S.

Shame feelings of the subordinate are not salutary by Ullaliina Lehtinen

The abstract, purportedly universal agent-the Everyman of moral philosophers like John Rawls (1971) and Gabriele Taylor (1985)-who feels shame is, however, actually not so generic. Instead he (sic!) turns out to be an agent both specific and quite privileged, who “has escaped the characteristic sorts of psychological oppression on which modem hierarchies of class, race, and gender rely so heavily” (Bartky 1990, 97). For such an agent, shame, an episodic adverse assessment of self, is like a sudden “blip across the face of an otherwise undisturbed consciousness” (1990, 96). For this individual, shame, although both painful and unpleasant, can form an occasion for moral reaffirmation; can be salutary; can, as Bartky writes, “mark a recommitment to principles” (1990, 96).12 For the socially subordinate individual, on the other hand, who has partly internalized the low evaluation of herself or himself, of “people of her or his kind,” “shame is not so much a particular feeling or emotion … as a pervasive affective attunement to the social environment” (Bartky 1990, 85, emphasis added). The episodic experiences, the particular feelings of shame of the subordinate are more seldom salutary than they are for the privileged individual. They often breed a stagnant self-obsession; they are unconstructive and self-destructive; and they function as confirmations of what the agent knew all along-that she or he was a person of lesser worth.

L’agent abstrait, prétendument universel – l’homme de la rue des philosophes moraux comme John Rawls (1971) et Gabriele Taylor (1985) – qui ressent de la honte n’est cependant pas si générique. Au contraire, il (sic !) s’avère être un agent à la fois spécifique et privilégié, qui “a échappé aux types caractéristiques d’oppression psychologique sur lesquels les hiérarchies modernes de classe, de race et de genre reposent si lourdement” (Bartky 1990, 97). Pour un tel agent, la honte, une évaluation épisodique négative de soi, est comme un soudain “blip sur le visage d’une conscience autrement non perturbée” (1990, 96). Pour cet individu, la honte, bien que douloureuse et désagréable, peut être l’occasion d’une réaffirmation morale ; elle peut être salutaire ; elle peut, comme l’écrit Bartky, “marquer un réengagement envers les principes” (1990, 96). En revanche, pour l’individu socialement subordonné, qui a partiellement intériorisé la faible évaluation qu’il a de lui-même, des “gens de son espèce”, “la honte n’est pas tant un sentiment ou une émotion particulière… qu’une syntonie affective omniprésente avec l’environnement social” (Bartky 1990, 85, souligné par nous). Les expériences épisodiques, les sentiments particuliers de honte du subordonné sont plus rarement salutaires qu’ils ne le sont pour l’individu privilégié. Ils alimentent souvent une obsession stagnante de soi ; ils sont non constructifs et autodestructeurs ; et ils fonctionnent comme des confirmations de ce que l’agent savait depuis le début – qu’il ou elle était une personne de moindre valeur.

Ullaliina Lehtinen, “How Does One Know What Shame Is? Epistemology, Emotions, and Forms of Life in Juxtaposition” in Hypatia, vol. 13, no. 1, 1998, pp. 56–77
JSTOR, www.jstor.org/stable/3810607

C.

Césaire: “Hitler is not dead” by Frantz Fanon

I Feel that I can still hear Césaire: “When I turn on my radio, when I hear that Negroes have been lynched in America, I say that we have been lied to: Hitler is not dead; when I turn on my radio, when I learn that Jews have been insulted, mistreated, persecuted, I say that we have been lied to: Hitler is not dead; when, finally, I turn on my radio and hear that in Africa forced labor has been inaugurated and legalized, I say that we have certainly been lied to: Hitler is not dead.” (FN : Quoted from memory – Discours Politiques of the election campaign of 1945, Fort-de-France.)

Frantz FanonBlack skin, White Masks, Tr. Charles Lam Markmann, Pluto Press, London, 1986, p. 90

Il nous semble encore entendre Césaire : « Quand je tourne le bouton de ma radio, que j’entends qu’en Amérique des nègres sont lynchés, je dis qu’on nous a menti: Hitler n’est pas mort; quand je tourne le bouton de ma radio, que j’apprends que des Juifs sont insultés, méprisés, pogromisés, je dis qu’on nous a menti: Hitler n’est pas mort; que je tourne enfin le bouton de ma radio et que j’apprenne qu’en Afrique le travail forcé est institué, légalisé, je dis que, véritablement, on nous a menti: Hitler n’est pas mort. » (NBP 10 : Cité de mémoire. – Discours politiques, Campagne électorale 1945, Fort-de-France.)

