I.

I am (a) painting : i am looked by Jacques Lacan

To begin with, I must insist on this – in the scopic field, the gaze is outside, I am looked at, that is to say, I am (a)* painting.
This is the function that lies at the most intimate level of the institution of the subject in the visible. What fundamentally determines me in the visible is the gaze that is outside.It is through the gaze that I enter the light, and it is from the gaze that I receive the effect. From this it emerges that the gaze is the instrument through which light is incarnated, and where – if you allow me to use a word as I often do, by breaking it down – I am photo-graphed.

Il me faut, pour commencer, insister sur ceci – dans le champ scopique, le regard est au-dehors, je suis regardé, c’est-à-dire je suis tableau.
C’est là la fonction qui se trouve au plus intime de l’institution du sujet dans le visible. Ce qui me détermine foncièrement dans le visible, c’est le regard qui est au-dehors. C’est par le regard que j’entre dans la lumière, et c’est du regard que j’en reçois l’effet. D’où il ressort que le regard est l’instrument par où la lumière s’incarne, et où -s i vous me permettez de me servir d’un mot comme je le fais souvent, en le décomposant – je suis photo-graphié.

* “i am painting” is a correct translation, but it brings confusion between being something wich was painted, and being painting in a progressive form. Lacan, in his french words, didn’t refer to a progressive form.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

A.

A stain on the painting by Jacques Lacan

This story is true. It dates back to something like my twenties – and in that time, of course, as a young intellectual, I had no other concern than to go elsewhere, to bathe in some direct, rural, hunting, even marine practice. One day, I was on a small boat, with a few people, members of a fishing family in a small port. At that time, our Brittany was not yet at the stage of the big industry, nor of the trawler, the fisherman fished in his nut’s shell at his own risk. It was his risks and perils that I liked to share, but it was not all the time risks and perils, there were also days of good weather. One day, then, while we were waiting for the time to pull out the nets, the one named Petit-Jean, we would call him that – he, like all his family, disappeared very quickly because of tuberculosis, which was at that time the really ambient disease in which all that social stratum was moving – showed me something floating on the surface of the waves. It was a small can, and even, let’s specify, a sardine can. It was floating there in the sun, a testimony to the canning industry, which we were, by the way, in charge of feeding. It glimmered in the sun. And Petit-Jean said to me – You see, this can? Do you see it (/her)* ? Well, it (/she) doesn’t see you!
This little episode, he thought it was very funny, me, less so. I tried to find out why I found it less funny. It’s very instructive.
First of all, if it makes sense for Petit-Jean to tell me that the can doesn’t see me, it’s because, in a certain sense, it’s (/she’s) looking at me. It is looking at me at the light point, where everything that looks at me is, and that is not a metaphor.
The significance of this little story, as it had just come up in my partner’s invention, the fact that he found it so funny, and I found it less funny, is that, if I am told a story like that, it is all the same because I, at that moment as I portrayed myself, with these guys who were struggling to earn a living, in the embrace of what was for them the harsh nature – I was painting a picture in a rather inarguable way. To tell the truth, I was a little kind of a stain on the painting.

Cette histoire est vraie. Elle date de quelque chose comme mes vingt ans – et dans ce temps, bien sur, jeune intellectuel, je n’avais d’autre souci que d’aller ailleurs, de me baigner dans quelque pratique directe, rurale, chasseresse, voire marine. Un jour, j’étais sur un petit bateau, avec quelques personnes, membres d’une famille de pêcheurs dans un petit port. A ce moment-là, notre Bretagne n’était pas encore au stade de la grande industrie, ni du chalutier, le pêcheur péchait dans sa coquille de noix à ses risques et périls. C’était ses risques et périls que j’aimais partager, mais ce n’était pas tout le temps risques et périls, il y avait aussi des jours de beau temps. Un jour, donc, que nous attendions le moment de retirer les filets, le nommé Petit-Jean, nous l’appellerons ainsi – il est, comme toute sa famille, disparu très promptement du fait de la tuberculose, qui était à ce moment-là la maladie vraiment ambiante dans laquelle toute cette couche sociale se déplaçait – me montre un quelque chose qui flottait à la surface des vagues. C’était une petite boîte, et même, précisons, une boite à sardines. Elle flottait là dans le soleil, témoignage de l’industrie de la conserve, que nous étions, par ailleurs, chargés d’alimenter. Elle miroitait dans le soleil. Et Petit-Jean me dit – Tu vois, cette boite ? Tu la vois ? Eh bien, elle, elle te voit pas !
Ce petit épisode, il trouvait ça très drôle, moi, moins. J’ai cherché pourquoi moi, je le trouvais moins drôle. C’est fort instructif.
D’abord, si ça a un sens que Petit-Jean me dise que la boite ne me voit pas, c’est parce que, en un certain sens, tout de même, elle me regarde. Elle me regarde au niveau du point lumineux, où est tout ce qui me regarde, et ce n’est point là métaphore.
La portée de cette petite histoire, telle qu’elle venait de surgir dans l’invention de mon partenaire, le fait qu’il la trouvât si drôle, et moi, moins, tient à ce que, si on me raconte une histoire comme celle-là, c’est tout de même parce que moi, à ce moment-là – tel que je me suis dépeint, avec ces types qui gagnaient péniblement leur existence, dans l’étreinte avec ce qui était pour eux la rude nature – moi, je faisais tableau d’une façon assez inénarrable. Pour tout dire, je faisais tant soit peu tache dans le tableau.

