when I write ∀x.φx, a never-before-seen function in which the negation is placed on the quantifier, which should be read “notwhole,” it means that when any speaking being whatsoever situates itself under the banner “women,” it is on the basis of the following – that it grounds itself as being not-whole in situating itself in the phallic function. That is what defines what? Woman precisely, except that Woman can only be written with a bar through it. There’s no such thing as Woman, Woman with a capital W indicating the universal. There’s no such thing as Woman because, in her essence – I’ve already risked using that term, so why should I think twice about using it again? – she is not-whole. I see my students far less attached to reading my work than the slightest underling when he is motivated by the desire to obtain a Master’s; not one of them has avoided producing an utter and complete muddle regarding the lack of a signifier, the signifier of the lack of a signifier, and other gibberish regarding the phallus, whereas with “woman” (la) I am designating for you the signifier that is, nevertheless, common and even indispensable. The proof is that, earlier, I already spoke of man and “woman” (la femme). That “woman” (la) is a signifier. With it I symbolize the signifier whose place it is indispensable to mark – that place cannot be left empty. “Woman” (la) is a signifier, the crucial property (propre) of which is that it is the only one that cannot signify anything, and this is simply because it grounds woman’s status in the fact that she is not-whole. That means we can’t talk about Woman (La femme). A woman can but be excluded by the nature of things, which is the nature of words, and it must be said that if there is something that women themselves complain about enough for the time being, that’s it. It’s just that they don’t know what they’re saying – that’s the whole difference between them and me. The fact remains that if she is excluded by the nature of things, it is precisely in the following respect: being not-whole, she has a supplementary jouissance compared to what the phallic function designates by way of jou issance. You will notice that I said “supplementary.” If I had said “complemen tary” what a mess we’d be in! We would fall back into the whole.

Jacques Lacan, Encore The Seminar Book XX, Trad. Bruce Fink, Norton & Company, New York, 1998, pp. 72 – 73

Alors, de deux choses l’une ou ce que j’écris n’a aucun sens, c’est d’ailleurs la conclusion du petit livre, et c’est pour ça que je vous prie de vous y reporter quand j’écris ∀x.φx, cette fonction inédite où la négation porte sur le quanteur à lire pas-tout, ça veut dire que lorsqu’un être parlant quelconque se range sous la bannière des femmes c’est à partir de ceci qu’il se fonde de n’être pas-tout, à se placer dans la fonction phallique. C’est ça qui définit la… la quoi? la femme justement, à ceci près que La femme, ça ne peut s’écrire qu’à barrer La. Il n’y a pas La femme, article défini pour désigner l’universel. Il n’y a pas La femme puisque j’ai déjà risqué le terme, et – pourquoi y regarderais-je à deux fois? – de son essence, elle n’est pas toute. Je vois mes élèves beaucoup moins attachés à ma lecture que le moindre sous-fifre quand il est animé par le désir d’avoir une maitrise, et il n’y a eu pas un seul qui n’ait fait je ne sais quel cafouillage sur le manque de signifiant, le signifiant du manque de signifiant, et autres bafouillages à propos du phallus, alors que je vous désigne dans ce la le signifiant, malgré tout courant et même indispensable. La preuve c’est que, déjà tout à l’heure, j’ai parlé de l’homme et de la femme. C’est un signifiant, ce la. C’est par ce la que je symbolise le signifiant dont il est indispensable de marquer la place, qui ne peut pas être laissée vide. Ce la est un signifiant dont le propre est qu’il est le seul qui ne peut rien signifier, et seulement de fonder le statut de la femme dans ceci qu’elle n’est pas toute. Ce qui ne nous permet pas de parler de La femme. Il n’y a de femme qu’exclue par la nature des choses qui est la nature des mots, et il faut bien dire que s’il y a quelque chose dont elles-mêmes se plaignent assez pour l’instant, c’est bien de ça – simplement, elles ne savent pas ce qu’elles disent, c’est toute la différence entre elles et moi. Il n’en reste pas moins que si elle est exclue par la nature des choses, c’est justement de ceci que, d’être pas toute, elle a, par rapport à ce que désigne de jouissance la fonction phallique, une jouissance supplémentaire. Vous remarquerez que j’ai dit supplémentaire. Si j’avais dit complémentaire. où en serions-nous ! On retomberait dans le tout.

Jacques Lacan, “Dieu et la jouissance de La Femme – 20 février 1973” in Encore – Le Séminaire livre XX (1972 – 1973), Editions du Seuil, 1975, p. 68

Jacques Lacan, “Dieu et la jouissance de La Femme” in Encore – Le Séminaire livre XX (1972 – 1973), Editions du Seuil, 1975, p. 68

W.

What then can the analyst’s desire be? by Jacques Lacan

This is because the drive divides the subject and the desire, which desire only sustains itself from the relationship that it ignores, from this division to an object that causes it. Such is the structure of fantasy.
What then can the analyst’s desire be? What can be the cure to which he devotes himself?
Will he fall into the preaching that discredits the priest whose good feelings have replaced his faith, and will he, like him, assume an abusive “direction”? One can only notice here that, except for the libertine that was the great comic of the century of genius, the privilege of the doctor, no less religious than others, has not been attacked there, any more than in the century of enlightenment.
Can the analyst take shelter of this ancient investiture, when, secularized, it goes to a socialization that will not be able to avoid neither eugenics, nor the political segregation of the anomaly? Will the psychoanalyst take over, not of an eschatology, but of the rights of a first end?
Then, what is the end of the analysis beyond the therapeutic one? It is impossible not to distinguish it when it is a question of making an analyst.

For as we have said without going into the substance of the transference, it is the desire of the analyst that ultimately operates in psychoanalysis.

Ceci pour la raison que la pulsion divise le sujet et le désir, lequel désir ne se soutient que du rapport qu’il méconnaît, de cette division à un objet qui la cause. Telle est la structure du fantasme.
Dès lors quel peut être le désir de l’analyste ? Quelle peut être la cure à laquelle il se voue?
Va-t-il tomber dans la prêcherie qui fait le discrédit du prêtre dont les bons sentiments ont remplacé la foi, et assu- mer comme lui une « direction » abusive? On ne saurait ici que remarquer qu’à ce libertin près qu’était le grand comique du siècle du génie, on n’y a pas, non plus qu’au siècle des lumières, attenté au privilège du médecin, non moins religieux pourtant que d’autres.
L’analyste peut-il s’abriter de cette antique investiture, quand, laïcisée, elle va à une socialisation qui ne pourra éviter ni l’eugénisme, ni la ségrégation politique de l’anomalie ? Le psychanalyste prendra-t-il la relève, non d’une eschatologie, mais des droits d’une fin première ?
Alors, quelle est la fin de l’analyse au-delà de la thérapeutique ? Impossible de ne pas l’en distinguer quand il s’agit de faire un analyste.
Car nous l’avons dit sans entrer dans le ressort du transfert, c’est le désir de l’analyste qui au dernier terme opère dans la psychanalyse.

Jacques Lacan,  “Du “Trieb” de Freud et du désir du Psychanalyste” Écrits II :, Nouvelle éd., Paris, Ed. du Seuil, 1999, p. 315

T.

The imaginary and the real act on the same level by Jacques Lacan

A schema like this one shows you that the imaginary and the real act on the same level. To understand this, all we have to do is to make another little improvement in the apparatus. Think of the mirror as a pane of glass. You’ll see yourself in the glass and you’ll see the objects beyond it. That’s exactly how it is – it’s a coincidence between certain images and the real. What else are we talking about ,when we refer to an oral, anal, genital reality, that is to say a specific relation between our images and images? This is nothing other than the images of the human body, and the hominisation of the world, its perception in terms of images linked to the structuration of the body. The real objects, which pass via the mirror, and through it, are in the same place as the imaginary object. The essence of the image is to be invested by the libido. What we call libidinal investment is what makes an object become desirable, that is to say how it becomes confused with this more or less structured image which, in diverse ways, we carry with us.
So this schema allows you to represent to yourself the difference which Freud always carefully drew, and which often remains puzzling to readers, between topographical regression and genetic, archaic regression, regression in history as we are also taught to designate it.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 141

Un tel schéma vous montre que l’imaginaire et le réel jouent au même niveau. Pour le comprendre, il suffit de faire un petit perfectionnement de plus à cet appareil. Pensez que ce miroir est une vitre. Vous vous voyez dans la vitre et vous voyez les objets au-delà. Il s’agit justement de cela – d’une coïncidence entre certaines images et le réel. De quoi d’autre parlons nous quand nous évoquons une réalité orale, anale, génitale, c’est-à-dire un certain rapport entre nos images et les images? Ce n’est rien d’autre que les images du corps humain, et l’hominisation du monde, sa perception en fonction d’images liées à la structuration du corps. Les objets réels, qui passent par l’intermédiaire du miroir et à travers lui, sont à la même place que l’objet imaginaire. Le propre de l’image, c’est l’investissement par la libido. On appelle investissement libidinal ce en quoi un objet devient désirable, c’est-à-dire ce en quoi il se confond avec cette image que nous portons en nous, diversement, et plus ou moins, structurée.
Ce schéma vous permet donc de vous représenter la différence que Freud fait toujours soigneusement, et qui reste souvent énigmatique aux lecteurs, entre régression topique et régression génétique, archaïque, la régression dans l’histoire comme on enseigne aussi à la désigner.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 223

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 223

E.

