S.

Science foundation is observation alone by Sigmiund Freud

It is true that notions such as that of an ego-libido, an energy of the ego-instincts, and so on, are neither particularly easy to grasp, nor sufficiently rich in content; a speculative theory of the relations in question would begin by seeking to obtain a sharply defined concept as its basis. But I am of opinion that that is just the difference between a speculative theory and a science erected on empirical interpretation. The latter will not envy speculation its privilege of having a smooth, logically unassailable foundation, but will gladly content itself with nebulous, scarcely imaginable basic concepts, which it hopes to apprehend more clearly in the course of its development, or which it is even prepared to replace by others. For these ideas are not the foundation of science, upon which everything rests: that foundation is observation alone. They are not the bottom but the top of the whole structure, and they can be replaced and discarded without damaging it. The same thing is happening in our day in the science of physics, the basic notions of which as regards matter, centres of force, attraction, etc., are scarcely less debatable than the corresponding notions in psychoanalysis.

Sigmund Freud, On Narcissism : An introduction (1914), Trans. James Strachey (1925)

Assurément des représentations comme celle d’une libido du moi, énergie des pulsions du moi, etc., ne sont ni particulièrement claires à concevoir ni suffisamment consistantes. Une théorie spéculative des relations en aurait pour tâche principale d’apporter une définition précise qui serve de fondement. Pourtant, voilà, à mon avis, précisément la différence entre une théorie spéculative et une science édifiée sur l’interprétation de l’empirique. Cette dernière ne va pas disputer à la démarche spéculative le privilège de s’être fondée sans difficultés et d’être inattaquable d’un point de vue logique, mais au contraire se contenter volontiers de pensées fondamentales floues et évanescentes, que l’on a peine à se représenter, qu’elle espère pouvoir saisir plus clairement au cours de son développement et qu’elle est même aussi éventuellement prête à échanger contre d’autres. Ces idées ne sont pas en effet le fondement de la science sur lequel tout repose; ce fondement c’est bien plutôt l’observation seule. Elles ne son pas le soubassement mais le faîte de tout l’édifice et peuvent être remplacées et enlevées sans dommage Nous vivons actuellement une expérience similaire avec la physique, dont les conceptions fondamentales sur la matière, les centres de force, l’attraction et ainsi de suite sont à peine moins sujettes à caution que les conceptions correspondantes en psychanalyse.

Sigmund Freud, Pour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.27-28

Sigmund Freud, Pour introduire le narcissisme. Trad. Hélène Francoual, Éditions In press, Paris, 2017, p.27-28

R.

Randomness is no longer opposed to determinism by Georges Pragier and Sylvie Faure-Pragier

Who can predict what will now happen between order and disorder, stability and instability? The new scientific metaphors are essential to give an account of today’s civilization. Randomness is no longer opposed to determinism, but rather guides its evolution.

Qui peut prévoir ce qui va maintenant advenir entre ordre et désordre, stabilité et instabilité ? Incontournables, les nouvelles métaphores scientifiques nous sont nécessaires pour rendre compte de la civilisation d’aujourd’hui. Le hasard ne s’oppose plus au déterminisme mais en oriente les évolutions.

Georges PRAGIER, Sylvie FAURE-PRAGIER, « Une quatrième humiliation narcissique », dans :  Repenser la psychanalyse avec les sciences, Presses Universitaires de France, « Le fil rouge », 2007, p. 240

URL : https://www.cairn.info/–9782130564690-page-235.htm

N.

No questions are unanswerables by Ralph Waldo Emerson

Undoubtedly we have no questions to ask which are unanswerable. We must trust the perfection of the creation so far, as to believe that whatever curiosity the order of things has awakened in our minds, the order of things can satisfy.

Sans aucun doute, il n’y a pas de question que nous puissions poser qui soit sans réponse. Nous devons faire confiance à la perfection de la création, au point de croire que, quelque curiosité que l’ordre des choses ait éveillée dans notre esprit, ce même ordre des choses peut la satisfaire.

