T.

Tacit cruelties sustain coherent identity by Judith Butler

The question here concerns the tacit cruelties that sustain coherent identity, cruelties that include self-cruelty as well, the abasement through which coherence is actively produced and sustained. Something on this order is at work most obviously in the production of coherent heterosexuality, but also in the production of coherent lesbian identity, coherent gay identity, and within those worlds, the coherent butch, the coherent femme. In each of these cases, if identity is constructed through opposition, it is also constructed through rejection. It may be that if a lesbian opposes heterosexuality absolutely, she may find herself more in its power than a straight or bisexual woman who knows or lives its constitutive instability. And if butchness requires a strict opposition to femmeness, is this a refusal of an identification or is this an identification with femmeness that has already been made, made and disavowed, a disavowed identification that sustains the butch, without which the butch qua butch cannot exist?

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993, p. 115

La question ici posée concerne les cruautés tacites qui sous-tendent la cohérence de l’identité, des cruautés qui incluent également la cruauté envers soi, l’humiliation par laquelle la cohérence est produite et préservée fictivement. Quelque chose de cet ordre est à l’œuvre de façon évidente dans la production d’une hétérosexualité cohérente, mais aussi dans la production d’une identité lesbienne ou gay cohérente et, au sein de ces mondes, d’une identité butch ou fem cohérente Dans chacun de ces cas, si l’identité est construite à travers l’opposition, elle est aussi construite à travers le rejet. Or, il se pourrait qu’une lesbienne qui s’oppose absolument à l’hétérosexualité soit davantage sous son emprise qu’une femme hétérosexuelle ou bisexuelle qui connait et vit son instabilité constitutive Et si l’identité de la butch a besoin de s’opposer strictement à celle de la fem, faut-il y voir le refus d’une identification, ou une identification déjà faite, faite et désavouée, une identification désavouée qui soutient la butch, sans laquelle la butch en tant que telle ne pourrait exister?

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 176
L.

Lesbian phallus ? a desire produced through a ban by Judith Butler

On the one hand, the phallus signifies the persistence of the “straight mind”, of a masculine or heterosexist identification and, consequently, it symbolizes the defilement and betrayal of lesbian specificity; on the other hand, it signifies the insurmountability of heterosexuality and makes lesbianism a vain or pathetic effort to imitate the only reality that is [the real thing]. Thus, the phallus enters lesbian sexual discourse as a transgressive “confession” that clashes with feminist and misogynist forms of repudiation as much as it is conditioned by them: those who say “it’s not the real thing” about lesbianism and those who say “it’s not the real thing” about heterosexuality. Thus it is precisely the repudiated desire that is “unmasked”, this desire relegated to abjection by heterosexist logic and defensively closed by an effort to circumscribe a specifically feminine morphology for lesbianism. In a sense, what is unmasked or revealed is a desire produced through a ban.

Judith ButlerBodies That Matter – On the Discursive Limits of SexRoutledge, 1993

D’une part, le phallus signifie la persistance du «straight mind» , d’une identification masculine ou hétérosexiste et, par conséquent, il symbolise la souillure et la trahison de la spécificité lesbienne; d’autre part, il signifie l’insurmontabilité de l’hétérosexualité et fait du lesbianisme un effort vain ou pathétique d’imitation de la seule réalité qui soit [the real thing]. Ainsi, le phallus pénètre dans le discours sexuel lesbien sur le mode d’un « aveu » transgressif, qui se heurte aux formes de répudiation féministes et misogynes autant qu’il est conditionné par elles : ceux qui disent « ce n’est pas cela, le vrai » [« it’s not the real thing »] au sujet du lesbianisme et ceux qui disent «ce n’est pas cela le vrai» au sujet de l’hétérosexualité. C’est ainsi précisément le désir répudié qui est « démasqué », ce désir relégué dans l’abjection par la logique hétérosexiste et forclos de manière défensive par un effort de circonscription d’une morphologie spécifiquement féminine pour le lesbianisme. En un sens, ce qui est démasqué ou révélé est un désir produit à travers un interdit.

Judith ButlerCes corps qui comptent – De la matérialité et des limites discursives du «sexe» (1993) Editions Amsterdam, Paris, 2018, p. 136