Ego-ideal governs the interplay of relations by Jacques Lacan

Now let us postulate that the inclination of the plane mirror is governed by the voice of the other. This doesn’t happen at the level of the mirror-stage, but it happens subsequently through our overall relation with others – the symbolic relation. From that point on, you can grasp the extent to which the regulation of the imaginary depends on something which is located in a transcendent fashion, as M. Hyppolite would put it – the transcendent on this occasion being nothing other than the symbolic connection between human beings. What is the symbolic connection? Dotting our i’s and crossing our t’s, it is the fact that socially we define ourselves with the law as go-between. It is through the exchange of symbols that we locate our different selves [mois] in relation to one another – you, you are Mannoni, and me Jacques Lacan, and we have a certain symbolic relation, which is complex, according to the different planes on which we are placed, according to whether we’re together in the police station, or together in this hall, or together travelling.
In other words, it’s the symbolic relation which defines the position of the subject as seeing. It is speech, the symbolic relation, which determines the greater or lesser degree of perfection, of completeness, of approximation, of the imaginary. This representation allows us to draw the distinction between the Idealich* and the Ichideal*, between the ideal ego and the ego-ideal. The ego-ideal governs the interplay of relations on which all relations with others depend. And on this relation to others depends the more or less satisfying character of the imaginary structuration.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 140 – 141
Ego-ideal governs the interplay of relations - Lacan - Seminaire I

Nous pouvons supposer maintenant que l’inclinaison du miroir plan est commandée par la voix de l’autre. Cela n’existe pas au niveau du stade du miroir, mais c’est ensuite réalisé par notre relation avec autrui dans son ensemble – la relation symbolique. Vous pouvez saisir dès lors que la régulation de l’imaginaire dépend de quelque chose qui est situé de façon transcendante, comme dirait M. Hyppolite – le transcendant dans l’occasion n’étant ici rien d’autre que la liaison symbolique entre les êtres humains.
Qu’est-ce que c’est que la liaison symbolique ? C’est, pour mettre les points sur les i, que socialement, nous nous définissons par l’intermédiaire de la loi. C’est de l’échange des symboles que nous situons les uns par rapport aux autres nos différents moi – vous êtes, vous, Mannoni, et moi, Jacques Lacan, et nous sommes dans un certain rapport symbolique, qui est complexe, selon les différents plans où nous nous plaçons, selon que nous sommes ensemble chez le commissaire de police, ensemble dans cette salle, ensemble en voyage.
En d’autres termes, c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. C’est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d’approximation, de l’imaginaire. La distinction est faite dans cette représentation entre l’Ideal-Ich* et l’Ich-Ideal*, entre moi-idéal et idéal du moi. L’idéal du moi commande le jeu de relations d’où dépend toute la relation à autrui. Et de cette relation à autrui dépend le caractère plus ou moins satisfaisant de la structuration imaginaire.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 222 – 223

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 222 – 223

* Ideal-ego and Ego-ideal in german in the text

W.

Where we first saw our ego by Jacques Lacan

What is the point? – if not to see what the function of the other, of the human other, is, in the adequation of the imaginary and the real.
Here we’ll take up the little schema again. The finishing touch I added to it in our last session constitutes an essential element of what I am trying to demonstrate. The real image can only be seen in a consistent fashion within a limited field of the real space of the apparatus, the field in front of the apparatus, as constituted by the spherical mirror and the inverted bouquet.
We have placed the subject at the edge of the spherical mirror. But we know that the seeing of an image in the plane mirror is strictly equivalent for the subject to an image of the real object, which would be seen by a spectator beyond this mirror, at the very spot where the subject sees his image. We can therefore replace the subject by a virtual subject, VS, placed inside the cone which limits the possibility of the illusion – that’s the field x’y’. The apparatus that I’ve invented shows, then, how, in being placed at a point very close to the real image, one is nevertheless capable of seeing it, in a mirror, as a virtual image. That is what happens in man.
What follows from this? A very special symmetry. In fact, the virtual subject, reflection of the mythical eye, that is to say the other which we are, is there where we first saw our ego – outside us, in the human form. This form is outside of us, not in so far as it is so constructed as to captate sexual behaviour, but in so far as it is fundamentally linked to the primitive impotence of the human being. The human being only sees his form materialised, whole, the mirage of himself, outside of himself.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 139 – 140
where we first saw our ego - outside us - Lacan - Seminaire I

De quoi s’agit-il? – sinon de voir quelle est la fonction de l’autre, de l’autre humain, dans l’adéquation de l’imaginaire et du réel.
Nous retrouvons là le petit schéma. Je lui ai apporté à la dernière séance un perfectionnement qui constitue une partie essentielle de ce que je cherche à démontrer. L’image réelle ne peut être vue de façon consistante que dans un certain champ de l’espace réel de l’appareil, le champ en avant de l’appareil constitué par le miroir sphérique et le bouquet renversé.
Nous avons situé le sujet sur le bord du miroir sphérique. Mais nous savons que la vision d’une image dans le miroir plan est exactement équivalente pour le sujet à ce que serait l’image de l’objet réel pour un spectateur qui serait au-delà de ce miroir, à la place même où le sujet voit son image. Nous pouvons donc remplacer le sujet par un sujet virtuel, SV, situé à l’intérieur du cône qui délimite la possibilité de l’illusion – c’est le champ x’y’. L’appareil que j’ai inventé montre donc qu’en étant placé dans un point très proche de l’image réelle, on peut néanmoins la voir, dans un miroir, à l’état d’image virtuelle. C’est ce qui se produit chez l’homme.
Qu’en résulte-t-il? Une symétrie très particulière. En effet, le sujet virtuel, reflet de l’œil mythique, c’est-à-dire l’autre que nous sommes, est là où nous avons d’abord vu notre ego – hors de nous, dans la forme humaine. Cette forme est hors de nous, non pas en tant qu’elle est faite pour capter un comportement sexuel, mais en tant qu’elle est fondamentalement liée à l’impuissance primitive de l’être humain. L’être humain ne voit sa forme réalisée, totale, le mirage de lui-même, que hors de lui-même.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 220 – 221

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 220 – 221

W.

We find the two terms ‘ideal ego’ and ‘ego ideal’ by Jacques Lacan

DR LECLAIRE: The text goes onNarcissism seems to make its appearance displaced on to this new ideal ego, which finds itself in possession of all the ego’s precious perfections, in the same way as the infantile ego was. As always where the libido is concerned, man has here again shown himself incapable of giving up a satisfaction he had once enjoyed. For the first time Freud uses the term ‘ideal ego‘ in this sentence – this ideal ego is now the target of the self-love which was enjoyed in childhood by the true ego. But he then says – He is not willing to forgo the narcissistic perfection of his childhood and […] he seeks to recover it in the new form of an ego-ideal. Here we find the two terms ‘ideal ego’ and ‘ego ideal’. Given the rigour of Freud’s writing, one of the puzzles of this text, very well brought out by Leclaire, is the coexistence in the same paragraph of the two terms.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 133

Le texte poursuit – Le narcissisme paraît dévié sur son nouveau moi-idéal qui se trouve en possession de toutes les précieuses perfections du moi, comme le moi infantile. L’homme s’est montré incapable, comme toujours dans le domaine de la libido, de renoncer à une satisfaction une fois obtenue. Freud emploie pour la première fois le terme de moi-idéal dans la phrase – c’est vers ce moi idéal que va maintenant l’amour de soi, dont jouissait, chez l’enfant, le véritable moi. Mais il dit ensuite – Il ne veut pas renoncer à la perfection narcissique de son enfance, et […] il cherche à la regagner dans la forme nouvelle de son idéal du moi. Figurent donc ici les deux termes de moi-idéal et d’idéal du moi. Étant donné la rigueur de l’écriture de Freud, c’est une des énigmes de ce texte qu’a très bien relevée Leclaire que la coexistence, dans le même paragraphe, des deux termes.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 211

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 211

T.

The other has a captivating value by Jacques Lacan

For man the other has a captivating value, on account of the anticipation that is represented by the unitary image as it is perceived either in the mirror or in the entire reality of the fellow being.
The other, the alter ego, is more or less confused, according to the stage in life, with the Ichideal, this ego-ideal invoked throughout Freud‘s article. Narcissistic identification – the word identification, without differentiation, is unusable that of the second narcissism, is identification with the other which, under normal circumstances, enables man to locate precisely his imaginary and libidinal relation to the world in general. That is what enables him to see in its place and to structure, as a function of this place and of his world, his being. Mannoni said ontological just now, I’m quite happy with that. What I would precisely say is – his libidinal being. The subject sees his being in a reflection in relation to the other, that is to say in relation to the Ichideal.
Hence you see that one has to distinguish between the functions of the ego on the one hand, they play for man, as they do for every other living creature, a fundamental role in the structuration of reality – what is more, in man they have to undergo this fundamental alienation constituted by the reflected image of himself, which is the Ur-Ich, the original form of the Ichideal as well as that of the relation to the other.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 125-126

L’autre a pour l’homme valeur captivante, de par l’anticipation que représente l’image unitaire telle qu’elle en est perçue soit dans le miroir, soit dans toute réalité du semblable.
L’autre, l’alter ego, se confond plus ou moins, selon les étapes de la vie, avec l’Ich-Ideal, cet idéal du moi tout le temps invoqué dans l’article de Freud. L’identification narcissique – le mot d’identification, indifférencié, est inutilisable celle du second narcissisme, c’est l’identification à l’autre qui, dans le cas normal, permet à l’homme de situer avec précision son rapport imaginaire et libidinal au monde en général. C’est là ce qui lui permet de voir à sa place, et de structurer, en fonction de cette place et de son monde, son être. Mannoni a dit ontologique tout à l’heure, moi je veux bien. Je dirai exactement – son être libidinal. Le sujet voit son être dans une réflexion par rapport à l’autre, c’est-à-dire par rapport à l’Ich-Ideal.
Vous voyez là qu’il faut distinguer entre les fonctions du moi – d’une part, elles jouent pour l’homme comme pour tous les autres êtres vivants un rôle fondamental dans la structuration de la réalité – d’autre part, elles doivent chez l’homme passer par cette aliénation fondamentale que constitue l’image réfléchie de soi-même, qui est l’Ur-Ich*, la forme originelle de l’Ich-Ideal aussi bien que du rapport avec l’autre.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 200

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 200

I.