Ralph Waldo Emerson, Trad. Monique Bégot, “Nature” (1836) in La confiance en soi et autres essais, Payot & Rivages, 2000, p.18

Readable in english here

I.

Interest in what is true ceases as it guarantees less pleasure by Friedrich Nietzsche

#251 The Future of Science – To him who works and seeks in her, Science gives much pleasure,— to him who learns her facts, very little. But as all important truths of science must gradually become commonplace and everyday matters, even this small amount of pleasure ceases, just as we have long ceased to take pleasure in learning the admirable multiplication table. Now if Science goes on giving less pleasure in herself, and always takes more pleasure in throwing suspicion on the consolations of metaphysics, religion and art, that greatest of all sources of pleasure, to which mankind owes almost its whole humanity, becomes impoverished. Therefore a higher culture must give man a double brain, two brain-chambers, so to speak, one to feel science and the other to feel non-science, which can lie side by side, without confusion, divisible, exclusive; this is a necessity of health. In one part lies the source of strength, in the other lies the regulator; it must be heated with illusions, onesidednesses, passions; and the malicious and dangerous consequences of overheating must be averted by the help of conscious Science. If this necessity of the higher culture is not satisfied, the further course of human development can almost certainly be foretold : the interest in what is true ceases as it guarantees less pleasure; illusion, error, and imagination reconquer step by step the ancient territory, because they are united to pleasure; the ruin of science: the relapse into barbarism is the next result; mankind must begin to weave its web afresh after having, like Penelope, destroyed it during the night. But who will assure us that it will always find the necessary strength for this?

Friedrich Nietzsche, Human All Too Human – A book for free spirits – Part 1, Translated by Helen Zimmern, London, 1910, #251, p. 232 – 233

#251 Avenir de la science – La science donne à celui qui y consacre son travail et ses recherches beaucoup de satisfaction, à celui qui en apprend les résultats, fort peu. Mais comme peu à peu toutes les vérités importantes de la science deviennent ordinaires et communes, même ce peu de satisfaction cesse d’exister : de même que nous avons depuis longtemps cessé de prendre plaisir à connaître l’admirable Deux fois deux font quatre. Or, si la science procure par elle-même toujours de moins en moins de plaisir, et en ôte toujours de plus en plus, en rendant suspects la métaphysique, la religion et l’art consolateurs : il en résulte que se tarit cette grande source du plaisir, à laquelle l’homme doit presque toute son humanité. C’est pourquoi une culture supérieure doit donner à l’homme un cerveau double, quelque chose comme deux compartiments du cerveau, pour sentir, d’un côté, la science, de l’autre, ce qui n’est pas la science : existant côte à côte, sans confusion, séparables, étanches : c’est là une condition de santé. Dans un domaine est la source de force, dans l’autre le régulateur : les illusions, les préjugés, les passions doivent servir à échauffer, l’aide de la science qui connaît doit servir à éviter les conséquences mauvaises et dangereuses d’une surexcitation. — Si l’on ne satisfait point à cette condition de la culture supérieure, on peut prédire presque avec certitude le cours ultérieur de l’évolution humaine : l’intérêt pris à la vérité cessera à mesure qu’elle garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur, la fantaisie, reconquerront pas à pas, parce qu’il s’y attache du plaisir, leur territoire auparavant occupé : la ruine des sciences, la rechute dans la barbarie est la conséquence prochaine ; de nouveau l’humanité devra recommencer à tisser sa toile, après l’avoir, comme Pénélope, détruite pendant la nuit. Mais qui nous est garant qu’elle en retrouvera toujours la force ?

Friedrich Nietzsche, Humain Trop Humain (première partie), Trad. A.-M. Desrousseaux, Société du Mercure de France, 1906, #251, p.278-279
T.

Time and Causality by Carlo Rovelli

In other words, the existence of common causes in the past is only a manifestation of the past low entropy. In a state of thermal equilibrium, or in a pure mechanical system, a direction of time indicated by the causation does not exist.

Dit autrement, l’existence de causes communes dans le passé n’est qu’une manifestation de la basse entropie passée. Dans un état d’équilibre thermique, ou dans un système purement mécanique, une direction du temps indiquée par la causation n’existe pas.

