P.

Positive correlations by Collazzoni, Larøi, Laloyaux

Correlational analyses (Table 2) demonstrated significant and positive correlations between the PDI-P and the RFQ, the CHS, and the FHS. The RFQ was found to be significantly and positively correlated with the CHS and the FHS. Finally, the CHS was significantly and positively correlated with the FHS. The results of the hierarchical multiple regression analysis are reported in Table 3. First, step 1 revealed that the RFQ was a significant predictor of persecutory ideation proneness (β = 0.23), explaining 5% of the PDI-P variance. Step 2 revealed that the RFQ and CHS together explained 8% of the persecutory ideation proneness variance. In particular, the CHS explained 3% of the PDI-P (β = 0.20). Step 3 revealed that the FHS was not a significant predictor of PDI-P (β = 0.08).

Humilitation - Persecution - Collazzoni - Laloyaux - Larøi - Table 2

Humilitation - Persecution - Collazzoni - Laloyaux - Larøi - Table 3

Les analyses corrélatives (tableau 2) ont démontré des corrélations significatives et positives entre le PDI-P et le RFQ, le CHS et le FHS. La RFQ est significativement et positivement corrélée avec la CHS et la FHS. Enfin, le CHS est significativement et positivement corrélé avec le FHS. Les résultats de l’analyse hiérarchique de régression multiple sont présentés dans le tableau 3. Tout d’abord, l’étape 1 a révélé que le RFQ était un prédicteur significatif de la propension aux idées persécutrices (β = 0,23), expliquant 5 % de la variance du PDI-P. L’étape 2 a révélé que la RFQ et le CHS expliquaient ensemble 8 % de la variance de la propension aux idées persécutrices. En particulier, le CHS a expliqué 3 % de la variance du PDI-P (β = 0,20). L’étape 3 a révélé que le FHS n’était pas un prédicteur significatif de la PDI-P (β = 0,08).

Alberto Collazzoni, Julien Laloyaux, Frank Larøi, “Examination of humiliation and past maladaptive family context in persecutory ideation: An exploratory study” in Comprehensive Psychiatry – Volume 78, 2017, Pages 19-24,
ISSN 0010-440X,
https://doi.org/10.1016/j.comppsych.2017.06.015.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0010440X16306575

PDI-P : Peters et al. Delusions Inventory-Persecution

RFQ : Risky Family Questionnaire

CHS : Cumulative Humiliation Subscale

FHS : Fear of Humiliation Subscale

H.

Humiliation and persecutory ideation by Collazzoni, Larøi, Laloyaux

The present study suggests that past interpersonal humiliation events and a maladaptive family context play a role in the development of persecutory ideation. It may be important to implement early interventions in high-risk families, among other matters, in order to prevent the development of persecutory ideation, and it may prove helpful to implement psychotherapeutic interventions aiming to counteract the effects of potentially past traumatic events in patients’ life (e.g., imagery with rescripting techniques) in order to reduce persecutory ideation.

La présente étude suggère que les événements d’humiliation interpersonnelle passés, et un contexte familial inadapté, jouent un rôle dans le développement de l’idéation persécutrice. Il peut être important de mettre en œuvre des interventions précoces dans les familles à haut risque, entre autres, afin de prévenir le développement de l’idéation persécutrice, et il peut s’avérer utile de mettre en œuvre des interventions psychothérapeutiques visant à contrecarrer les effets des événements potentiellement traumatiques passés dans la vie des patients (par exemple, l’imagerie avec des techniques de rescripting) afin de réduire l’idéation persécutrice.

Alberto Collazzoni, Julien Laloyaux, Frank Larøi, “Examination of humiliation and past maladaptive family context in persecutory ideation: An exploratory study” in Comprehensive PsychiatryVolume 78, 2017, Pages 19-24,
ISSN 0010-440X,
https://doi.org/10.1016/j.comppsych.2017.06.015.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0010440X16306575

S.

Stigma to designate body marks by Erving Goffman

The Greeks, apparently interested in visual aids, coined the term stigma to designate body marks intended to expose the unusual and detestable moral status of the person so marked. These marks were engraved on the body with a knife or a red-hot iron, and proclaimed that the wearer was a slave, a criminal or a traitor, in short, a person stricken with infamy, ritually impure, and to be avoided, especially in public places. Later, in Christian times, two layers of metaphor were added to the term: the first referred to the marks left on the body by divine grace, which took the form of eruptive sores budding on the skin; the second, a medical allusion to the religious allusion, referred to the bodily signs of a physical disorder. Nowadays, the term is used a lot in a sense close to the original literal meaning, but applies more to the disgrace itself than to its bodily manifestation. In addition, there have been changes in the types of disgrace that attract attention.

Les Grecs, apparemment portés sur les auxiliaires visuels, inventèrent le terme de stigmate pour désigner des marques corporelles destinées à exposer ce qu’avait d’inhabituel et de détestable le statut moral de la per sonne ainsi signalée. Ces marques étaient gravées sur le corps au couteau ou au fer rouge, et proclamaient que celui qui les portait était un esclave, un criminel ou un traitre, bref, un individu frappé d’infamie, rituellement impur, et qu’il fallait éviter, surtout dans les lieux publics. Plus tard, au temps du christianisme, deux épaisseurs de métaphore s’ajoutèrent au terme : la première se rapportait aux marques laissées sur le corps par la grâce divine, qui prenaient la forme de plaies éruptives bourgeonnant sur la peau; la seconde, allusion médicale à l’allusion religieuse, se rapportait aux signes corporels d’un désordre physique. De nos jours, le terme s’emploie beaucoup en un sens assez proche du sens littéral originel, mais s’appli que plus à la disgrâce elle-même qu’à sa manifestation corporelle. De plus, il s’est produit des changements quant aux types de disgrâces qui éveillent l’attention.

Erving Goffman, Stigmate – les usages sociaux des handicaps (1963), Trad. Alain Kihm, Les éditions de minuit, 1975, Paris, p. 11

W.