Image of the body gives the subject the first form by Jacques Lacan

And it is here that the image of the body gives the subject the first form which allows him to locate what pertains to the ego and what does not. Well then, let us say that the image of the body, if we locate it in our schema, is like the imaginary vase which contains the bouquet of real flowers. That’s how we can portray for ourselves the subject of the time before the birth of the ego, and the appearance of the latter. I’m schematising, as you’re quite well aware, but developing a metaphor, a thinking apparatus, requires that from the start one give a sense of what its use is. You will see that this apparatus here possesses a versatility which allows for all sorts of movement. You can invert the experiment’s conditions – the pot could just as well be underneath and the flowers on top. You could make what is real imaginary at your discretion, on condition that you retain the relation of the signs, + — + or — + —.
For there to be an illusion, for there to be a world constituted, in front of the eye looking, in which the imaginary can include the real and, by the same token, fashion it, in which the real also can include and, by the same token, locate the imaginary, one condition must be fulfilled – as I have said, the eye must be in a specific position, it must be inside the cone.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 79-80
The experiment of the inverted bouquet by Lacan

Et c’est là que l’image du corps donne au sujet la première forme qui lui permette de situer ce qui est du et ce qui ne l’est pas. Eh bien, disons que l’image du corps, si on la situe dans notre schéma, est comme le vase imaginaire qui contient le bouquet de fleurs réel. Voilà comment nous pouvons nous représenter le sujet d’avant la naissance du moi, et le surgissement de celui-ci.
Je schématise, vous le sentez bien, mais le développement d’une métaphore, d’un appareil à penser, nécessite qu’au départ on fasse sentir à quoi ça sert. Vous verrez que cet appareil-ci a une maniabilité qui permet de jouer de toutes sortes de mouvements. Vous pouvez renverser les conditions de l’expérience – le pot pourrait aussi bien être en dessous, et les fleurs dessus. Vous pouvez à votre gré faire imaginaire ce qui est réel, à condition de conserver le rapport des signes, +-+ ou -+-.
Pour que l’illusion se produise, pour que se constitue, devant l’œil qui regarde, un monde où l’imaginaire peut inclure le réel et, du même coup, le former, où le réel aussi peut inclure et, du même coup, situer l’imaginaire, il faut qu’une condition soit réalisée – je vous l’ai dit, l’œil doit être dans une certaine position, il doit être à l’intérieur du cône.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre ILes écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 129

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 129

T.

The experiment of the inverted bouquet by Jacques Lacan

Suppose that this is a box, hollow on this side, and that it’s placed on a stand, at the centre of the half-sphere. On the box, you will place a vase, a real one. Beneath it, there is a bouquet of flowers. So, what is happening?
The bouquet is reflected in the spherical surface, meeting at the symmetrical point of luminosity. Consequently, a real image is formed. Note that the rays do not quite cross perfectly in my schema, but that is also true in reality, and for all optical instruments – one only ever gets an approximation. Beyond the eye, the rays continue their movement, and diverge once again. But for the eye, they are convergent, and give a real image, since the characteristic of rays which strike the eye in a convergent form is that they give a real image. Convergent in meeting the eye, they diverge in moving away from it. If the rays happen to meet the eye in the opposite sense, then a virtual image is formed. This is what happens when you look at an image in the mirror – you see it where it isn’t. Here, on the contrary, you see it where it is – on the one condition that your eye be in the field of the rays which have already crossed each other at the corresponding point.
At that moment, while you do not see the real bouquet, which is hidden, if you are in the right field, you will see a very peculiar imaginary bouquet appear, taking shape exactly in the neck of the vase. Since your eyes have to move linearly in the same plane, you will have an impression of reality, all the while sensing that something is strange, blurred, because the rays don’t quite cross over very well. The further away you are, the more parallax comes into play, and the more complete the illusion will be.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 77-78
The experiment of the Inverted Bouquet by Lacan

Supposez que ceci soit une boîte, creuse de ce côté-là, et qu’elle soit placée sur un pied, au centre de la demi sphère. Sur la boîte, vous allez mettre un vase, réel. En dessous, il y a un bouquet de fleurs. Alors, qu’est-ce qui se passe ?
Le bouquet se réfléchit sur la surface sphérique, pour venir au point lumineux symétrique. Entendez que tous les rayons en font autant, en vertu de la propriété de la surface sphérique – tous les rayons émanés d’un point donné viennent au même point symétrique. Dès lors, se forme une image réelle. Notez que les rayons ne se croisent pas tout à fait bien dans mon schéma, mais c’est vrai aussi dans la réalité, et pour tous les instruments d’optique – on n’a jamais qu’une approximation. Au-delà de l’œil, les rayons continuent leur chemin, et redivergent. Mais pour l’œil, ils sont convergents, et donnent une image réelle, puisque la caractéristique des rayons qui frappent un œil sous une forme convergente, c’est de donner une image réelle. Convergents en venant à l’œil, ils divergent en s’en écartant. Si les rayons viennent frapper l’œil en sens contraire, c’est une image virtuelle qui se forme. C’est ce qui se passe quand vous regardez une image dans la glace – vous la voyez là où elle n’est pas. Ici, au contraire, vous la voyez là où elle est à cette seule condition que votre œil soit dans le champ des rayons qui sont déjà venus se croiser au point correspondant.
A ce moment-là, alors que vous ne voyez pas le bouquet réel, qui est caché, vous verrez apparaître, si vous êtes dans le bon champ, un très curieux bouquet imaginaire, qui se forme juste sur le col du vase. Comme vos yeux doivent se déplacer linéairement sur le même plan, vous aurez une impression de réalité, tout en sentant que quelque chose est bizarre, brouillé, parce que les rayons ne se croisent pas très bien. Plus vous serez loin, plus la parallaxe jouera, et plus l’illusion sera complète.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre ILes écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 126-127

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 126-127

R.

Real psychoanalysis is funny by Jacques Lacan

It is a classical experiment, which used to be performed in the days when physics was fun, in the days when physics was really physics. Likewise, as for us, we find ourselves at a moment in time when psychoanalysis is really psychoanalysis. The closer we get to psychoanalysis being funny the more it is real psychoanalysis. Later on, it will get run in, it will be done by cutting corners and by pulling tricks. No one will understand any longer what’s being done, just as there is no longer any need to understand anything about optics to make a microscope. So let us rejoice, we are still doing psychoanalysis.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 77

Il s’agit d’une expérience classique, qui se faisait au temps où la physique était amusante, au temps de la vraie physique. De même, nous, nous sommes au moment où c’est vraiment de la psychanalyse. Plus nous sommes proches de la psychanalyse amusante, plus c’est la véritable psychanalyse. Par la suite, ça se rodera, ça se fera par approximation et par trucs. On ne comprendra plus du tout ce qu’on fait, comme il n’est déjà plus besoin de rien com prendre à l’optique pour faire un microscope. Réjouissons nous donc, nous faisons encore de la psychanalyse.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre ILes écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 125

Jacques LacanLe Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 125

I.

Ideal of analysis is not complete self mastery by Jacques Lacan

Or, again, the ego is on the one hand like an empty egg, differentiated at its surface through contact with the world of perception, but it is also, each time we encounter it, that which says no or me, I, which says one, which speaks about others, which expresses itself in different registers. We are going to employ the techniques of an art of dialogue. Like the good cook, we have to know what joints, what resistances, we will encounter. The super-ego is a law deprived of meaning, but one which nevertheless only sustains itself by language. If I say you turn to the right, it’s to allow the other to bring his language into line with mine. I think of what goes through his head when I speak to him. This attempt to find an agreement constitutes the communication specific to language. This you is so fundamental that it arises before consciousness. Censorship, for example, which is intentional, neverthe less comes into action before consciousness, functioning with vigilance. You is not a signal, but a reference to the other – it is order and love.
In the same way, the ego-ideal is an organism of defence established by the ego in order to extend the subject’s satisfaction. But it is also the function that depresses most, in the psychiatric meaning of the term. The id is not reducible to a pure and objective given, to the drives of the subject. An analysis never leads to specifying a given quantity of aggressivity or erotism. The point to which analysis leads, the end point of the dialectic of existential recognition, is – You are this. In practice this ideal is never reached. The ideal of analysis is not complete self mastery, the absence of passion. It is to render the subject capable of sustaining the analytic dialogue, to speak neither too early, nor too late. Such is the aim of a training analysis.