*In French, a can and a woman may be represented by the pronoum “she”, which adds to this story an equivoqual linked to what Lacan teaches in this seminar.

LACAN J.Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

E.

Eye, ocellus, and stain by Jacques Lacan

As Caillois reminds us a lot of relevance, in terms of such mimetic events, and especially that which we can discuss the function of the eyes, namely the ocelli, it is to understand if they impress – this is a fact they have this effect on the predator or the alleged victim who comes to look at – they impress by their resemblance to the eyes, or if, on the contrary, the eyes are fascinating as their relationship with the form ocelli. In other words, should not we,about that, distinguish the function of the eye of the look ?
This distinctive example, chosen as such – for his community, for his dummy, for its uniqueness – is for us a small demonstration of a function to isolate – that, say the word, of the stain. This example is valuable to us mark the pre-existence in seen of a given-to-see.

Comme le rappelle Caillois avec beaucoup de pertinence, s’agissant de telles manifestations mimétiques, et spécialement de celle qui peut nous évoquer la fonction des yeux, à savoir les ocelles, il s’agit de comprendre s’ils impressionnent – c’est un fait qu’ils ont cet effet sur le prédateur ou la victime présumée qui vient à les regarder – s’ils impressionnent par leur ressemblance avec des yeux, ou si, au contraire, les yeux ne sont fascinants que de la leur relation avec la forme des ocelles. Autrement dit, ne devons nous pas à ce propos distinguer la fonction de l’œil de celle du regard ?
Cet exemple distinctif, choisi comme tel – pour sa localité, pour son factice, pour son caractère exceptionnel – n’est pour nous qu’une petite manifestation d’une fonction à isoler – celle, disons le mot, de la tache. Cet exemple est précieux pour nous marquer la préexistence au vu d’un donné-à-voir.

LACAN J., Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – Séminaire XI (1964), Paris, Points, 1990, p.86

T.

The Look is an object a by Jacques Lacan

The look can contain in itself the object a of Lacanian algebra when the subject comes to fall, and which specifies the scopic field, and generates its own satisfaction, it is there, for structure reasons, the fall of the subject remains unnoticed because it is reduced to zero.

Le regard peut contenir en lui-même l’objet a de l’algèbre lacanienne où le sujet vient à choir, et ce qui spécifie le champ scopique, et engendre la satisfaction qui lui est propre, c’est que là, pour des raisons de structure, la chute du sujet reste toujours inaperçue, car elle se réduit à zéro.

LACAN J., Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse Séminaire XI (1964), Seuil, Paris, 1973, p.89

L.

Look pre-existence and eye by Jacques Lacan

Maurice Merleau-Ponty makes now the next step by forcing the boundaries of this same phenomenology. You will see that the ways in which it will lead are not only about the phenomenology of visual, but they will also find – this is the essential point – the dependence of the visible towards what puts us under the eye of the seer. Yet is it too much to say, since this eye is not more than the metaphor of something that I would call the thrust of the seer – something before his eye. What is identified by the routes the way he tells us, is the pre-existence of a look – I see only from one point, but in my existence I am looked from everywhere.

Maurice Merleau-Ponty fait maintenant le pas suivant en forçant les limites de cette phénoménologie même. Vous verrez que les voies par où il vous mènera ne sont pas seulement de l’ordre de la phénoménologie du visuel, puisqu’elles vont à retrouver – c’est là le point essentiel – la dépendance du visible à l’égard de ce qui nous met sous l’œil du voyant. Encore est-ce trop dire, puisque cet œil n’est que la métaphore de quelque chose que j’appellerais la pousse du voyant – quelque chose d’avant son œil. Ce qu’il s’agit de cerner, par les voies du chemin qu’il nous indique, c’est la préexistence d’un regard – je ne vois que d’un point, mais dans mon existence je suis regardé de partout.

LACAN J., Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse – séminaire XI (1964), Points, Paris, 1973, p.84