Worthy to suffer dishonor by Luke

40 After recalling the apostles, they had them flogged, ordered them to stop speaking in the name of Jesus, and dismissed them.
41 So they left the presence of the Sanhedrin, rejoicing that they had been found worthy to suffer dishonor for the sake of the name.
42 And all day long, both at the temple and in their homes, they did not stop teaching and proclaiming the Messiah, Jesus.

Luke, Acts of the Apostles, Chapter 5

40 

40 Et ayant fait venir les apôtres, ils leur défendirent, après les avoir fait fouetter, de parler à l’avenir au nom de Jésus, et ils les laissèrent aller
41 Alors les apôtres sortirent du conseil tout remplis de joie de ce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir cet outrage pour le nom de Jésus.
42 Et ils ne cessaient point tous les jours d’enseigner, et d’annoncer Jésus-Christ dans le temple et dans les maisons.

Luc, Actes des Evangiles, Chapitre 5
Les quatre évangiles et les actes des saints apôtres, Trad. Le Maistre de Sacy (1759), J. Smith, 1825, Paris, p. 187 – 188

Luke, Acts of the Apostles, Chapter 5

I.

INRI : This is the King of the Jews by Luke and John

35 The people stood by and watched; the rulers, meanwhile, sneered at him and said, “He saved others, let him save himself if he is the chosen one, the Messiah of God.”
36 Even the soldiers jeered at him. As they approached to offer him wine
37 they called out, “If you are King of the Jews, save yourself.”
38 Above him there was an inscription that read, “This is the King of the Jews.” [INRI]*
39 Now one of the criminals hanging there reviled Jesus, saying, “Are you not the Messiah? Save yourself and us.”

Luke, Gospel, Chapter 23

35 Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
36 Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
37 en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
38 Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » [INRI]*
39 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »

Luc, Evangile, Chapitre 23


19 Pilate also had an inscription written and put on the cross. It read, “Jesus the Nazorean, the King of the Jews.” [INRI]*
20 Now many of the Jews read this inscription, because the place where Jesus was crucified was near the city; and it was written in Hebrew, Latin, and Greek.
21 So the chief priests of the Jews said to Pilate, “Do not write ‘The King of the Jews,’ but that he said, ‘I am the King of the Jews.”
22 Pilate answered, “What I have written, I have written.”

John, Gospel, Chapter 19

19 Pilate fit aussi une inscription, qu’il fit mettre au haut de la croix, où étaient écrits ces mots : JESUS DE NAZARETH, ROI DES JUIFS. (INRI)
20 Beaucoup de Juifs lurent cette inscription, parce que le lieu où Jésus avait été crucifié était proche de la ville, et cette inscription était en hébreu, en grec et en latin.
21 Les princes des prêtres dirent donc à Pilate: Ne mettez pas Roi de Juifs; mais qu’il s’est dit Roi des Juifs.
22 Pilate leur répondit: Ce qui est écrit, est écrit.

Jean, Evangile, Chapitre 19
Les quatre évangiles et les actes des saints apôtres, Trad. Le Maistre de Sacy, J. Smith, 1825, Paris, p. 174

Gospel according Luke Chapter 23

*Editor’s note : INRI, abbreviation for latin “Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum” / “Jesus of Nazareth, King of the Jews”. Inscription that we still may read on christians cross’ top all over the world.

INRI on the famous cross placed on the Charles's bridge at Praha

37 The offense of a person condemned to death by crucifixion was written on a tablet that was displayed on his cross. The charge against Jesus was that he had claimed to be the King of the Jews

Matthew, Gospel, Chapter 27

37 Ils mirent aussi au-dessus de sa tête le sujet de sa condamnation, écrit en ces termes : C’est Jésus le Roi des Juifs.

Matthieu, Evangile, Chapitre 27
Les quatre évangiles et les actes des saints apôtres, Trad. Le Maistre de Sacy, J. Smith, 1825, Paris, p. 49

26 The inscription of the charge against him read, “The King of the Jews.”

Mark, Gospel, Chapter 15

26 Et la cause de sa condamnation était marquée par cette inscription : Le Roi des Juifs

Marc, Evangile, Chapitre 15
Les quatre évangiles et les actes des saints apôtres, Trad. Le Maistre de Sacy, J. Smith, 1825, Paris, p. 82
T.

They had mocked him by Matthew

27 Then the governor’s soldiers took Jesus into the Praetorium and gathered the whole company of soldiers around him. 
28 They stripped him and put a scarlet robe on him,
29 and then twisted together a crown of thorns and set it on his head. They put a staff in his right hand. Then they knelt in front of him and mocked him. “Hail, king of the Jews!” they said. 
30 They spit on him, and took the staff and struck him on the head again and again. 
31 After they had mocked him, they took off the robe and put his own clothes on him. Then they led him away to crucify him.

Gospel of Matthew, Ch. 27,

27 et alors les soldats du gouverneur
ils ont pris ieschoua
[et ils l’ont amené] dans le praetorium
et ils ont ameuté contre
toute la troupe des soldats
28 et ils l’ont déshabillé
et ils l’ont recouvert d’une cape rouge écarlate
29 et ils ont tressé une couronne avec des chardons
et ils l’ont mise sur sa tête
et puis un roseau dans sa [main] droite
et ils se sont mis à genoux devant sa face
et ils se sont moqués de lui
et ils disaient
salut à toi le roi des judéens
30 et ils ont craché sur lui
et ils ont pris le roseau
et ils ont frappé sur sa tête.
31 et lorsqu’ils se sont moqués de lui
ils lui ont enlevé la cape
et ils lui ont fait revêtir ses propres vêtements
et ils l’ont emmené pour le pendre sur la croix

Evangile de Matthieu, Chap 27, Trad. Calude Tresmontant, F-X de Guibert, Paris, 1996, p. 232 – 233

Matthew, Gospel, Chapitre 27

H.