Jacques Lacan, The Seminar of Jacques Lacan – Book I – Freud’s paper on Technique (1953-1954), Trans. John Forrester, Norton Paperback, New-York, 1991, p. 3

Ou encore, l’ego est d’une part comme un œuf vide, différencié à sa surface par le contact du monde de la perception, mais il est aussi, chaque fois que nous le rencontrons, celui qui dit non ou moi, je, qui dit on, qui parle des autres, qui s’exprime dans différents registres.
Nous allons suivre les techniques d’un art du dialogue. Comme le bon cuisinier, nous avons à savoir quels joints, quelles résistances, nous rencontrons. Le super-ego est une loi dépourvue de sens, mais qui pourtant ne se supporte que du langage. Si je dis tu prendras à droite, c’est pour permettre à l’autre d’accorder son langage au mien. Je pense à ce qui se passe dans sa tête au moment où je lui parle. Cet effort pour trouver un accord constitue la communication propre au langage. Ce tu est tellement fondamental qu’il intervient avant la conscience. La censure, par exemple, qui est intentionnelle, joue pourtant avant la conscience, elle fonctionne avec vigilance. Tu n’est pas un signal, mais une référence à l’autre, il est ordre et amour.
De même, l’idéal du moi est un organisme de défense perpétué par le moi pour prolonger la satisfaction du sujet. Mais il est aussi la fonction la plus déprimante, au sens psychiatrique du terme. L’id n’est pas réductible à un pur donné objectif, aux pulsions du sujet. Jamais une analyse n’a abouti à déterminer tel taux d’agressivité ou d’érotisme. Le point à quoi conduit le progrès de l’analyse, le point extrême de la dialectique de la reconnaissance existentielle, c’est – Tu es ceci. Cet idéal n’est en fait jamais atteint. L’idéal de l’analyse n’est pas la maîtrise de soi complète, l’absence de passion. C’est de rendre le sujet capable de soutenir le dialogue analytique, de parler trop tôt, ni trop tard. C’est à cela que vise une analyse didactique.

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 12

Jacques Lacan, Le Séminaire – Livre I – Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 12

I.

Is the real when one bangs into it by Jacques Lacan

The first lineaments of science show the real for the human eye as what returned always to the same place in the heavens: the stars said to be fixed (quite wrongly, since they turn and, if they turn, it is because it is we who turn). This was not obvious at first. There is no other possible definition of the real than: it is the impossible; when something finds itself characterized as impossible, it is only there that is the real; when one bangs into it, the real, it is the impossible to penetrate.

Jacques Lacan, Conferences in North American Universities: December 2, 1975 at the Massachusetts Institute of Technology, published in Scilicet, 1975, n° 6-7, pp. 53-63. Translated by Jack W. Stone.

Les premiers linéaments de la science montrent le réel pour l’œil humain comme ce qui revenait toujours dans le ciel à la même place : les étoiles dites fixes (bien à tort puisqu’elles tournent et, si elles tournent, c’est parce que c’est nous qui tournons). Ça n’a pas été évident d’emblée. Il n’y a pas d’autre définition possible du réel que : c’est l’impossible ; quand quelque chose se trouve caractérisé de l’impossible, c’est là seulement le réel ; quand on se cogne, le réel, c’est l’impossible à pénétrer.

Jacques Lacan, Conférences dans les universités nord-américaines : le 2 décembre 1975 au MIT, parue dans Scilicet, 1975, n° 6-7, pp. 53-63

Jacques Lacan, Conférences dans les universités nord-américaines : le 2 décembre 1975 au MIT, parue dans Scilicet, 1975, n° 6-7, pp. 53-63

L.

Lacan : “Knowledge affects the body” by David Bernard

The knowledge, that is to say what? Let’s say it too quickly, all these causes of affect so far noted: representations, words, thought, signifiers, and what in Encore will be redefined, with other consequences, as lalangue. Then after the axiom, comes the question: “Knowledge as such affects without doubt. But what? This is the question where we are mistaken “. Lacan will thus say what affect is not, before saying what it is. The whole thing can be summed up in a few words: knowledge affects neither the subject, nor the soul of this subject. But it affects the body of this subject, which is a parlêtre. “I say that knowledge affects the body of the being who only makes himself a being of words, this to fragment his jouissance, to cut it up until it produces the falls of which I keep the (a), to read objet petit a, or abjet, what will be said when I will be dead, the time when at last I will be heard, or the (a)primary cause of his desire “**.

Le savoir, c’est à dire quoi ? Disons-le trop vite, toutes ces causes de l’affect jusqu’ici relevées : des représentations, des mots, une pensée ,des signifiants, et ce qui dans Encore sera redéfini, avec d’autres conséquences, comme lalangue*. Puis après l’axiome, vient la question : ” Le savoir comme tel affecte sans doute. Mais quoi ? c’est la question où l’on se trompe”*. Lacan dira donc ce que n’est pas l’affect, avant que de dire ce qu’il est. Le tout tenant en peu de mots : le savoir n’affecte ni le sujet, ni l’âme de ce sujet. Mais il affecte le corps de ce sujet, qui est un parlêtre. ” Je dis moi que le savoir affecte le corps de l’être qui ne se fait être que de paroles, ceci de morceler sa jouissance, de le découper par là jusqu’à en produire les chutes dont je tais le (a), à lire objet petit a, ou bien abjet, ce qui se dira quand je serai mort, temps où enfin l’on m’entendra, ou encore l'(a)cause première de son désir”**

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 130

Quoting :

*Jacques Lacan, Séminaire Livre XX – Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 127

**Jacques Lacan, “… ou pire, Compte rendu du Séminaire 1971-1972” in Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 550.

T.

The shame’s mathem by David Bernard

This is why, as Alain Abelhauser suggested, I will make shame a name of the fantasy, and the equation of the fantasy, ($ ◇ a) the shame’s mathem. Shame separating and revealing the components of this equation, when its opposite, “sufficiency”, is supported on the contrary by their fusion, this “welding” that makes the apparent unity of the subject. Shame pins down this moment when the subject disappears, and vanishes $, in front of the object of his desire, a, redoubling and awakening the bar that divides him. But also, shame defines that moment when the subject will experience his ontology, and will lower his eyes in front of his condition of speaking being: being nothing, $, if not that, a. Two occurrences of shame, that the clinic allows to verify.

Raison pour laquelle, ainsi que me le suggérait Alain Abelhauser, je ferai de la honte un nom du fantasme, et de l’équation du fantasme, ($ ◇ a) le mathème de la honte. La honte séparant et dévoilant les composants de cette équation, quand son envers, “la suffisance”*, se supporte au contraire de leur fusion, cette “soudure”* qui fait l’unité apparente du sujet. La honte épingle ce moment où le sujet disparaît, et s’évanouit. $, devant l’objet de son désir, a, redoublant et réveillant la barre qui le divise. Mais aussi, la honte définit ce moment où le sujet fera l’expérience de son ontologie, et baissera les yeux devant sa condition d’être parlant: n’être rien, $, sinon ça, a. Deux occurrences de la honte, que la clinique permet de vérifier.

David BernardLacan et la honte – de la honte à l’ontologieEditions nouvelles du Champ lacanien, Paris, 2019, p. 55

Quoting : Jacques Lacan, Le Séminaire livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seul, 2006, p. 22

N.

Nostalgia links the subject to the lost object by Jacques Lacan

A nostalgia links the subject to the lost object, through which the whole effort of the research is fullfiled. It marks the reunion if the sign of a not-possible repetition, since precisely it is not the same object, it could not be. The primacy of this dialectic puts at the center of the relation subject-object a fundamental tension, which makes that what is looked for is not looked for in the same way as what will be found. It is through the search of a past and exceeded satisfaction that the object is sought, and that it is found and seized elsewhere than at the point where it is sought. There is there a fundamental distance which is introduced by essentially conflictual that any research of the object comprises. This is the first form in which in Freud the relation of object appears.

Une nostalgie lie le sujet à l’objet perdu, à travers laquelle s’exerce tout l’effort de la recherche. Elle marque la retrouvaille du signe d’une répétition impossible, puisque précisément ce n’est pas le même objet, ce ne saurait l’être. La primauté de cette dialectique met au centre de la relation sujet-objet une tension foncière, qui fait que ce qui est recherché n’est pas recherché au même titre que ce qui sera trouvé. C’est à travers la recherche d’une satisfaction passée et dépassée que le objet est cherché, et qu’il est trouvé et saisi ailleurs qu’au point où il est cherché. Il y a là une distance foncière qui est introduite par essentiellement conflictuel que comporte toute recherche de l’objet. C’est la première forme sous laquelle dans Freud apparaît la relation d’objet.

Jacques Lacan, La Relation d’objet – Séminaire Livre IV (1956-1957), Le Seuil, Essais, Paris, 2021, p. 15

By the way, Lacan here plays to lightly refer to A la recherche du temps perdu, the Marcel Proust masterpiece.

T.

Truth can only be half-told (mi-dire) by Jacques Lacan

It is also in that sense that, in Kant’s terms, the problem is raised of what a free man should do when one proposes to him all the jouissances if he denounces the enemy who the tyrant fears is disputing his jouissance. From the imperative that nothing pathetic 7 should dictate testimony, must we deduce that a free man ought to tell the tyrant the truth, even if that means delivering the enemy or rival into the tyrant’s hands by his truthfulness? The reservations sparked in all of us by Kant’s answer, which is affirmative, stem from the fact that the whole truth is what cannot be told. It is what
can only be told on the condition that one doesn’t push it to the edge, that one only half-tells (mi-dire) it.

