A.

Accomplished with what we lack by William Shakespeare

Act 3, Sc. 4 – PORTIA
They shall, Nerissa; but in such a habit,
That they shall think we are accomplished
With that we lack. I’ll hold thee any wager,
When we are both accoutred like young men,
I’ll prove the prettier fellow of the two,
And wear my dagger with the braver grace,
And speak between the change of man and boy
With a reed voice, and turn two mincing steps
Into a manly stride, and speak of frays
Like a fine bragging youth, and tell quaint lies,
How honourable ladies sought my love,
Which I denying, they fell sick and died;
I could not do withal; then I’ll repent,
And wish for all that, that I had not killed them;
And twenty of these puny lies I’ll tell,
That men shall swear I have discontinued school
Above a twelvemonth. I have within my mind
A thousand raw tricks of these bragging Jacks,
Which I will practise.
– NERISSA
Why, shall we turn to men?

William ShakespeareMerchant of Venice, Folger Shakespeare Library, London, p. 131 – 132

Acte III, Scène 4 – PORTIA
Oui, Nerissa, mais habillées de telle manière
Qu’ils croiront que nous sommes toutes deux pourvues
De ce qui nous manque. Je parie tout ce que tu veux,
Lorsqu’on sera toutes deux déguisées en jeunes gens,
Que je serai le plus joli garçon des deux,
Portant le poignard avec plus de grâce martiale,
Ma voix flûtée étant celle d’un garçon
Avant qu’il mue, et je changerai mes deux
Petits pas en enjambées viriles; je chercherai
Noise comme un fier vantard et j’inventerai
Des histoires de belles dames qui voulurent me plaire
Et qui, face à mon refus, moururent de chagrin.
C’était plus fort que moi. Puis j’aurai des remords,
Voulant, tout, ne les avoir pas tuées;
Et je débiterai vingt mensonges semblables,
Faisant croire aux hommes que j’ai séché les cours
Pendant ces douze mois. J’ai par cœur dans la tête
Les mille et une ruses de ces petits vantards,
Et je vais en user.
– NERISSA
Quoi, on va être mises?…
En hommes?

William ShakespearLe Marchand de Venise, Le Livre de Poche, Paris, 2021, p. 123 – 124
H.

Hath not a Jew eyes ? by William Shakespeare

ACT 3. SC 1 – SHYLOCK
To bait fish withal: if it will feed nothing else,
it will feed my revenge. He hath disgraced me, and
hindered me half a million; laughed at my losses,
mocked at my gains, scorned my nation, thwarted my
bargains, cooled my friends, heated mine
enemies; and what’s his reason? I am a Jew. Hath
not a Jew eyes?
hath not a Jew hands, organs,
dimensions, senses, affections, passions? fed with
the same food, hurt with the same weapons, subject
to the same diseases, healed by the same means,
warmed and cooled by the same winter and summer, as
a Christian is? If you prick us, do we not bleed?
if you tickle us, do we not laugh? if you poison
us, do we not die? and if you wrong us, shall we not
revenge? If we are like you in the rest, we will
resemble you in that. If a Jew wrong a Christian,
what is his humility? Revenge. If a Christian
wrong a Jew, what should his sufferance be by
Christian example? Why, revenge. The villany you
teach me, I will execute, and it shall go hard but I
will better the instruction.

William ShakespeareMerchant of Venice, Folger Shakespeare Library, London, p.97-98
Shylock - Main character from Merchant of Venice of William Shakespear
Charles Macklin at Covent Garden, 1767-68 (England)