Humiliation is an attack on honor by Cathie Neunreuther

Humiliation is an attack on honor or dignity. Honor depends on a code of values in which I am involved. Humiliation is a time, a scene, an action that puts us in default with respect to the code that, from then on, does not recognize us anymore. The fuller the code, the more honor can become a matter of life and death: nowadays, we can find it ridiculous that nobles of the Grand Siècle risked their lives in duels for matters of honor. But it is a question here of approaching the question of humiliation not from the philosophical side but from the side of the subject of the unconscious which exists only in relation to a place of the castrated code. I announce the color: if shame is, in my opinion, a clinic of specular imaginary identifications, humiliation, as for it, is not a clinic of the symbolic identification, but an echo of this one.

L’humiliation est une atteinte à l’honneur ou à la dignité. L’honneur dépend d’un code de valeurs dans lequel je m’inscris. L’humiliation est un temps, une scène, une action qui nous met en défaut par rapport au code qui dès lors ne nous reconnaît plus. Plus le code est plein, plus l’honneur peut devenir une question de vie ou de mort : de nos jours, on peut trouver ridicule que des nobles du Grand Siècle aient pu risquer leur vie en duel pour des affaires d’honneur. Mais il s’agit ici d’aborder la question de l’humiliation non du côté philosophique mais du côté du sujet de l’inconscient qui n’existe que par rapport à un lieu du code castré. J’annonce la couleur : si la honte est, à mon sens, une clinique des identifications imaginaires spéculaires, l’humiliation, quant à elle, n’est pas une clinique de l’identification symbolique, mais un écho de celle-ci.

Jean-Richard Freymann, Cathie Neunreuther, « 5. Honte et humiliation », dans : Jean-Richard Freymann éd., De la honte à la culpabilité. Toulouse, Érès, « Hypothèses », 2010, p. 69-90
DOI : 10.3917/eres.freym.2010.01.0069
URL : https://www.cairn.info/–9782749212142-page-69.htm

S.

Shame and humiliation are entangled by Cathie Neunreuther

It should be noted that the two concepts of shame and humiliation are entangled when it comes to describing a person’s affective state. This is why my patients confused them… I would like to point out that the different terms we have studied so far essentially take on their sense of affect only during the Renaissance, when man begins to put himself at the center of his world. These meanings weaken and take an affective turn when individuation appears. On the side of humiliation, we are in the action. Humiliation designates an action, a scene or a scenario as a possible origin of shame, and by metaphor of this action, an “indifferent” agent of wounded self-esteem under which the persons acting or undergoing humiliation disappear. I would simply like to emphasize this triad for the moment: agent, state, action

Il faut remarquer que les deux concepts de honte et d’humiliation sont intriqués quand il s’agit de décrire l’état affectif d’une personne. C’est en cela que mes patients les confondaient… Je voudrais d’ailleurs faire observer que les différents termes que nous avons étudiés jusqu’ici ne prennent essentiellement leur sens d’affect qu’à la Renaissance, lorsque l’homme commence à se mettre au centre de son monde. Ces sens s’affaiblissent et prennent une tournure affective quand l’individuation apparaît. Du côté de l’humiliation, on est dans l’action. L’humiliation désigne une action, une scène ou un scénario comme origine possible de la honte, et par métaphore de cette action, un agent « indifférent » de blessure d’amour propre sous lequel disparaissent les personnes agissant ou subissant l’humiliation. Je voudrais simplement pour l’instant souligner cette triade : agent, état, action

Jean-Richard Freymann, Cathie Neunreuther, « 5. Honte et humiliation », dans : Jean-Richard Freymann éd., De la honte à la culpabilité. Toulouse, Érès, « Hypothèses », 2010, p. 69-90
DOI : 10.3917/eres.freym.2010.01.0069
URL : https://www.cairn.info/–9782749212142-page-69.htm

H.

Hath not a Jew eyes ? by William Shakespeare

ACT 3. SC 1 – SHYLOCK
To bait fish withal: if it will feed nothing else,
it will feed my revenge. He hath disgraced me, and
hindered me half a million; laughed at my losses,
mocked at my gains, scorned my nation, thwarted my
bargains, cooled my friends, heated mine
enemies; and what’s his reason? I am a Jew. Hath
not a Jew eyes?
hath not a Jew hands, organs,
dimensions, senses, affections, passions? fed with
the same food, hurt with the same weapons, subject
to the same diseases, healed by the same means,
warmed and cooled by the same winter and summer, as
a Christian is? If you prick us, do we not bleed?
if you tickle us, do we not laugh? if you poison
us, do we not die? and if you wrong us, shall we not
revenge? If we are like you in the rest, we will
resemble you in that. If a Jew wrong a Christian,
what is his humility? Revenge. If a Christian
wrong a Jew, what should his sufferance be by
Christian example? Why, revenge. The villany you
teach me, I will execute, and it shall go hard but I
will better the instruction.

William ShakespeareMerchant of Venice, Folger Shakespeare Library, London, p.97-98
Shylock - Main character from Merchant of Venice of William Shakespear
Charles Macklin at Covent Garden, 1767-68 (England)

Acte III – Scène 1 – SHYLOCK
A appâter les poissons. Faute de mieux, elle servira à nourrir ma vengeance. Il m’a humilié, et m’a fait perdre un demi-million; il s’est gaussé de mes pertes, s’est moqué de mes gains, il a méprisé ma nation, gêné mes affaires, refroidi mes amis, échauffé mes ennemis. Et tout cela pourquoi ? Je suis juif. Est-ce qu’un Juif n’a pas d’yeux ? Est-ce qu’un Juif n’a pas des mains, des organes, des mensurations, des sens, des affections, des passions? des mêmes armes, Est-ce qu’il ne se nourrit pas avec la même nourri ture, est-ce qu’il ne souffre pas est-ce qu’il n’est pas soumis aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même hiver et le même été, comme un Chrétien peut l’être ? Si vous nous piquez, est-ce qu’on ne saigne pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce qu’on ne rit pas ? Si vous nous empoisonnez, est-ce qu’on ne meurt pas ? Et, si vous nous faites du mal, est-ce qu’on ne va pas se venger? Si nous sommes comme vous pour tout le reste, nous vous ressemblons aussi en cela. Si un Juif fait du tort à un Chrétien, à quelle charité a-t-il droit? A une vengeance. Si un Chrétien fait du tort à un Juif, quelle disposition lui inspire l’exemple du Chrétien ? Eh bien, la vengeance. La méchanceté que vous m’apprenez, je la mettrai en pratique, et vous pouvez compter sur moi pour que je la perfectionne.