THE LIMITS OF LOVE AND KNOWLEDGE, 1972-1973 THE SEMINAR OF JACQUES LACANTranslated by Bruce Fink

C’est aussi bien en quoi, dans les termes de Kant, le problème s’évoque de ce que doit faire l’homme libre quand on lui propose toutes les jouissances s’il dénonce l’ennemi dont le tyran redoute qu’il soit celui qui lui dispute la jouissance. De cet impératif que rien de ce qui est de l’ordre du pathique ne doit diriger le témoignage, faut-il déduire que l’homme libre doit dire la vérité au tyran, quitte à lui livrer par sa véracité l’ennemi, le rival? La réserve que nous inspire à tous la réponse de Kant, qui est affirmative, tient à ce que toute la vérité, c’est ce qui ne peut pas se dire. C’est ce qui ne peut se dire qu’à condition de ne la pas pousser jusqu’au bout, de ne faire que la mi-dire.

Jacques LacanEncore – Le Séminaire Livre XX (1972-1973), Seuil, 1975, p. 117-118
T.

The bar (helm) embarrasses the subject by Jacques Lacan

The wind seems blowing on me, d’on’t you notice ? That embarrassment is very exactly the subject $ wearing the bar (helm); That the etymology imbaricare strictly speaking is the most direct allusion to the bar (helm) as such; And that as well it is the image of what is called the most direct experience of “embarrassment”. When you don’t know what to do with yourself, when you don’t know what to stand behind, it is clearly the experience of the bar (helm) that is at stake. And this bar (helm) can take more than one shape: curious references that can be found, if I am well informed, in many patois where the embarrassment, the embarazada – there are no Spaniards here? – Too bad, because I am told that the embarazada – without using the patois – means pregnant woman in Spanish. Which is another very significant form of the bar (helm) at its place.

Manifestement le vent souffle sur moi, si vous vous apercevez : Qu’embarras c’est très exactement le sujet $ revêtu de la barre ; Que l’étymologie imbaricare fait à proprement parler l’allusion la plus directe à la barre comme telle ; Et qu’aussi bien c’est là l’image de ce que l’on appelle le vécu le plus direct de l’« embarras ». Quand vous ne savez plus que faire de vous, que vous ne trouvez pas derrière quoi vous remparder, c’est bien de l’expérience de la barre qu’il s’agit. Et aussi bien cette barre peut prendre plus d’une forme : de curieuses références qu’on trouve, si je suis bien informé, dans de nombreux patois où l’embarrassé, l’embarazada – il n’y a pas d’Espagnols ici ? – tant pis car on m’affirme que l’embarazada – sans recourir au patois – veut dire la femme enceinte en espagnol. Ce qui est une autre forme bien significative de la barre à sa place.

Jacques LACAN, Le séminaire – Livre X : L’angoisse : 1962 – 1963, Paris, Éd. du Seuil, 2004. – Leçon du 14 novembre 1962

Jacques Lacan, Le séminaire – Livre X : 1962 – 1963, PDF

S.

Subject is what the signifier represents for another signifier by Jacques Lacan

The effect of the language, it’s the cause introduced into the subject. By this effect, he is not a cause of himself, he carries within him the worm of the cause that splits him. That’s why its cause, it’s the signifier without which there would be no subject in the real. But this subject, it’s what the signifier represents, and it can represent nothing but for another signifier: to which, from then, the listening subject is reduced. The subject, then, we’re not talking to him. It/Id* talks for him, and that’s where he apprehends himself, all the more so because before, simply because it is addressed to him, he disappears as a subject under the signifier he is becoming, he was absolutely nothing.

L’effet de langage, c’est la cause introduite dans le sujet. Par cet effet il n’est pas cause de lui-même, il porte en lui le ver de la cause qui le refend. Car sa cause, c’est le signifiant sans lequel il n’y aurait aucun sujet dans le réel. Mais ce sujet, c’est ce que le signifiant représente, et il ne saurait rien représenter que pour un autre signifiant : à quoi dès lors se réduit le sujet qui écoute. Le sujet donc, on ne lui parle pas. Ça parle de lui, et c’est là qu’il s’appréhende, et ce d’autant plus forcément qu’avant que du seul fait que ça s’adresse à lui, il disparaisse comme sujet sous le signifiant qu’il devient, il n’était absolument rien. 

*The equivoqual “ça” in french has no direct correspondance in english. Here it refers to the Id concept in the Freudian second topic.

Jacques Lacan, Écrits. 2 : “Position de l’inconscient – Congrès de Bonneval – reprise de 1960 en 1964”, Nouvelle éd., Paris, Ed. du Seuil, 1999, p. 315

L.

Lacan’s shame at Fiat’s chain by Jacques Lacan

Take the chain at Fiat, or elsewhere. I’m talking about the Fiat one because I’ve already mentioned it, here or elsewhere, and I’ve been there. I’ve had this strong feeling, indeed, of seeing people busy at work without me knowing absolutely what they were doing. It made me feel ashamed. To you, it doesn’t, good for you. But in the end, I was very embarrassed. I was just with the boss, Johnny, as they call him, as I call him. Johnny, too, was obviously… well, he too was ashamed. This later appeared into questions he asked me, all of which had the apparent purpose, intended to hide his embarrassment, of making me say that, in all likelihood, they were happier there, at his place, than at Renault.

Prenez la chaîne chez Fiat, ou ailleurs. Je parle de celle de Fiat parce que je l’ai déjà évoquée, ici ou ailleurs, et j’y ai été. J’ai eu vivement ce sentiment, en effet, de voir des gens occupés à un travail sans que je sache absolument ce qu’ils faisaient. Moi, ça m’a fait honte. A vous, ça ne vous le fait pas, tant mieux. Mais enfin, j’ai été très gêné. J’étais justement avec le patron, Johnny, comme on l’appelle, comme je l’appelle. Johnny, lui aussi, était manifestement… enfin, lui aussi avait honte. Ça se traduit après par des questions qu’il m’a posées, qui avaient toutes la visée apparente, destinée à dissimuler son embarras, de me faire dire que, selon toute vraisemblance, ils étaient plus heureux là, chez lui, que chez Renault.

Jacques LacanLe séminaire ivre XVI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), Seuil, Paris, 2006, p. 238

I.

I am (a) painting : i am looked by Jacques Lacan

To begin with, I must insist on this – in the scopic field, the gaze is outside, I am looked at, that is to say, I am (a)* painting.
This is the function that lies at the most intimate level of the institution of the subject in the visible. What fundamentally determines me in the visible is the gaze that is outside.It is through the gaze that I enter the light, and it is from the gaze that I receive the effect. From this it emerges that the gaze is the instrument through which light is incarnated, and where – if you allow me to use a word as I often do, by breaking it down – I am photo-graphed.

Il me faut, pour commencer, insister sur ceci – dans le champ scopique, le regard est au-dehors, je suis regardé, c’est-à-dire je suis tableau.
C’est là la fonction qui se trouve au plus intime de l’institution du sujet dans le visible. Ce qui me détermine foncièrement dans le visible, c’est le regard qui est au-dehors. C’est par le regard que j’entre dans la lumière, et c’est du regard que j’en reçois l’effet. D’où il ressort que le regard est l’instrument par où la lumière s’incarne, et où -s i vous me permettez de me servir d’un mot comme je le fais souvent, en le décomposant – je suis photo-graphié.

* “i am painting” is a correct translation, but it brings confusion between being something wich was painted, and being painting in a progressive form. Lacan, in his french words, didn’t refer to a progressive form.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

A.

A stain on the painting by Jacques Lacan

This story is true. It dates back to something like my twenties – and in that time, of course, as a young intellectual, I had no other concern than to go elsewhere, to bathe in some direct, rural, hunting, even marine practice. One day, I was on a small boat, with a few people, members of a fishing family in a small port. At that time, our Brittany was not yet at the stage of the big industry, nor of the trawler, the fisherman fished in his nut’s shell at his own risk. It was his risks and perils that I liked to share, but it was not all the time risks and perils, there were also days of good weather. One day, then, while we were waiting for the time to pull out the nets, the one named Petit-Jean, we would call him that – he, like all his family, disappeared very quickly because of tuberculosis, which was at that time the really ambient disease in which all that social stratum was moving – showed me something floating on the surface of the waves. It was a small can, and even, let’s specify, a sardine can. It was floating there in the sun, a testimony to the canning industry, which we were, by the way, in charge of feeding. It glimmered in the sun. And Petit-Jean said to me – You see, this can? Do you see it (/her)* ? Well, it (/she) doesn’t see you!
This little episode, he thought it was very funny, me, less so. I tried to find out why I found it less funny. It’s very instructive.
First of all, if it makes sense for Petit-Jean to tell me that the can doesn’t see me, it’s because, in a certain sense, it’s (/she’s) looking at me. It is looking at me at the light point, where everything that looks at me is, and that is not a metaphor.
The significance of this little story, as it had just come up in my partner’s invention, the fact that he found it so funny, and I found it less funny, is that, if I am told a story like that, it is all the same because I, at that moment as I portrayed myself, with these guys who were struggling to earn a living, in the embrace of what was for them the harsh nature – I was painting a picture in a rather inarguable way. To tell the truth, I was a little kind of a stain on the painting.

