P.

Politics becomes a continuation of war by Hannah Arendt

If the only relevant politic object has actually become foreign policy, in other words the danger that always lurks in relations between states, it means nothing more and nothing less than the inversion of Clausewitz‘s* statement that war is nothing but the continuation of politics by other means: politics becomes a continuation of war in which the means of cunning have temporarily replaced the means of violence. And who could deny that the conditions of the armament race in which we live and are obliged to live suggest at least that Kant‘s formula – that nothing in a war should happen to make peace impossible – has also been reversed and that we live in a peace in which everything must be done to ensure that a war always remains possible.

Si le seul objet pertinent de la politique est effectivement devenu la politique extérieure, autrement dit le danger qui guette toujours dans les relations entre États, cela ne signifie ni plus ni moins que l’inversion du mot de Clausewitz*, selon lequel la guerre n’est rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens : la politique devient une continuation de la guerre durant laquelle les moyens de la ruse ont remplacé temporairement les moyens de la violence. Et qui pourrait nier que les conditions de la course aux armements où nous vivons et sommes obligés de vivre suggèrent au moins que la formule de Kant selon laquelle rien dans une guerre ne devrait arriver qui rende par suite la paix impossible – s’est inversée elle aussi et que nous vivons dans une paix où tout doit être fait pour qu’une guerre reste toujours possible.

Hannah Arendt, Qu’est ce que la politique ? (1953 – 1959), Paris, Seuil, 2014, p. 298

Quoting Carl Von Clausewitz, De la guerre (1832-1834), trad. D. Naville, Paris, Minuit, 1959, p. 67

T.

Truth can only be half-told (mi-dire) by Jacques Lacan

It is also in that sense that, in Kant’s terms, the problem is raised of what a free man should do when one proposes to him all the jouissances if he denounces the enemy who the tyrant fears is disputing his jouissance. From the imperative that nothing pathetic 7 should dictate testimony, must we deduce that a free man ought to tell the tyrant the truth, even if that means delivering the enemy or rival into the tyrant’s hands by his truthfulness? The reservations sparked in all of us by Kant’s answer, which is affirmative, stem from the fact that the whole truth is what cannot be told. It is what
can only be told on the condition that one doesn’t push it to the edge, that one only half-tells (mi-dire) it.

THE LIMITS OF LOVE AND KNOWLEDGE, 1972-1973 THE SEMINAR OF JACQUES LACANTranslated by Bruce Fink

C’est aussi bien en quoi, dans les termes de Kant, le problème s’évoque de ce que doit faire l’homme libre quand on lui propose toutes les jouissances s’il dénonce l’ennemi dont le tyran redoute qu’il soit celui qui lui dispute la jouissance. De cet impératif que rien de ce qui est de l’ordre du pathique ne doit diriger le témoignage, faut-il déduire que l’homme libre doit dire la vérité au tyran, quitte à lui livrer par sa véracité l’ennemi, le rival? La réserve que nous inspire à tous la réponse de Kant, qui est affirmative, tient à ce que toute la vérité, c’est ce qui ne peut pas se dire. C’est ce qui ne peut se dire qu’à condition de ne la pas pousser jusqu’au bout, de ne faire que la mi-dire.

Jacques LacanEncore – Le Séminaire Livre XX (1972-1973), Seuil, 1975, p. 117-118