William ShakespearLe Marchand de Venise, Le Livre de Poche, Paris, 2021, p. 100
I.

In the Rialto you have rated me by William Shakespeare

ACT 1. SC. 3 – SHYLOCK –
Signior Antonio, many a time and oft
In the Rialto you have rated me
About my moneys and my usances:
Still have I borne it with a patient shrug,
For sufferance is the badge of all our tribe.
You call me misbeliever, cut-throat dog,
And spit upon my Jewish gaberdine,
And all for use of that which is mine own.
Well then, it now appears you need my help:
Go to, then; you come to me, and you say
‘Shylock, we would have moneys:’ you say so;
You, that did void your rheum upon my beard
And foot me as you spurn a stranger cur
Over your threshold: moneys is your suit
What should I say to you? Should I not say
‘Hath a dog money? is it possible
A cur can lend three thousand ducats?’ Or
Shall I bend low and in a bondman’s key,
With bated breath and whispering humbleness, Say this;
‘Fair sir, you spit on me on Wednesday last;
You spurn’d me such a day; another time
You call’d me dog; and for these courtesies
I’ll lend you thus much moneys’?

William Shakespeare, Merchant of Venice, Folger Shakespeare Library, London, p. 35

Acte I – Scène 3 – SHYLOCK –
Seigneur Antonio, souvent, à plusieurs reprises,
Vous m’avez critiqué sur le Rialto
Au sujet de l’argent et de mes intérêts.
Pourtant je n’ai rien dit, j’ai haussé les épaules,
Car la patience est la marque de notre tribu.
Vous m’avez traité d’incroyant, d’ogre et de chien,
Et vous avez craché sur mon manteau de Juif,
Et tout cela pour n’exercer que mon métier.
Et, à présent, vous avez besoin de mon aide.
Très bien. Vous venez me voir et vous me dites
« Shylock, on a besoin d’argent » : n’est-ce pas
Vous, qui avez souillé ma barbe de votre salive
Et qui me marchez dessus comme un chien errant
Pour rentrer chez vous, c’est de l’argent que vous voulez.
Qu’est-ce que je peux vous dire? Ne devrais-je pas répondre
«Est-ce qu’un chien a de l’argent? Est-ce qu’il est possible
Qu’un chien puisse prêter trois mille ducats? » Ou bien alors
Vais-je m’incliner tout bas et, tel un serviteur,
A voix basse et dans un chuchotement très humble,
Dire ceci : « Cher monsieur, vous m’avez craché dessus
Mercredi dernier; snobé tel jour; une autre fois
Vous m’avez traité de chien; et, pour tout cela,
Il faudrait que je vous prête de l’argent?»

William Shakespear, Le Marchand de Venise, Le Livre de Poche, Paris, 2021, p. 55

O.

One rises only through abasement by Michel Zink

Faith in a humiliated God who lifts up the humble may well have been proclaimed by a Church that only imperfectly, sporadically or not at all drew the all consequences. It nevertheless marked a society of honor, strongly hierarchical and based on the power manifested by pomp. It marked it to the point of inculcating in it the painful conviction, from which we have never been able to completely rid ourselves, that one rises only through abasement and that who pushes sacrifice to the point of accepting the absolute evil that is humiliation wins a victory over evil.

La foi en un Dieu humilié qui relève les humbles pouvait bien être proclamée par une Église qui n’en tirait qu’imparfaitement, sporadiquement ou pas du tout les conséquences. Elle n’en a pas moins marqué une société de l’honneur, forte ment hiérarchisée et fondée sur la puissance manifestée par le faste. Elle l’a marquée au point de lui inculquer la douloureuse conviction, dont nous n’avons jamais pu totalement nous débarrasser, qu’on ne s’élève que par l’abaissement et que celui qui pousse le sacrifice jusqu’à accepter le mal absolu qu’est l’humiliation remporte une victoire sur le mal.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 211

G.

God tries to avoid the Adam’s humiliation by Michel Zink

Let us remember this preacher who, in order to invite the faithful to overcome the shame of confession, sees in God’s question to Adam, who is hiding after the sin (“Adam, where are you?”), an effort to mitigate the shame of his nakedness. God affects not to see Adam and tries to avoid the humiliation of his gaze*.

Souvenons nous de ce prédicateur qui, pour inviter les fidèles à surmonter la honte de la confession, voit dans la question de Dieu à Adam, qui se cache après la faute, (« Adam, où es-tu ?»), un effort pour atténuer la honte de sa nudité. Dieu affecte de ne pas voir Adam et tente de lui éviter l’humiliation de son regard*.

*Quoted by Stefano Asperti, Il Trovatore Raimon Jordan, Edizione critica, Modène, Mucchi, 1990, p. 58

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 209

H.

Humiliation is produced by the gaze of the other by Michel Zink

The humiliation of love or sexual humiliation, we have not ceased to meet it: humiliation of the race of the adulterers, humiliation of the crazy one of love, humiliation of the one who accepts the dishonor for love, humiliation of the fool fooled by girls, of the impotent old man, of the ugliness that forbids to please, of the deceived lover, of the scorned husband, of the sodomite, of the violated woman. Humiliation of the stripped victim, so that any suffering and any outrage are for her the equivalent of a rape. All the paths of humiliation lead to sexual humiliation, unless they start from it. All humiliation is rape, the exposure and penetration of an intimacy that should be preserved. Why is this surprising? Humiliation is produced by the gaze of the other.