Cette histoire est vraie. Elle date de quelque chose comme mes vingt ans – et dans ce temps, bien sur, jeune intellectuel, je n’avais d’autre souci que d’aller ailleurs, de me baigner dans quelque pratique directe, rurale, chasseresse, voire marine. Un jour, j’étais sur un petit bateau, avec quelques personnes, membres d’une famille de pêcheurs dans un petit port. A ce moment-là, notre Bretagne n’était pas encore au stade de la grande industrie, ni du chalutier, le pêcheur péchait dans sa coquille de noix à ses risques et périls. C’était ses risques et périls que j’aimais partager, mais ce n’était pas tout le temps risques et périls, il y avait aussi des jours de beau temps. Un jour, donc, que nous attendions le moment de retirer les filets, le nommé Petit-Jean, nous l’appellerons ainsi – il est, comme toute sa famille, disparu très promptement du fait de la tuberculose, qui était à ce moment-là la maladie vraiment ambiante dans laquelle toute cette couche sociale se déplaçait – me montre un quelque chose qui flottait à la surface des vagues. C’était une petite boîte, et même, précisons, une boite à sardines. Elle flottait là dans le soleil, témoignage de l’industrie de la conserve, que nous étions, par ailleurs, chargés d’alimenter. Elle miroitait dans le soleil. Et Petit-Jean me dit – Tu vois, cette boite ? Tu la vois ? Eh bien, elle, elle te voit pas !
Ce petit épisode, il trouvait ça très drôle, moi, moins. J’ai cherché pourquoi moi, je le trouvais moins drôle. C’est fort instructif.
D’abord, si ça a un sens que Petit-Jean me dise que la boite ne me voit pas, c’est parce que, en un certain sens, tout de même, elle me regarde. Elle me regarde au niveau du point lumineux, où est tout ce qui me regarde, et ce n’est point là métaphore.
La portée de cette petite histoire, telle qu’elle venait de surgir dans l’invention de mon partenaire, le fait qu’il la trouvât si drôle, et moi, moins, tient à ce que, si on me raconte une histoire comme celle-là, c’est tout de même parce que moi, à ce moment-là – tel que je me suis dépeint, avec ces types qui gagnaient péniblement leur existence, dans l’étreinte avec ce qui était pour eux la rude nature – moi, je faisais tableau d’une façon assez inénarrable. Pour tout dire, je faisais tant soit peu tache dans le tableau.

*In French, a can and a woman may be represented by the pronoum “she”, which adds to this story an equivoqual linked to what Lacan teaches in this seminar.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

S.

Symbolic function of the “name” by Judith Butler

The imaginary relation, the one constituted through narcissistic identification, is always tenuous precisely because it is an external object that is determined to be oneself; this failure to close the distance between the ego who identifies elsewhere and the elsewhere which is the defining site of that ego haunts that identification as its constitutive discord and failure. The name, as part of a social pact and, indeed, a social system of signs, overrides the tenuousness of imaginary identification and confers on it a social durability and legitimacy. The instability of the ego is thus subsumed or stabilized by a symbolic function, designated through the name : the “permanent appearance over time” of the human subject is, Lacan claims, “strictly only recognizable through the intermediary of the name. The name is the time of the object”

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 153

La relation imaginaire, celle qui se constitue à travers l’identification narcissique, est toujours fragile, précisément parce que c’est un objet extérieur qui est défini comme moi-même; l’incapacité à réduire la distance entre le moi qui s’identifie ailleurs et cet ailleurs qui est le site de définition du moi hante cette identification comme sa contra diction et son échec constitutifs. Le nom, en tant qu’il fait partie d’un pacte social et même d’un système social de signes, surmonte la fragilité de l’identification imaginaire et lui confère une stabilité et une légitimité sociales. L’instabilité du moi est ainsi dépassée par la fonction symbolique, désignée par le nom: « cette apparence qui perdure un certain temps » du sujet humain n’est, à en croire Lacan, « strictement connaissable que par l’intermédiaire du nom ».

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993), Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 225

Here Butler quotes :
Jacques Lacan, Le séminaire – Livre II – Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse1954-1955, Editions du Seuil, 2001, p. 202

T.

The poetic Real of Kristeva by Judith Bulter

Here is a part of the function of the Real in its convergence with the maternal body that is not thematizable in Lacanian discourse. The Real is what resists and constrains symbolization. While in Lacanian doctrine the «Real» is defined as unrepresentable, and the spectrum of its unrepresentability is the psychosis’s one, Kristeva rewrites and reinterprets this exterior «of the symbolic» as semiotics, as a poetic mode of signification which, although depending on the symbolic, can neither be reduced to it, nor be represented as its non-thematizable Other.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

C’est là en partie la fonction du Réel dans sa convergence avec le corps maternel non thématisable dans le discours lacanien. Le Réel est ce qui résiste à la symbolisation et y contraint. Tandis que, dans la doctrine lacanienne, le « réel » est défini comme irreprésentable, et que le spectre de son irreprésentabilité est celui de la psychose, Kristeva redécrit et réinterprète cet extérieur » du symbolique comme le sémiotique, c’est-à-dire comme un mode de signification poétique qui, bien qu’il soit dépendant du symbolique, ne peut ni être réduit à lui, ni être représenté comme son Autre non thématisable.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 113
T.

Transfer, love and castration by Jacques Lacan

This love is present in various ways, but at least they [psychoanalysts] remember it when it is there, visible. It is in function of this love, let us say, real, that the central question of transference is instituted, the one that the subject asks himself concerning the agalma, namely what he lacks, because it is with this lack that he loves.
It is not for nothing that I have always believed that love is to give what one does not have. It is even the principle of the castration complex. In order to have the phallus, in order to be able to use it, one must not be.

Cet amour est présent de diverses façons, mais au moins qu’ils [les psychanalystes] s’en souviennent quand il est là, visible. C’est en fonction de cet amour, disons, réel, que s’institue ce qui est la question centrale du transfert, celle que se pose le sujet concernant l’agalma, à savoir ce qui lui manque, car c’est avec ce manque qu’il aime.
Ce n’est pas pour rien que, depuis toujours, je vous serine que l’amour, c’est de donner ce qu’on n’a pas. C’est même le principe da complexe de castration. Pour avoir le phallus, pour pouvoir s’en servir. il faut justement ne pas l’être.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 128

T.

To be recognized as an object of desire by Jacques Lacan

This allows me to introduce a few formulas, the first of which is that to be recognized as an object of desire, in the meaning in which I articulate it, is always masochistic.

Cela me permet d’introduire quelques formules, dont la première est que se reconnaitre comme objet de désir, au sens où je l’articule, est toujours masochiste.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 125

A.

Anxiety : libido’s support interruption by Jacques Lacan

And I would indicate here, by the way, this term, little used I believe in German and that the vague translations that we have in French, allow to escape completely ; it is, when anxiety is involved, the relationship that Freud indicates with Libidoaushalt. We are dealing here with a term which is between Aushaltung which would indicate something of the order of interruption, of breaking and Inhalt which is the content. It is neither one thing nor the other : it is the support of the libido. In a word, this relationship to the object that I am speaking about to you today, is here directed, indicated in a way which allows a synthesis to be made between the signal function of anxiety and its relationship, all the same, to something that we can call an interruption in the support of the libido.


J’indiquerai en passant ce terme que je crois peu usité en allemand et que les traductions vagues que nous avons en français laissent tout à fait échapper. C’est, quand il s’agit de l’angoisse, le rapport que Freud indique par le mot Libidohaushalt. Nous avons là affaire à un terme qui est entre Aushaltung, qui indiquerait quelque chose de l’ordre de l’interruption ou de la levée, et Inhalt. qui serait le contenu. Ce n’est ni l’un ni l’autre. C’est le soutien de la libido. Pour tout dire, ce rapport à l’objet dont je vous entretiens aujourd’hui permet de faire la synthèse entre la fonction de signal de l’angoisse et sa relation, tout de même, avec quelque chose que nous pouvons appeler, dans le soutien de la libido, une interruption.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 122

T.

The a object is behind the desire by Jacques Lacan

I would say then, to fix our aims, the object, the a object, this object which is not to be situated in anything whatsoever which is analogous to the intentionality of an noeme, which is not in the intentionality of desire, this object ought to be conceived by us as the cause of the desire, and, to take up my metaphor of a little while ago, the object is behind the desire.

Pour fixer notre visée, je dirai que l’objet a n’est pas à situer dans quoi que ce soit d’analogue à l’intentionnalité d’une noese. Dans l’intentionnalité du désir, qui doit en être distinguée, cet objet est à concevoir comme la cause du désir. Pour reprendre ma métaphore de tout à l’heure, l’objet est derrière le désir.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 119

A.

Anxiety : subjective translation of the a object by Jacques Lacan

This is why the object a comes this year into the centre of our remarks. And if effectively it is inscribed in the frame of this anxiety that I took as a title, it is precisely for the reason that it is essentially from this angle that it is possible to speak about it, which means again that anxiety is its only subjective expression. If the a which we are dealing with here was all the same introduced a long time ago and along the path which brings it to you, was therefore announced elsewhere, it was announced in the formula of the fantasy ($ ◇ a), desire of a.