Carlo ROVELLI, L’ordre du temps, Flammarion Champs Science, Paris, 2019, p. 194

S.

Science and Psychoanalysis by Octave Mannoni

The primary concern of a psychoanalyst is not his relation to an unconscious’s theory, but, above all, his relation to the unconscious – and his own one first.

La préoccupation essentielle d’un psychanalyste n’est pas son rapport à une théorie de l’inconscient , mais, avant tout, son rapport à l’inconscient – et au sien d’abord.

MANNONI O., Ça n’empêche pas d’exister, Paris, Seuil, 1982, p. 8

Octave Manonni, Ça n’empêche pas d’exister – First lines

“Dalton, Rutherford, and others, who developed the atoms’s theory, knew very well that they had Democritus and Lucretia as predecessors, but also that they owed them very little. Copernicus refuted Ptolemy, but he owed him a relatively valid knowledge of the appearances of the sky. But a sense of gratitude would have hindered his work. Today’s researchers treat their predecessors with little regard insofar as their ambition is to correct them, because science does not advance otherwise: any legitimate refutation is decisive, any universally accepted law retains the status of a hypothesis that has not yet been refuted. In a sense, psychoanalysis too is subject to this kind of evolution.

But there is a difference. It is not subject to the same logical rules, and epistemologists deny it the title of science because it does not succeed in exposing itself methodically to the possibilities of rigorous refutation. One can imagine that analytical “theory” will be formalized enough so that it can one day be exposed to the denial of observation.

It has already happened to Freud that a singular observation (for example, as we shall see, that of the “little” Hans who became great) forced him to overturn his theoretical conceptions. But these changes are not of the same nature as in other forms of knowledge, because the essential preoccupation of a psychoanalyst is not his relation to a theory of the unconscious, but, above all, his relation to the unconscious – and to his own one first. This is naturally much more difficult to state in epistemological terms. It is probably the same in the sciences – except that the unconscious, apart by a hidden way, is what leads the search, but is not, of this search, the object.”

Octave Manonni, Ça n’empêche pas d’exister – Premières lignes

“Dalton, Rutherford, et d’autres, qui ont élaboré la théorie de l’atome, savaient très bien qu’ils avaient Démocrite et Lucrèce comme prédécesseurs, mais aussi qu’ils leur devaient bien peu de chose. Copernic réfutait Ptolémée, il lui devait cependant une connaissance relativement valable des apparences du ciel. Mais un sentiment de reconnaissance aurait gêné son travail. Les chercheurs d’aujourd’hui traitent leurs prédécesseurs avec peu d’égards dans la mesure où leur ambition est de les corriger, car la science n’avance pas autrement : toute réfutation légitime est décisive, toute loi universellement admise garde un statut d’hypothèse non encore réfutée. En un sens, la psychanalyse aussi est soumise à ce genre d’évolution.

Mais il y a une différence. Elle n’est pas astreinte aux mêmes règles logiques, et les épistémologues lui refusent le titre de science parce qu’elle ne réussit pas à s’exposer méthodiquement aux possibilités de réfutation rigoureuse. On peut imaginer qu’on formalisera assez la « théorie » analytique pour qu’elle puisse un jour être exposée au démenti de l’observation.

C’est déjà arrivé à Freud qu’une observation singulière (par exemple, comme on verra, celle du « petit » Hans devenu grand) l’ait obligé à bouleverser ses conceptions théoriques. Mais ces changements ne sont pas de la même nature que dans les autres savoirs, parce que la préoccupation essentielle d’un psychanalyste n’est pas son rapport à une théorie de l’inconscient, mais, avant tout, son rapport à l’inconscient – et au sien d’abord. Cela est naturellement beaucoup plus difficile à énoncer en termes épistémologiques. Il en va sans doute de même dans les sciences – sauf que l’inconscient, s’il est de façon cachée ce qui mène la recherche, n’est pas, de cette recherche, l’objet.”

Octave Mannoni, Ça n’empêche pas d’exister, Editions du Seuil, Paris, 1982, p. 7-8