L’humiliation amoureuse ou sexuelle, nous n’avons pas cessé de la rencontrer: humiliation de la course des adultères, humiliation du fou d’amour, humiliation de celui qui accepte le déshonneur par amour, humiliation du benêt dupé par des filles, du vieillard impuissant, de la laideur qui interdit de plaire, de l’amoureux trompé, du mari bafoué, du sodomite, de la femme violée. Humiliation de victime dénudée, si bien que toute souffrance et tout outrage sont pour elle l’équivalent d’un viol. Tous les chemins de l’humiliation conduisent à l’humiliation sexuelle, à moins qu’ils n’en partent. Toute humiliation est un viol, l’exhibition et la pénétration d’une intimité qui devrait être préservée. Quoi d’étonnant ? L’humiliation est produite par le regard de l’autre.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 208

T.

This gaze transforms humility into humiliation by Michel Zink

It is this gaze that transforms humility into humiliation. Where can we find the trace of a gaze? In a treatise, in a philosophical, theological or moral statement? No, but in another gaze capable of capturing this gaze and making it visible: in literature. The story says about humiliation what no other discourse can say about it. Like humiliation, it creates a reality made of signs. Like humiliation, it presupposes an external gaze, that of its reader. It takes place under this gaze, and everything in humiliation is a matter of gaze, whereas, conversely, one of the paradoxes of humility is that it exists only in hiding, that it cannot assert itself. The reader’s gaze is not only external to the humiliated, but also external to the humiliator. It keeps both at a distance. The story of humiliation draws attention to the will to humiliate and to the pleasure taken in humiliating – the vertigo of existing, the enjoyment of being above, sharpened by the terror of being below. Better than any analysis, a narrative can bring out these stages, these reversals, these fears, this seesaw of humiliation and cruelty.

C’est ce regard qui transforme l’humilité en humiliation. Où trouver la trace d’un regard ? Dans un traité, dans un exposé philosophique, théologique ou moral ? Non, mais dans un autre regard capable de saisir ce regard et de le donner à voir : dans la littérature. Le récit dit de l’humiliation ce qu’aucun autre discours ne peut en dire. Comme l’humiliation, il crée une réalité faite de signes. Comme l’humiliation, il suppose un regard extérieur, celui de son lecteur. Il se déroule sous ce regard, et tout dans l’humiliation est affaire de regard, tandis qu’à l’inverse un des paradoxes de l’humilité est de n’exister que dissimulée, de ne pouvoir s’affirmer. Le regard du lecteur n’est pas seulement extérieur à l’humilié, mais aussi extérieur à celui qui humilie. Il tient à distance l’un et l’autre. Le récit de l’humiliation attire l’attention sur la volonté d’humilier et sur le plaisir pris à humilier – vertige d’exister, jouissance d’être au-dessus, aiguisée par la terreur d’être au-dessous. Mieux que toute analyse, un récit peut faire ressortir ces étapes, ces retournements, ces craintes, ce jeu de bascule de l’humiliation et de la cruauté.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 84

A.

Accomplishment of all virtues : Lady Persecution by St. Francis of Assisi

But the accomplishment of all virtues, namely Lady Persecution, to whom, as to me, God has given the Kingdom of Heaven, was with me, proving in all circumstances a faithful helper, a valiant auxiliary and a wise counsellor. Whenever she saw that some were lagging in charity, or forgetting a little about heavenly realities in order to set their hearts on earthly realities, she immediately thundered, immediately set the army (of persecutors) in motion, and immediately covered the faces of my sons with dishonour, so that they might seek the name of the Lord.

Mais l’accomplissement de toutes les vertus, à savoir dame Persécution, à laquelle, comme à moi, Dieu a donné le Royaume des cieux, était avec moi, s’avérant en toutes circonstances une aide fidèle, une auxiliaire vaillante et une sage conseillère. Chaque fois qu’elle voyait certains tiédir en charité, ou oublier quelque peu les réalités célestes pour mettre en quelque manière leur cœur dans les réalités terrestres, aussitôt elle tonnait, aussitôt elle mettait en branle l’armée (des persécuteurs) et aussitôt elle couvrait de déshonneur le visage de mes fils, pour qu’ils cherchent le nom du Seigneur.

François d’Assise, Commerce sacré de saint François avec Dame Pauvreté, chapitre XIII, «Persécution, sœur de Pauvreté », 36, Édition du VIIIe centenaire, p. 885-886

In Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017

K.

Kind of transfiguration of humiliation by Michel Zink

This values’ inversion, physically represented by the juggler walking on his hands, has a kind of transfiguration of humiliation effect. God’s wisdom is folly in the eyes of the world and the world’s wisdom folly in the eyes of God? The man of God will therefore be misunderstood, despised, outraged, mocked by the world. The world will judge him as crazy and will inflict on him the mockery and humiliation that it reserves for the crazy. Conversely, it is dangerous and disturbing to be honored by the world: it is an indication that one is the opposite of the wisdom of God.

Cette inversion des valeurs, physiquement représentée par le jongleur qui marche sur les mains, a pour effet une sorte de transfiguration de l’humiliation. La sagesse de Dieu est folie aux yeux du monde et la sagesse du monde folie aux yeux de Dieu ? L’homme de Dieu sera donc incompris, méprisé, outragé, raillé par le monde. Le monde le jugera fou et lui infligera les moqueries et les humiliations qu’il réserve aux fous. Inversement, il est dangereux et inquiétant d’être honoré par le monde: c’est l’indice qu’on est à l’opposé de la sagesse de Dieu.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 75

C.

Consent to admission’s humiliation is an heroism by Michel Zink

We can also formulate it in another way : consent to admission’s / confession’s humiliation is such an heroism that its glory prevails over the fault‘s shame, whatever it is.