L’objet a vient cette année au centre de notre propos. S’il s’inscrit dans le cadre d’un Séminaire que j’ai intitulé de l’angoisse, c’est parce que c’est essentiellement par ce biais qu’il est possible d’en parler, ce qui veut dire encore que l’angoisse est sa seule traduction subjective. Le a qui vient ici a pourtant été introduit dès longtemps. Il s’est annoncé dans la formule du fantasme en tant que support du désir, ($ ◇ a), $ désir de a.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 119

W.

What object a I am for this desire by Jacques Lacan

Anxiety, I announced to you first in the Seminar of two years ago, anxiety manifests itself tangibly in a first approach as referring – and in a complex fashion – to the desire of the Other. From this first approach, I indicated that the anxietyprovoking function of the desire of the Other was linked to the fact that I do not know what object a I am for this desire.

Comme je vous l’ai annoncé dès le Séminaire d’il y a deux ans, l’angoisse se manifeste sensiblement comme se rapportant de façon complexe au désir de l’Autre. Dès ce premier abord, j’ai indiqué que la fonction angoissante du désir de l’Autre était liée à ceci, que je ne sais pas quel objet a je suis pour ce désir.

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre X, L’angoisse, Paris, éd. du Seuil, 2004, p. 376

S.

Shame : reverse side of psychoanalysis by Jacques Lacan

You’re going to tell me, the shame, what benefice? If this is the reverse side of psychoanalysis, not for us. I answer you – You’ve got a lot of it. If you don’t know it yet, make a slice, as they say. You’ll see that stale air of yours stumbling at every step with a shameful shame of living on the top.

Vous allez me dire La honte, quel avantage ? Si c’est ça, l’envers de la psychanalyse, très peu pour nous. Je vous réponds – Vous en avez à revendre. Si vous ne le savez pas encore, faites une tranche, comme on dit. Cet air éventé qui est le vôtre, vous le verrez buter à chaque pas sur une honte de vivre gratinée.

Jacques Lacan, Le séminaire livre XVII, l’envers de la psychanalyse (1969-1970), Seuil, Paris, 1991, p. 211

T.

The extimate by Jacques Lacan

This distribution, its intimate limit, this is what conditions what in its time, and with more words of course, more illustrations than I can do here, I have designated as the vacuole, this forbiddness in the center, which constitutes, in short, what is closest to us, while being external to us. It would be necessary to use the word extime to designate what it is about.

Cette distribution, sa limite intime, voilà ce qui conditionne ce qu’en son temps, et avec plus de mots, bien sûr, plus d’illustrations que je ne peux le faire ici,j’ai désigné comme la vacuole, cet interdit au centre, qui constitue, en somme, ce qui nous est le plus prochain, tout en nous étant extérieur. Il faudrait faire le mot extime pour désigner ce dont il s’agit.

Jacques Lacan, Le séminaire ivre XVI, D’un Autre à l’autre (1968-1969), Seuil, Paris, 2006, p. 224

B.

Being unable to see herself being seen by Jacques Lacan

But let’s stop for a moment at this blind girl. What does she mean? And to consider first of all what she is projecting in front of us, doesn’t she seems protected by a kind of sublime figure of modesty/decency ? – Which is based on the fact that, being unable to see herself being seen, she seems sheltered from the only glance able to unveil.

Mais arrêtons-nous un instant à cette fille aveugle. Que veut-elle dire ? Et pour considérer d’abord ce qu’elle projette devant nous, ne semble-t-il pas qu’elle est protégée par une sorte de figure sublime de la pudeur ? – qui s’appuie sur ceci que, de ne pouvoir se voir être vue, elle semble à l’abri du seul regard qui dévoile.

Jacques LacanLe Séminaire, Livre VIII, Le transfert, Le Seuil, coll. « Le Champ freudien », 1991, p. 359

Here, Lacan to refers to the Paul Claudel’s masterpiece La Trilogie des Coûfontaine where Pensée is a blind character.

V.

Versagung implies a default to a promise by Jacques Lacan

If you remember what I taught you in those days on several occasions, here and elsewhere, at the seminary and at the Société, I have asked you to review the use of the term frustration today. This was to encourage a return to what the original Versagung word means in Freud’s text, where the term is never used, because its emphasis can be put far beyond, and far deeper than, any conceivable frustration. Versagung implies a default to the promise, and a default to a promise for which everything has already been given up, and this is the exemplary value of the personnage and drama of Sygne.

Si vous vous souvenez de ce que je vous ai appris en son temps à plusieurs reprises, ici et ailleurs, au séminaire et à la Société, je vous ai priés de réviser l’usage qui est fait aujourd’hui en analyse du terme de frustration. C’était pour inciter à revenir à ce que veut dire, dans le texte de Freud où jamais ce terme est employé, le mot original de la Versagung, pour autant que son accent peut être mis bien au-delà, et bien plus profondément, que toute frustration concevable. Versagung implique le défaut à la promesse, et le défaut à une promesse pour quoi déjà tout a été renoncé, c’est là la valeur exemplaire du per sonnage et du drame de Sygne.

Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre VIII, Le transfert, Le Seuil, coll. « Le Champ freudien », 1991, p. 353

Here, Lacan to refers to the Paul Claudel’s masterpiece La Trilogie des Coûfontaine where Sygne is one of the main characters.

L.

Love is a switching speech sign by Jacques Lacan

[…] there is the emergence of analytical speech at each crossing of a speech to another. I do not say anything else by saying that love is the sign that we’re switching of speech

[…] il y a de l’émergence du discours analytique à chaque franchissement d’un discours à un autre. Je ne dis pas autre chose en disant que l’amour, c’est le signe qu’on change de discours.

Jacques Lacan, Encore – Le Séminaire Livre XX (1972-1973), Seuil, 1975, p. 25

P.

Phallus signifier marks the Other by Jacques Lacan

The main of what I’ve brought you by describing the phallus’s function, is that it is this signifier that marks what the Other desires as himself is, as real Other, as human Other, is marked in his economy by the signifier.

L’essentiel de ce que je vous ai apporté en vous décrivant la fonction du phallus, c’est qu’il est ce signifiant qui marque ce que l’Autre désire en tant que lui-même, comme Autre réel, Autre humain, il est dans son économie d’être marqué par le signifiant.

LACAN J., Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient (1957-1958), Seuil, Paris, 1998, p. 366

P.

Phallus marks what the Other desires by Jacques Lacan

Most of what I’ve brought you by describing the function of the phallus, is that the phallus is this signifer which marks what the Other desires, as himself, as a real Other, a human Other, he is, in his self-being economy, marked by the signifier. […] Precisely; this is to the extent that the Other is marked by the signifier that the subject can – and can only by, through this Other – recognize that he is marked too by the signifier, that is to say : there is always something that remains beyond what can be satisfied through the signifier, which means through the demand.

L’essentiel de ce que je vous ai apporté en vous décrivant la fonction du phallus, c’est qu’il est ce signifiant qui marque ce que l’Autre désire en tant que lui-même, comme Autre réel, Autre humain, il est dans son économie d’être marqué par le signifiant. […] C’est précisément dans la mesure où l’Autre est marqué par le signifiant que le sujet peut – et ne peut que par là, par l’intermédiaire de cet Autre – reconnaître que lui aussi est marqué par le signifiant, c’est-à-dire qu’il y a toujours quelque chose qui reste au-delà de ce qui peut se satisfaire par l’intermédiaire du signifiant, c’est-à-dire par la demande.

Jacques Lacan, Le séminaire livre V, Les formations de l’inconscient (1957-1958), Seuil, Paris, 1998, p. 366

F.

Freud’s ambiguity in German and French by Jacques Lacan

Freud is actually convinced to have proposed the right solution to Irma – Lösung. This word has the same ambiguity in German and French – and means a solution which is injected as well as a problem’s solution.

Freud a, en effet, le sentiment d’avoir bien proposé à Irma la bonne solution – Lösung. Ce mot a la même ambiguïté en allemand qu’en français – c’est aussi bien la solution qu’on injecte que la solution d’un conflit.

Jacques Lacan, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Le séminaire Livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 208

FN : “Irma’s injection” is a famous dream in The interpretation of Dreams

S.

Spoken word is produced at the Other’s Locus by Jacques Lacan

Let us start once again from the point where the subject‘s own spoken word [parole] is a message firstly to him, because it [parole] is produced at the Other‘s locus.

Repartons une fois de plus de ceci que c’est d’abord pour le sujet que sa parole est un message, parce qu’elle se produit au lieu de l’Autre.

Jacques Lacan, « La direction de la cure » (1957) In Ecrits, Seuil, Paris, 1971, p. 111

D.

Dream is discourse by Jacques Lacan

The dream‘s desire is not assumed by the subject who says : “I” in his own spoken words [parole]. However articulated to the Other‘s locus, dream is discourse, discourse whose Freud began to enunciate the grammar.

Le désir du rêve n’est pas assumé par le sujet qui dit : « Je » dans sa parole. Articulé pourtant au lieu de l’Autre, il est discours, discours dont Freud a commencé à énoncer la grammaire.

Jacques Lacan, « La direction de la cure » (1957) In Ecrits, Seuil, Paris, 1966, p. 629

F.

Freud’s dream is already addressed to us by Jacques Lacan

Freud, when he teaches us the secret of this Luciferian mystery, is not alone facing this dream. As the dream is addressed to psychoanalyst during a psychoanalysis, Freud’s dream is already addressed to us.