Acte III – Scène 1 – SHYLOCK
A appâter les poissons. Faute de mieux, elle servira à nourrir ma vengeance. Il m’a humilié, et m’a fait perdre un demi-million; il s’est gaussé de mes pertes, s’est moqué de mes gains, il a méprisé ma nation, gêné mes affaires, refroidi mes amis, échauffé mes ennemis. Et tout cela pourquoi ? Je suis juif. Est-ce qu’un Juif n’a pas d’yeux ? Est-ce qu’un Juif n’a pas des mains, des organes, des mensurations, des sens, des affections, des passions? des mêmes armes, Est-ce qu’il ne se nourrit pas avec la même nourri ture, est-ce qu’il ne souffre pas est-ce qu’il n’est pas soumis aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même hiver et le même été, comme un Chrétien peut l’être ? Si vous nous piquez, est-ce qu’on ne saigne pas ? Si vous nous chatouillez, est-ce qu’on ne rit pas ? Si vous nous empoisonnez, est-ce qu’on ne meurt pas ? Et, si vous nous faites du mal, est-ce qu’on ne va pas se venger? Si nous sommes comme vous pour tout le reste, nous vous ressemblons aussi en cela. Si un Juif fait du tort à un Chrétien, à quelle charité a-t-il droit? A une vengeance. Si un Chrétien fait du tort à un Juif, quelle disposition lui inspire l’exemple du Chrétien ? Eh bien, la vengeance. La méchanceté que vous m’apprenez, je la mettrai en pratique, et vous pouvez compter sur moi pour que je la perfectionne.

William ShakespearLe Marchand de Venise, Le Livre de Poche, Paris, 2021, p. 100
I.

In the Rialto you have rated me by William Shakespeare

ACT 1. SC. 3 – SHYLOCK –
Signior Antonio, many a time and oft
In the Rialto you have rated me
About my moneys and my usances:
Still have I borne it with a patient shrug,
For sufferance is the badge of all our tribe.
You call me misbeliever, cut-throat dog,
And spit upon my Jewish gaberdine,
And all for use of that which is mine own.
Well then, it now appears you need my help:
Go to, then; you come to me, and you say
‘Shylock, we would have moneys:’ you say so;
You, that did void your rheum upon my beard
And foot me as you spurn a stranger cur
Over your threshold: moneys is your suit
What should I say to you? Should I not say
‘Hath a dog money? is it possible
A cur can lend three thousand ducats?’ Or
Shall I bend low and in a bondman’s key,
With bated breath and whispering humbleness, Say this;
‘Fair sir, you spit on me on Wednesday last;
You spurn’d me such a day; another time
You call’d me dog; and for these courtesies
I’ll lend you thus much moneys’?

William Shakespeare, Merchant of Venice, Folger Shakespeare Library, London, p. 35

Acte I – Scène 3 – SHYLOCK –
Seigneur Antonio, souvent, à plusieurs reprises,
Vous m’avez critiqué sur le Rialto
Au sujet de l’argent et de mes intérêts.
Pourtant je n’ai rien dit, j’ai haussé les épaules,
Car la patience est la marque de notre tribu.
Vous m’avez traité d’incroyant, d’ogre et de chien,
Et vous avez craché sur mon manteau de Juif,
Et tout cela pour n’exercer que mon métier.
Et, à présent, vous avez besoin de mon aide.
Très bien. Vous venez me voir et vous me dites
« Shylock, on a besoin d’argent » : n’est-ce pas
Vous, qui avez souillé ma barbe de votre salive
Et qui me marchez dessus comme un chien errant
Pour rentrer chez vous, c’est de l’argent que vous voulez.
Qu’est-ce que je peux vous dire? Ne devrais-je pas répondre
«Est-ce qu’un chien a de l’argent? Est-ce qu’il est possible
Qu’un chien puisse prêter trois mille ducats? » Ou bien alors
Vais-je m’incliner tout bas et, tel un serviteur,
A voix basse et dans un chuchotement très humble,
Dire ceci : « Cher monsieur, vous m’avez craché dessus
Mercredi dernier; snobé tel jour; une autre fois
Vous m’avez traité de chien; et, pour tout cela,
Il faudrait que je vous prête de l’argent?»

William Shakespear, Le Marchand de Venise, Le Livre de Poche, Paris, 2021, p. 55