On peut aussi le formuler autrement : l’humiliation de l’aveu est telle qu’y consentir est un héroïsme dont la gloire l’emporte sur la honte de la faute, quelle qu’elle soit.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 66

H.

Humiliation of the cross proclaimed his glory by Michel Zink

Just as God’s abasement in the incarnation led to a celebration of his humility, not to a questioning of his omnipotence, so the humiliation of the cross proclaimed his glory. The paradox of the glorious cross became so obvious that it ceased to be paradoxical. We speak of “Christ triumphant” to designate certain representations of Christ on the cross : the crucified one wears a royal crown and not the crown of thorns.

De même que l’abaissement de Dieu dans l’incarnation conduisait à célébrer son humilité, non à mettre en doute sa toute-puissance, de même l’humiliation de la croix proclamait sa gloire. Le paradoxe de la croix glorieuse devenait si évident qu’il cessait d’être paradoxal. On parle de « Christ triomphant» pour désigner certaines représentations du Christ en croix : le crucifié y porte une couronne royale et non la couronne d’épines.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 46 – 47

H.

Humiliation of the crucified man by Michel Zink

Moreover, the humiliation of the crucified man is highlighted by the construction of the crucifixion narrative and by the Old Testament text to which Matthew’s and Mark’s gospels, the oldest and whose literary sophistication is not its main feature, appeal to structure it. Both (and John’s briefly, when he mentions the detail of the seamless tunic played with dice by the soldiers) punctuate this narrative with borrowings, as allusions or quotations, from Psalm 21 (22), which is the humiliation’s psalm par excellence- and there are many.

Plus encore, l’humiliation du crucifié est mise en évidence par la construction du récit de la crucifixion et par le texte de l’Ancien Testament auquel font appel pour le structurer l’Evangile de Matthieu et celui de Marc, le plus ancien et dont la sophistication littéraire n’est pas le trait principal. Tous deux (et celui de Jean brièvement quand il relève le détail de la tunique sans couture jouée aux dés par les soldats) scandent en effet ce récit par des emprunts, sous forme d’allusions ou de citations, au psaume 21 (22), qui est par excellence le psaume de l’humiliation – et les psaumes l’humiliation sont nombreux.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 42

R.

Reversal from humiliation to glorification by Michel Zink

This reversal from weakness to strength and from humiliation to glorification is characteristic of the Pauline dialectic. It occupies the whole of the beginning of the first epistle to the Corinthians and it recurs constantly in Paul’s epistles: “If I must boast, it is of my weaknesses that I will boast” (a); “It is when I am weak that I am strong”, “Boast in tribulation (b)”; “Boast in the cross”, “What is foolish in the world, this is what God has chosen to confound the wise ; What is weak in the world, that is what God has chosen to confound the strong; what is unborn and despised in the world, that is what God has chosen (c). It is necessary to become foolish in order to become wise, for what is foolish in the eyes of the world is wisdom in the eyes of God (d).

Ce retournement de la faiblesse à la force et de l’humiliation à la glorification est caractéristique de la dialectique paulinienne. Il occupe tout le début de la première épître aux Corinthiens et il revient constamment dans les épitres de Paul : « S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai » (a); « C’est quand je suis faible que je suis fort», «Se glorifier dans les tribulations (b) » ; «Se glorifier dans la croix », « Ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi (c) ». Il faut se faire fou pour devenir sage, car ce qui est folie aux yeux du monde est sagesse aux yeux de Dieu (d).

(a) La description du fou pourchassé et outragé par la foule est si stable qu’on la retrouve presque identique en 1657 dans un passage du Tracas de Paris de François Colletet, que Michel Foucault avait soigneusement recopié sur une fiche conservée avec ses archives à la BnF.

(b) Amadas et Ydoine, Ed. Honoré Champion, 1926, v. 2719-2761. 39.

(c) V. 3135-3156.

(d) Gautier de Coinci, D’un escommenie, La Vie des Pères, t. 1, ed. Francis Lecoy, p. 141-174. De quodam excommunicato absoluto per quendam stultum familiarem sancte Marie (« Sur un excommunié absous par un fou familier de sainte Marie»), éd. A. Mussafia dans Über die von Gautier de Coincy benützten Quellen (Denkschriften der kaiserlichen Akademie der Wissenschaften in Wien, XLIV), Vienne, 1894, p. 26-28.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 40

H.

Humility that goes as far as accepting humiliation by Michel Zink

In Christ doctor humilitatis, “master of humility”, according to Saint Augustine, Christianity finds a model of humility that goes as far as accepting humiliation. The honor of humility is not to wash away one’s honor, not to evade the insults, not to wipe away the spit, like the prophet Isaiah, the suffering servant , in whom Christianity, isolating the mysterious verses that concern him, sees the proclamation and prefiguration of Christ: “I offered my back to the floggers, And my cheeks to those who tore out my hair. I did not hide my face from insult and spittle.”*

Dans le Christ, doctor humilitatis, « maître d’humilité », selon Saint Augustin , le christianisme trouve un modèle d’humilité qui va jusqu’à l’acceptation de l’humiliation. L’honneur de l’humilité est de ne pas laver son honneur, de ne pas se soustraire aux outrages, de ne pas essuyer le crachat, comme le serviteur souffrant du prophète Isaïe, dans lequel le christianisme, en isolant les mystérieux ver sets qui le concernent, voit l’annonce et la préfiguration du Christ : “J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas soustrait mon visage aux outrages et aux crachats”*

*Isaiah 50:6

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 37

T.

Turning the left cheek by Michel Zink

Each one must be humble to the point of accepting to be humiliated, to the point of turning the left cheek after being slapped on the right one, to the point of giving one’s overcoat to whom sues him to take his tunic.

Chacun doit être humble au point d’accepter d’être humilié, au point de tendre la joue gauche après avoir été giflé sur la joue droite, au point de donner par-dessus le marché son manteau à celui qui lui fait un procès pour lui prendre sa tunique.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 36

A.