Freud, lorsqu’il nous communique le secret de ce mystère luciférien, n’est pas seul confronté à ce rêve. De même que dans une analyse le rêve s’adresse à l’analyste, Freud dans ce rêve s’adresse déjà à nous.

Jacques LACAN, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Séminaire livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 235

T.

The end that the dream reaches by Jacques Lacan

Indeed, this is the end that the dream reaches : the symbolic-system’s starting in its most radical use, absolute, goes to so completely abolish the action of each individual, that it eliminates on the same trick his world’s tragic relationship.

C’est en effet à cela qu’aboutit le rêve. L’entrée en fonction du système symbolique dans son usage le plus radical, absolu, vient à abolir si complètement l’action de l’individu, qu’il élimine du même coup son rapport tragique au monde.

Jacques Lacan, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyseSéminaire livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 232

D.

Dream teaches us by Jacques Lacan

So, [the] dream teaches us that – what is at stake in the dream’s function is beyond the ego, what in the subject is from the subject and is not subject’s, this is the unconscious .

[Le] rêve nous enseigne donc ceci – ce qui est en jeu dans la fonction du rêve est au-delà de l’ego, ce qui dans le sujet est du sujet et n’est pas du sujet, c’est l’inconscient.

Jacques Lacan, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Séminaire livre II (1954 – 1955), Seuil, Paris, 1978, p. 219

P.

Psychoanalysis acts something by Jacques Lacan

Psychoanalysis, at least in principle, as it is clear here, as your presence to hear me is a witness of this, psychoanalysis, it acts something. It acts, it’s not enough, it’s essential, it is in its heart, a properly named poetic view : the poetry too acts something.

La psychanalyse, il est entendu, au moins en principe, il est supposé, au moins par le fait que vous êtes là pour m’entendre, que la psychanalyse, ça fait quelque chose. Ça fait, ça ne suffit pas, c’est essentiel, c’est au point central, c’est la vue poétique à proprement parler de la chose, la poésie aussi, ça fait quelque chose.

Jacques Lacan, “Leçon du 15 novembre 1967” in Le séminaire livre XVL’acte analytique, Inédit

F.

Facts : many different aspects by Jacques Lacan

The facts don’t contain in themselves the value these clever people gave them. The evidence is that these so-called “facts” are available to men’s observation from Adam‘s times, but appeared to them as such “facts”, with many different aspects from those early days: even today, the wild Melanesian man claims too, be sure of that, stick to the facts.

Les faits n’ont pas en eux-mêmes la valeur que leur accordent ces habiles. La preuve est que ces fameux « faits » s’offrent à l’observation des hommes depuis Adam, mais qu’ils leur sont apparus, en tant que faits, sous des aspects bien différents depuis cette époque lointaine : de nos jours même, le sauvage mélanésien prétend lui aussi, n’en doutons pas, s’en tenir aux faits.

Jacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (1932), Paris, Editions Du Seuil, 1980, p. 308

T.

The insane takes things serioulsy by Jacques Lacan

Observe normal subjects, and therefore yourself, the number of things which really are  your basic occupation to don’t considere them seriously. It may be nothing more than the first difference between you and the insane. That’s why the insane embodies for many, and even without they did confess, where it would lead us if we start taking things seriously.

Observez bien chez les sujets normaux, et par conséquent chez vous même, le nombre de choses dont c’est vraiment votre occupation fondamentale que de ne pas les prendre au sérieux. Ce n’est peut-être rien d’autre que la première différence entre vous et l’aliéné. Et c’est pourquoi l’aliéné incarne pour beaucoup, et sans même qu’il se le dise, là où ça nous conduirait si nous commencions à prendre les choses au sérieux

.

Jacques Lacan, Séminaire Livre IIILes Psychoses, Paris, Editions du Seuil, 1981, P. 140

M.

Mirror stage by Jacques Lacan

The little man at an age when he is for a short time, but still for a time, exceeded in instrumental intelligence by the chimpanzee, yet already recognizes his image in the mirror as such.

Le petit d’homme à un âge où il est pour un temps court, mais encore pour un temps, dépassé en intelligence instrumentale par le chimpanzé, reconnaît pourtant déjà son image dans le miroir comme telle.

Jacques Lacan, Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je (1949) in Ecrits I, Paris, Points, 1999, p. 92

E.

Eye, ocellus, and stain by Jacques Lacan

As Caillois reminds us a lot of relevance, in terms of such mimetic events, and especially that which we can discuss the function of the eyes, namely the ocelli, it is to understand if they impress – this is a fact they have this effect on the predator or the alleged victim who comes to look at – they impress by their resemblance to the eyes, or if, on the contrary, the eyes are fascinating as their relationship with the form ocelli. In other words, should not we,about that, distinguish the function of the eye of the look ?
This distinctive example, chosen as such – for his community, for his dummy, for its uniqueness – is for us a small demonstration of a function to isolate – that, say the word, of the stain. This example is valuable to us mark the pre-existence in seen of a given-to-see.

 

Comme le rappelle Caillois avec beaucoup de pertinence, s’agissant de telles manifestations mimétiques, et spécialement de celle qui peut nous évoquer la fonction des yeux, à savoir les ocelles, il s’agit de comprendre s’ils impressionnent – c’est un fait qu’ils ont cet effet sur le prédateur ou la victime présumée qui vient à les regarder – s’ils impressionnent par leur ressemblance avec des yeux, ou si, au contraire, les yeux ne sont fascinants que de la leur relation avec la forme des ocelles. Autrement dit, ne devons nous pas à ce propos distinguer la fonction de l’œil de celle du regard ?
Cet exemple distinctif, choisi comme tel – pour sa localité, pour son factice, pour son caractère exceptionnel – n’est pour nous qu’une petite manifestation d’une fonction à isoler – celle, disons le mot, de la tache. Cet exemple est précieux pour nous marquer la préexistence au vu d’un donné-à-voir.

 

Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyseSéminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

F.

Fiction and Fixion by Jacques Lacan

Use the “pastout” (notall), the “hommoinzun” (oneatleast) or the impasses of logic, is, to show the aim out of the fictions of Worldliness, do fixion from real: from the impossible that fix it from structure to language.

Recourir au pastout, à l’hommoinzun, soit aux impasses de la logique, c’est, à montrer l’issue hors des fictions de la Mondanité, faire fixion autre du réel: soit de l’impossible qui le fixe de la structure du langage.

Jacques Lacan, “L’étourdit” in Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p.479

T.

The look can contain in itself the a object by Jacques Lacan

The look can contain in itself the a object of Lacanian algebra when the subject comes to fall, and which specifies the scopic field, and generates its own satisfaction, it is there, for structure reasons, the fall of the subject remains unnoticed because it is reduced to zero.

Le regard peut contenir en lui-même l’objet a de l’algèbre lacanienne où le sujet vient à choir, et ce qui spécifie le champ scopique, et engendre la satisfaction qui lui est propre, c’est que là, pour des raisons de structure, la chute du sujet reste toujours inaperçue, car elle se réduit à zéro.

Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse Séminaire XI (1964), Seuil, Paris, 1973, p.89

I.

I am looked from everywhere by Jacques Lacan

Maurice Merleau-Ponty makes now the next step by forcing the boundaries of this same phenomenology. You will see that the ways in which it will lead are not only about the phenomenology of visual, but they will also find – this is the essential point – the dependence of the visible towards what puts us under the eye of the seer. Yet is it too much to say, since this eye is not more than the metaphor of something that I would call the thrust of the seer – something before his eye. What is identified by the routes the way he tells us, is the pre-existence of a look – I see only from one point, but in my existence I am looked from everywhere.

Maurice Merleau-Ponty fait maintenant le pas suivant en forçant les limites de cette phénoménologie même. Vous verrez que les voies par où il vous mènera ne sont pas seulement de l’ordre de la phénoménologie du visuel, puisqu’elles vont à retrouver – c’est là le point essentiel – la dépendance du visible à l’égard de ce qui nous met sous l’œil du voyant. Encore est-ce trop dire, puisque cet œil n’est que la métaphore de quelque chose que j’appellerais la pousse du voyant – quelque chose d’avant son œil. Ce qu’il s’agit de cerner, par les voies du chemin qu’il nous indique, c’est la préexistence d’un regard – je ne vois que d’un point, mais dans mon existence je suis regardé de partout.

Jacques Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyseséminaire XI (1964), Points, Paris, 1973, p.84

T.

The look and eyes by Jacques Lacan

I can feel myself looked by someone I do not even see his eyes, and even appearance. Just something to me means that others may be there. This window, if it is a bit obscure, and if I have reason to believe that there is someone behind is already one looking. From the moment that look there exists, I’m already something else, that I feel myself becoming an object for the look of others.

Je peux me sentir regardé par quelqu’un dont je ne vois même pas les yeux, et même pas l’apparence. Il suffit que quelque chose me signifie qu’autrui peut être là. Cette fenêtre, s’il fait un peu obscur, et si j’ai des raisons de penser qu’il y a quelqu’un derrière, est d’ores et déjà un regardant. A partir du moment où ce regard existe, je suis déjà quelque chose d’autre, en ce que je me sens moi-même devenir un objet pour le regard d’autrui.

Jacques Lacan, Séminaire I Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Le Seuil, 1998, p. 240