Frantz FanonPeau noire, Masques blancs (1952), Paris, Le Seul, 1971, p. 74
M.

My color shouldn’t be regarded as a flaw by Frantz Fanon

In no way should my color be regarded as a flaw. From the moment the Negro accepts the separation imposed by the European he has no further respite, and “is it not understandable that thenceforward he will try to elevate himself to the white man’s level? To elevate himself in the range of colors to which he attributes a kind of hierarchy?” We shall see that another solution is possible. It implies a restructuring of the world.

Frantz FanonBlack skin, White Masks, Tr. Charles Lam Markmann, Pluto Press, London, 1986, p. 81 – 82

En aucune façon ma couleur ne doit être ressentie comme une tare. A partir du moment où le nègre accepte le clivage imposé par l’Européen, il n’a plus de répit et, « dès lors, n’est-il pas compréhensible qu’il essaie de s’élever jusqu’au Blanc? S’élever dans la gamme des couleurs auxquelles il assigne une sorte de hiérarchie ³3 ? » Nous verrons qu’une autre solution est possible. Elle implique une restructuration du monde.

Frantz FanonPeau noire, Masques blancs (1952), Paris, Le Seul, 1971, p. 68

I.

Intelligence has never saved anyone by Frantz Fanon

What is there to say? Purely and simply this: When a bachelor of philosophy from the Antilles refuses to apply for certification as a teacher on the ground of his color, I say that philosophy has never saved anyone. When someone else strives and strains to prove to me that black men are as intelligent as white men, I say that intelligence has never saved anyone; and that is true, for, if philosophy and intelligence are invoked to proclaim the equality of men, they have also been employed to justify the extermination of men.

Frantz FanonBlack skin, White Masks, Tr. Charles Lam Markmann, Pluto Press, London, 1986, p. 28 – 29

Qu’est-ce à dire ? Tout simplement ceci : lorsqu’un Antillais licencié en philosophie déclare ne pas présenter l’agrégation, alléguant sa couleur, je dis que la philosophie n’a jamais sauvé personne. Quand un autre s’acharne à me prouver que les Noirs sont aussi intelligents que les Blancs, je dis : l’intelligence non plus n’a jamais sauvé personne, et cela est vrai, car si c’est au nom de l’intelligence et de la philosophie que l’on proclame l’égalité des hommes, c’est en leur nom aussi qu’on décide leur extermination.

Frantz FanonPeau noire, Masques blancs (1952), Paris, Le Seul, 1971, p. 24
T.

The black is not a man by Frantz Fanon

Why write this book? No one has asked me for it. Especially those to whom it is directed. Well? Well, I reply quite calmly that there are too many idiots in this world. And having said it, I have the burden of proving it.
Toward a new humanism. . . .
Understanding among men. . . .
Our colored brothers. . . .
Mankind, I believe in you. . . .
Race prejudice. . . .
To understand and to love. . . .
From all sides dozens and hundreds of pages assail me and try to impose their wills on me. But a single line would be enough. Supply a single answer and the color problem would be stripped of all its importance.
What does a man want?
What does the black man want?
At the risk of arousing the resentment of my colored brothers,
I will say that the black is not a man.
There is a zone of nonbeing, an extraordinarily sterile and arid region, an utterly naked declivity where an authentic upheaval can be born. In most cases, the black man lacks the advantage of being able to accomplish this descent into a real hell.

Frantz Fanon, Black skin, White Masks, Tr. Charles Lam Markmann, Pluto Press, London, 1986, p. 26 – 27

Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m’en a prié. Surtout pas ceux à qui il s’adresse. Alors ? Alors, calmement, je réponds qu’il y a trop d’imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s’agit de le prouver.
Vers un nouvel humanisme…
La compréhension des hommes…
Nos frères de couleur…
Je crois en toi, Homme…
Le préjugé de race…
Comprendre et aimer.
De partout m’assaillent et tentent de s’imposer à moi des dizaines et des centaines de pages. Pourtant, une seule ligne suffirait. Une seule réponse à fournir et le problème noir se dépouille de son sérieux.
Que veut l’homme ?
Que veut l’homme noir ?
Dussé-je encourir le ressentiment de mes frères de cou. leur, je dirai que le Noir n’est pas un homme.
Il y a une zone de non-être, une région extraordinairement stérile et aride, une rampe essentiellement dépouillée, d’où un authentique surgissement peut prendre naissance. Dans la majorité des cas, le Noir n’a pas le bénéfice de réaliser cette descente aux véritables Enfers.

Frantz Fanon, Peau noire, Masques blancs (1952), Paris, Le Seul, 1971, p. 7 – 8