A religion that likes to reverse the values of glory and shame by Michel Zink

And yet this world is shaped by a religion that preaches humility and takes as its model a figure of humiliation. A religion that likes to reverse the values of glory and shame. A religion which, in its reflection on fault, repentance and penitence, does not cease, in particular in the period which goes from the second half of the twelfth century to the first half of the thirteenth century, to go towards an internalization of these notions. A religion for which shame is a beneficial experience that allows each person to take the measure of his guilt.

Et pourtant ce monde est façonné par une religion qui prêche l’humilité et se donne pour modèle une figure de l’humiliation. Une religion qui se plaît à inverser les valeurs de la gloire et de la honte. Une religion qui, dans sa réflexion sur la faute, le repentir et la pénitence, ne cesse, en particulier dans la période qui va de la seconde moitié du XIIe siècle à la première moitié du XIIIe siècle, d’aller vers une intériorisation de ces notions. Une religion pour qui la honte est une expérience bénéfique qui permet à chacun de prendre la mesure de sa culpabilité.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 35

H.

Humility is not a virtue in the antique world by Michel Zink

The observation that humility is not a virtue in the antique world and becomes one in the Christian world can easily be related to the now classic opposition between Shame-Culture and Guilt-Culture.

La constatation que l’humilité n’est pas une vertu dans le monde antique et le devient dans le monde chrétien peut aisément être mise en relation avec l’opposition devenue classique entre Shame-Culture et Guilt-Culture, la culture de la honte et celle de la culpabilité.

Michel ZinkL’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 25

S.

Society needs humiliation to be a terrible thing by Michel Zink

In every societies, humiliation is precisely feared because it excludes from the social body. As the supreme social sanction, society attachesto it all the more importance, because it is the only one which is entirely in its hands. Death and suffering can be inflicted on an individual by another individual; an individual can inflict them on himself. But humiliation can only be inflicted by society or with reference to its values. Society needs humiliation to be a terrible thing. This is the price of the respect of its values.

Dans toutes les sociétés, l’humiliation est redoutée, précisément parce qu’elle exclut du corps social. Elle est la sanction sociale suprême, à laquelle la société attache d’autant plus d’importance que c’est la seule qui soit entièrement entre ses mains. La mort, la souffrance peuvent être infligées à un individu par un autre individu; un individu peut se les infliger à lui-même. Mais l’humiliation ne peut être infligée que par la société ou en référence à ses valeurs. La société a besoin que l’humiliation soit une chose terrible. Le respect de ses valeurs est à ce prix.

Michel Zink, L’Humiliation, le Moyen Âge et nous, Albin Michel, Paris, 2017, p. 24

H.

Humiliation as a justification for group rage by Charles Strozier and Deborah Mart

The humiliation serves as a justification for group rage, violence, and righteous action.

L’humiliation sert de justification à la rage groupale, à la violence, et à l’acte réparateur.

STROZIER Charles B, MART Deborah, « The Politics of Constructed Humiliation. Psychoanalytic Perspectives on War, Terrorism and Genocide », Research in Psychoanalysis, 2017/1 (N° 23), p. 29
DOI : 10.3917/rep1.023.0027
URL : https://www.cairn.info/revue-research-in-psychoanalysis-2017-1-page-27.htm

T.

Turning defeat into a cause of celebratory violence by Charles Strozier and Deborah Mart

There are lots of postwar contexts historically that have left hundreds of thousands, even millions, dead, cities destroyed, and social life in chaos without stirring the rise of apocalyptic leaders who thrive on turning defeat into a cause of celebratory violence.

Car, historiquement, bien des contextes d’après-guerre, avec leurs millions de morts, leurs villes détruites et leur vie sociale au bord du chaos, n’ont pas conduit sur le devant de la scène des chefs apocalyptiques dont l’ascension se nourrissait d’une conversion de la défaite en mobile d’une violence commémorative.

STROZIER Charles B, MART Deborah, « The Politics of Constructed Humiliation. Psychoanalytic Perspectives on War, Terrorism and Genocide », Research in Psychoanalysis, 2017/1 (N° 23), p. 29
DOI : 10.3917/rep1.023.0027
URL : https://www.cairn.info/revue-research-in-psychoanalysis-2017-1-page-27.htm

T.

Trivializing humiliation : we are masking its horror by Michel Zink

The ease with which we find ourself humiliated and the ease with which we go to court to obtain redress are based on a good feeling: that of indignation at humiliation. But by using the word at all times, by seeing humiliated people everywhere, by judging ourserlves humiliated at every moment, by trivializing humiliation, we are masking its horror.

La facilité avec laquelle on se trouve humilié jointe à celle avec laquelle on saisit la justice pour en obtenir réparation partent d’un bon sentiment : celui de l’indignation devant l’humiliation. Mais en utilisant le mot à tout propos, en voyant des humiliés partout, en se jugeant soi-même humilié à chaque instant, en banalisant l’humiliation, on en masque l’horreur.

Michel Zink, « L’humilité et l’humiliation », Commentaire, 2017/2 (Numéro 158), p. 344
DOI : 10.3917/comm.158.0343
URL : https://www.cairn.info/revue-commentaire-2017-2-page-343.htm

A.

All humiliation is a form of rape by Michel Zink

Rape, present in all armed conflicts, systematically practiced by the Red Army during the Second World War and today on an unimaginable scale in certain conflicts in Africa and by the Islamic State in the Near East, is the quintessence of humiliation. Because humiliation is linked to sexuality. It is an exposure, an aggression of the intimate. It is felt in the belly. All humiliation is a form of rape.

Le viol, présent dans tous les conflits armés, pratiqué systématiquement par l’armée rouge pendant la Deuxième Guerre mondiale et aujourd’hui à une échelle inimaginable dans certains conflits en Afrique et par l’État islamique au Proche-Orient, est la quintessence de l’humiliation. Car l’humiliation est liée à la sexualité. Elle est une mise à nu, une agression de l’intime. Elle est ressentie dans le ventre. Toute humiliation est une forme de viol.

