V.

Volountary shame by Jean-Pierre Martin

“The men will watch the newspapers, listen to the gossip. They will read that they are being sought for robbery and assault and nothing else. It will dawn on them that over the body of the woman silence is being drawn like a blanket. Too ashamed, they will say to each other, too ashamed to tell, and they will chuckle luxuriously, recollecting their exploit. Is Lucy prepared to concede them that victory?”* Lucy’s victimhood story is embedded in a major History that short-circuits it. “You wish to humble yourself before history” her father writes to her. “But the road you are following is the wrong one. It will strip you of all honour; you will not be able to live with yourself. I plead with you, listen to me.”** The white woman’s sobbing heightens self-hatred. Postcolonial literature produces reversals of shame. To describe this process of historical guilt, we may have to imagine a parallel expression to voluntary servitude: voluntary shame or sacrificial shame.

Jean-Pierre Martin quotes J. M. Coetzee, Disgrace (1999), first edited by Secker & Warburg, London, reachable online *p. 47, **p. 68

«Les hommes vont lire les journaux, écouter ce que les gens racontent. Ils liront qu’on les recherche pour vol et coups et blessures, et rien d’autre. Ils comprendront que, sur le corps de la femme, le silence se fait, se tire comme une couverture. Elle a trop honte, se diront-ils entre eux, trop honte pour aller raconter, et ils riront à gorge déployée en se rappelant leur haut fait. Lucy est-elle prête à leur concéder cette victoire ? »* L’histoire victimaire de Lucy s’insère dans une Histoire majeure qui la court-circuite. « Tu veux faire acte d’humilité devant l’histoire », lui écrit son père. « Mais tu fais fausse route. Tu vas te départir de tout honneur; tu ne pourras plus vivre avec toi même. Je t’en conjure, écoute-moi. »** Le sanglot de la femme blanche avive la haine de soi. La litté rature postcoloniale produit des retournements de honte. Pour décrire ce processus de la culpabilité historique, il faudrait imaginer une expression parallèle à la servitude volontaire: la honte volontaire ou la honte sacrificielle.

Jean-Pierre Martin cite J.M. Coetzee, Disgrâce (1999), trad. Catherine Lauga du Plessis, Seuil, “Points”, * p. 140, ** p. 203

Jean-Pierre MartinLa Honte – Réflexion sur la littérature, Le Seuil, Paris, 2016, p. 88 – 89

S.

Shame is like literature by Jean-Pierre Martin

Perhaps a writer is that : someone who looks differently, after having experienced the razor’s bite on his head. Decidedly, the shame that is written joins the author’s fantasy, to the point of merging with it. She frees herself, opens the book, and never closes it again. Her intelligence is literary, her outrage, artistic, her trouble, restorative. She is like literature itself: she makes you more lucid.

Peut-être est-ce cela, un écrivain: quelqu’un qui regarde autrement, après avoir connu la morsure du rasoir sur la tête. Décidément, la honte qui s’écrit rejoint le fantasme de l’auteur, au point de se confondre avec lui. Elle se délivre, ouvre le livre, et ne le referme jamais. Son intelligence est litté raire, son outrage, artistique, son trouble, répara teur. Elle est comme la littérature elle-même: elle rend plus lucide.

Jean-Pierre Martin, La Honte – Réflexion sur la littérature, Le Seuil, Paris, 2016, p. 337

I.

Ideal is to the Super-Ego what Drive is to the Id by André Green

On many occasions we have insisted on what Freud described in 1923 and on which he has never ceased to work since that date as an order of phenomena specific to the Super-Ego: the function of the ideal, which is to the Super-Ego what the drive is to the Id and what perception is to the Ego

A plusieurs reprises nous avons insisté sur ce que Freud a décrit en 1923 et sur quoi il n’a cessé de revenir depuis cette date comme ordre de phénomènes propres au Sur-Moi: la fonction de l’idéal, qui est au Sur-Moi ce que la pulsion est au Ça et la perception au Moi.

André Green, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 359

M.

Moral narcissist gives up satisfaction by André Green

“As soon as there is a blow to be received, says Freud, the masochist stretches his cheek”. This is not the case with the moral narcissist. Paraphrasing Freud, we will say: “As soon as one has to give up some satisfaction, the moral narcissist volunteers. “

« Dès qu’il y a un coup à recevoir, dit Freud, le masochiste tend sa
joue. » Ce n’est pas le cas du narcissique moral. Paraphrasant Freud, nous dirons : « Dès qu’il faut renoncer à quelque satisfaction, le narcissique
moral se porte volontaire. »

GREEN André, “Le narcissisme moral” in Revue Française de Psychanalyse Tome XXXIII, Paris, 1969, p. 346