Michel Zink, « L’humilité et l’humiliation », Commentaire, 2017/2 (Numéro 158), p. 344
DOI : 10.3917/comm.158.0343
URL : https://www.cairn.info/revue-commentaire-2017-2-page-343.htm

H.

Humiliation is a symbolic suffering by Michel Zink

Humiliation is a symbolic suffering. The sign is its reality. It is so eminently a sign, and it is at the same time such a violent sign, that the suffering inflicted by this pure sign can be a physical suffering, and often is.
We are told repeatedly that “to say is to do”.
In the case of humiliation, this proposition is strictly true.

L’humiliation est une souffrance symbolique. Le signe est sa réalité. Elle est si éminemment un signe, et elle est en même temps un signe si violent, que la souffrance infligée par ce pur signe peut être une souffrance physique, et l’est souvent.
On nous répète que « dire, c’est faire ».
Dans le cas de l’humiliation, la proposition est strictement vraie.

Michel Zink, « L’humilité et l’humiliation », Commentaire, 2017/2 (Numéro 158), p. 343-350
DOI : 10.3917/comm.158.0343
URL : https://www.cairn.info/revue-commentaire-2017-2-page-343.htm

A.

A song to denigrate my father by Pierre Rivière

He said that he was going to say a song, well, said François Senecal, tell us two words, the carpenter began and said a song which was devoted to denigrate my father and to laugh at his duplicity. The end of the first verse was: that everything enters and nothing leaves; in the second verse it was said: that Lise has end of force to have always let enter by the same door at the end of nine months it was necessary that somebody leaves. My father said then: let us return we are rather in a position to cry than to sing.

Il dit qu’il allait dire une chanson, eh bien, dit François Senecal, dites-nous en donc deux mots, le menuisier commença et dit une chanson qui s’adonnait à niarguer mon père et a rire de sa duplicité. La fin du premier couplet était : que tout entre et que rien ne sorte; dans le second couplet il était dit: que Lise a fin de force d’avoir toujours laissé entrer par la même porte au bout de neuf mois il fallait bien que quelqu’un sorte. Mon père dit alors : rentrons nous sommes plutôt dans une position de pleurer que de chanter.

Pierre Rivière, présenté par Michel Foucault, “Le Mémoire” in Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… – un cas de parricide au XIXème siècle, Folio Histoire, Paris, 2019, p. 152

M.

My father was the public laughting stock’s toy by Pierre Riviere

My mother complained at this hearing that my father was leaving his land to be ploughed, in order to plough that of others. These words were heard by the audience and ridiculed. They were heard in two ways, and my father was thus the public laughting stock’s toy.

Ma mère se plaignit à cette audience que mon père laissait sa terre à labourer, pour labourer celle des autres. Ces paroles entendues par les auditeurs furent tournées en ridicule. On les entendait de deux manières, et mon père était ainsi le jouet de la risée publique.

Pierre Rivière, présenté par Michel Foucault, “Le Mémoire” in Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… – un cas de parricide au XIXème siècle, Folio Histoire, Paris, 2019, p. 124

D.

Distinction between shame and humiliation by Ruwen Ogien

In general, we should distinguish between shame and humiliation. One can feel shame without having been humiliated. One may not feel shame as a result of humiliation.

On a intérêt, en général, à distinguer la honte et l’humiliation. On peut éprouver de la honte sans avoir été humilié. On peut ne pas éprouver de la honte à la suite d’une humiliation.

Ruwen OgienLa honte est-elle immorale ?, Bayard, Paris, 2002, p. 36 – 37

T.

The rupture of an identification by Octave Mannoni

We thus have a Freudian theory of shame, although Freud never stated it: it is the rupture of an identification at the level of the ego. We could “analyze the analysis” of Uncle Joseph’s dream with this idea, to see ambition, identification, fear of ridicule at work …

Nous avons ainsi une théorie freudienne de la honte, bien que Freud ne l’ait jamais énoncée : c’est la rupture d’une identification au niveau du moi. On pourrait “analyser l’analyse” du rêve de l’oncle Joseph avec cette idée, pour y voir l’ambition, l’identification, la peur du ridicule fonctionner…

MANNONI O.Ça n’empêche pas d’exister, Paris, Seuil, 1982, p. 82

S.

Shame may arise from a debt by Claude Barazer

It is that the man in each of his exhibitions in the socialscape, would have to answer for the human figure which he contributes to make exist. A painting that can contravene to ethical requirements. Even when the impropriety in which he finds himself involved by his presence cannot be attributed to him. I do believe we’re unable to understand the shame that can haunt someone who has been treated “like a dog”, as Kafka says about the hero of “Der Process” being slaughtered by his executioners. They have been treated like dogs, they was commited in this attack againt the human figure, attack whic was acted on the social scene, and, as such, they are ashamed. Shame could therefore arise from a debt incumbent on every human with regard to the human figure exposed to the other’s gaze.

C’est que l’homme dans chacune de ses expositions dans le paysage social, devrait répondre de la figure humaine qu’il contribue à faire exister. Une peinture qui peut contrevenir aux exigences éthiques. Même lorsque l’irrégularité dans laquelle il se trouve impliqué par sa présence ne peut lui être imputée. Je crois que nous ne pouvons pas comprendre la honte qui peut hanter quelqu’un qui a été traité “comme un chien”, comme le dit Kafka au sujet du héros de “Der Process” massacré par ses bourreaux. Ils ont été traités comme des chiens, ils ont été commis dans cette attaque contre la figure humaine, attaque qui a été commise sur la scène sociale et, à ce titre, ils ont honte. La honte pourrait donc résulter d’une dette de chaque être humain à l’égard de la figure humaine exposée au regard de l’autre.

Claude BARAZER, « Quand le « propre » fait tache », Le Coq-héron, 2006/1 (no 184), p. 57-67
DOI : 10.3917/cohe.184.67.
URL : https://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2006-1-page-57.htm